L’imposture des renouvelables

« 100% renouvelable », ce serait parfaitement possible à en croire les médias. Le Monde, Libération, WWF, (et sans doute bien d’autres), ont fait la promotion de « scénarios » dont celui de Négawatt et de l’ADEME relayé par Greepeace. Il suffirait donc d’avoir un « scénario » pour que ce soit possible ? Trop fantastique pour être honnête ! L’on subodore la dissimulation d’une chose beaucoup plus inquiétante : l’impossibilité radicale de trouver un substitut au pétrole, hormis le nucléaire.

Dans un long article publié le 6 novembre 2017, « 100% renouvelable pour pas plus cher, fastoche ? », Jean-Marc Jancovici développe des calculs « à la louche » montrant que les ENR (ÉNergies Renouvelables) ont des coûts énormes, donc irréalistes. L’on ne va pas le suivre dans sa démarche, car elle est bien trop compliquée, mais en reprendre quelques points clefs. Il part de la situation suivante :

prod-élec-france-2016
Source : RTE.

Et explique que : « L’ensemble représente 531 TWh (1 TWh = 1 milliard de kWh). » Autrement dit, en France, l’on consomme environ 531 milliards de kWh par an d’électricité. Ensuite il calcule ce qu’il faudrait produire en ENR pour remplacer le nucléaire, alors que mon sujet est le remplacement du pétrole.

En effet, pour atteindre le « 100% renouvelable », il faut aussi compter ce fichu pétrole, et là, les chiffres donnent le tournis, ils sont même vertigineux. Se focalisant sur le transport « tout électrique », la plupart des sites font des calculs sophistiqués à partir de batteries à recharger, ce qui les conduit à tenir compte d’une multiplicités de facteurs et à perdre de vue l’enveloppe globale qui indique l’ordre de grandeur. Chaque étape de leurs calculs étant affectée de coefficients « pifométriques », les résultats finaux n’ont plus aucun sens, et ils oublient que le pétrole ne sert pas qu’au transport :

conso-petrole-secteur-2012

Je propose au contraire un calcul d’une extrême simplicité. Certes contestable, il montre cependant que tout « scénario 100% renouvelable » est pure fumisterie, a fortiori si l’on prétend « sortir du nucléaire ».

Partons du fait, qu’en France et en 2014, l’on a consommé 1,6 millions de barils par jour soit 584 millions dans l’année. Ce chiffre est fiable, on le retrouve un peu partout, et on l’arrondit à 600. D’après l’Union Française de l’Électricité, 70% de ce pétrole est utilisé pour le transport et 17% dans le résidentiel et le tertiaire, donc pour le chauffage. Pour ce dernier, l’on pose que la rentabilité énergétique est la même sous forme de pétrole que d’électricité, les 17% peuvent donc être directement convertis en kWh sur la base de 159 litres par baril et de 10 kWh par litre, ce qui représente : 600 x 17% x 159 x 10 = 162.180 millions de kWh ~ 162 TWh par an.

Pour le pétrole utilisé dans les transports, l’on considère une rentabilité du moteur à explosion de 40% et du moteur électrique de 100% : il faut donc produire en kWh l’équivalent de 40% de la consommation en pétrole, soit 600 x 70% x 40% = 168 millions de barils par an qui deviennent 168 x 159 x 10 = 267.120 millions de kWh ~ 267 TWh par an.

En tout, il faut donc produire 162 + 267 = 429 TWh par an : une broutille qui représente 80% de la production électrique actuelle, rien que ça.

Mais ce n’est pas tout, un méchant petit diable se cache dans les détails : le « facteur de charge » dont Jancovici parle longuement dans son billet :

taux-charge-énergie
Calculs de Jean-Marc Jancovici sur données RTE.

Ce « facteur de charge » est une fraction de la production théorique maximale, celle-ci étant calculée sur la base d’une utilisation à 100% du temps et de la puissance maximale. Par exemple, un réacteur nucléaire d’une puissance maximale de 1 million de kW produirait 1 million x 365 x 24 kWh, soit 8760 millions de kWh dans l’année s’il fonctionnait à plein régime 365 jours par an et 24 heures par jour. En réalité c’est bien sûr beaucoup moins, soit qu’il doive être arrêté pour sa maintenance, soit qu’on l’utilise à puissance réduite. Pour l’éolien et le solaire, le facteur de charge ne dépasse pas les 20%. Cela signifie qu’ils sont très peu efficaces eu égard aux matériaux qu’ils exigent car ils sont improductifs à 80% du temps (ou de leur puissance théorique).

Mais surtout, cela implique de surdimensionner les capacités de façon à produire un surcroît qui sera stocké puis restitué dans les périodes de faible production. Dans son billet déjà cité, Jancovici estime que : « (…) si nous avons un système 100% l’éolien, la moitié de ce qui est produit sur l’année devra faire l’objet d’un stockage (…), et si nous avons un système 100% solaire il faut stocker 80% de ce que l’on produit en moyenne sur l’année, (…) » Comme cela représente des volumes gigantesques, la seule solution réaliste sont les « barrages réversibles » (ou STEP) : l’électricité en surplus est utilisée à remplir un bassin en amont à partir d’un autre en aval, et le premier peut ensuite être vidé dans le second pour restituer de l’électricité sur demande.

C’est évidemment « faisable », mais les inconvénients abondent et aucune étude sérieuse n’a été faite. Il est certain que ça marche à petite échelle, par exemple dans l’île El Hierro aux Canaries qui ne compte que 11.000 habitants : « Les cinq éoliennes de 64 m fournissent une puissance totale de 11,5 MW » : 11,5 millions de watts contre les 100 milliards que le réseau français supporte actuellement et qu’il faudrait doubler pour qu’il transporte l’équivalent du pétrole.

Mais qu’est-ce qui cloche ?

Comment est-il possible de prétendre que le « 100% renouvelable » serait possible alors qu’un calcul d’une désarmante simplicité, (la conversion en kilo-watts-heures de la consommation pétrolière), suffit à suggérer le contraire ? Beaucoup de choses peuvent être faites en 3 décennies, c’est-à-dire d’ici la fin du pétrole, mais quand même… Il y a beaucoup de choses qui clochent :

  1. Nous ne sommes plus dans l’après-guerre quand le lobby du nucléaire était tout puissant, et disposait de moyens financiers quasiment illimités : l’on était en pleine croissance, les investissements étaient facilement rentabilisés et les coûts largement sous-estimés, (traitement des déchets et démantèlement des centrales).
  2. Aujourd’hui, ce sont les coûts des ENR qui sont largement sous-estimés, surtout dans la partie réseau. L’on vous raconte qu’ils baissent, (de façon spectaculaire), mais c’est uniquement par unité de production, à la sortie d’une éolienne ou d’un panneau solaire, ce que l’industrie sait produire en séries.
  3. Il y a des risques financiers qui n’existaient pas à la belle époque du nucléaire : EDF est très endetté, il doit faire face au démantèlement de ses centrales, les coûts peuvent varier de façon considérable, Flamanville est déjà un fiasco industriel et financier.
  4. Toutes les technologies existent et cela donne l’impression qu’il suffit de les appliquer. Mais les ordres de grandeurs à considérer, ces 429 TWh annuels pour seulement remplacer le pétrole, représentent 15 fois l’éolien et le solaire actuels, et posent d’énormes problèmes globaux : stockage, consommation de matériaux, production de CO2, pilotage et extension du réseau.
  5. Le stockage à grande échelle, (dont personne ne parle), implique des pertes elles aussi à grande échelle, qui doivent être compensées par un surcroît d’électricité à produire et à transporter, (de son lieu de production vers son lieu de stockage).
  6. Il y a des risques sur les approvisionnements en terres rares indispensables aux ENR, (versant production), et aux moteurs et batteries, (versant consommation). On semble oublier que « tout le monde » est engagé en même temps dans la même course, ce qui implique une très forte concurrence pour accéder aux ressources.
  7. Les calculs exploitent des économies d’énergie, (en particulier l’isolation des bâtiments), mais oublient de compter les accroissements dont on aura besoin, ne serait-ce que par application de l’effet rebond ou paradoxe de Jevons, ainsi qu’à cause de l’économie et de la démographie croissantes. Les applications utilisant l’électricité ne cessent de s’étoffer : climatiseurs, robots et véhicules avec leurs batteries, centres de calculs, avions-taxis et bitcoin,…

Le coup de grâce

Produire d’ici 30 ans 15 fois la production actuelle d’ENR implique d’installer chaque année au moins 50% du parc actuel, et probablement beaucoup plus car les sites les plus venteux ou les plus ensoleillés sont exploités en premier, les installations futures seront donc moins productives. A cela s’ajoute la création de sites de stockage devant pouvoir totaliser une puissance de 150 GW (gigawatts ou milliards de watts) selon Jancovici, toujours dans le même article : « La puissance installée en STEP aujourd’hui en France est de 5 GW environ. Nous avons vu plus haut qu’il faudrait la passer à 150 GW (en pompage, en turbinage on peut se limiter à la puissance maximale appelée, soit environ 100 GW, mais cela ne change pas beaucoup les ordres de grandeur) si nous avons un système 100% éolien, et à 300 GW avec un système 100% solaire. » Or, 150 GW, c’est l’équivalent de… 150 réacteurs nucléaires ou 75 barrages d’Assouan. Vous avez dit « possible » ?

Alors, pourquoi ce « 100% renouvelable » ?

Comme expliqué dans « La dernière goutte », la fin du pétrole est « imminente » : à l’échelle des enjeux, trois décennies c’est le mois prochain, et l’on peut être sûr que les élites, bien qu’elles semblent incompétentes, en sont dûment averties. Toute la com’ faite autour de ce « 100% renouvelable » vise à nous faire croire que nous ne manquerons pas d’énergie : l’on pourra remplacer le pétrole, il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

A cette propagande, Onfoncedanslemur répond : oui, on pourra le remplacer, mais (très) partiellement. Cela signifie que l’énergie deviendra rare et chère, il faudra la partager, faire des arbitrages. Quand le réseau ne pourra pas satisfaire la demande, il faudra procéder à des délestages. Avec le compteur Linky, la consommation pourra être limitée en fonction de multiples critères : ce sera tout bénéfice pour ERDF et les (moyennement) riches, mais pour les pauvres il ne faut pas se faire d’illusions : ce sera le moyen de rationner leur consommation, et de rendre « possible » le « 100% renouvelable », mais à leurs dépends.

 

Lire aussi : « Nucléaire : les chiffres et les mots d’Hulot »
Plus de publications sur Facebook : On fonce dans le mur

Illustration : Idee Symbol

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