L’abjection du dieu unique

Nous sommes outrés par une critique qui touche encore les athées, comme ce « statut Facebook » de Bruno Adrie. « En cette période de Noël où un tas de gens s’acharnent à dégommer le divin et à affirmer une liberté qui ne leur servira à rien puisqu’ils sont incapables de se donner un but noble éloigné des excitations de la société du spectacle (si bien assassinée par Guy Debord), à une époque où ceux qui se rebellent – assez platement il faut le dire – contre la possibilité de Dieu, n’ont rien à nous proposer hors l’affirmation de leur athéisme qui associe à une grande pauvreté intellectuelle l’intolérance d’une religion du désespoir » Et de fournir un lien vers une ténébreuse et ennuyeuse conférence d’un autodidacte, Gustave Thibon, (1903-2001), que Wikipédia présente comme un « métaphysicien ». Aussi respectable que soit ce monsieur, une telle façon d’introduire sa conférence, (résumée en annexe), ne saurait inciter les athées à l’écouter…

Critique

  • Attendu que les athées sont par définition ceux qui ne peuvent croire au dieu unique.

  • Attendu que la foi religieuse est strictement nécessaire pour prétendre ne pas être athée.

  • Attendu que les religions du Livre dominent largement la planète par le nombre de leurs fidèles.

  • Les athées apparaissent comme ceux qui « dégomment le divin » alors qu’ils dégomment seulement cette absurdité de dieu unique dont l’origine remonte aux élucubrations d’obscures « philosophes » de l’Antiquité. Quand des « penseurs » grecs, quelques siècles avant JC, commencent à imaginer une vie dans l’au-delà, ils sont comparables aux énergumènes de la Silicone Vallée qui imaginent aujourd’hui l’immortalité par des moyens techniques.

  • Les fidèles des religions du Livre sont les seuls et uniques fossoyeurs du divin pour l’avoir réduit à un dieu unique et abstrait. D’où l’irrésistible tentation de le voir s’incarner dans le réel : Messie des juifs, Christ des chrétiens, Prophète des musulmans et Moïse pour tous. J’ai toujours du mal à imaginer que leurs héros ont dû se coltiner toute la condition humaine, (puisque leur existence serait historique et non mythologique), donc toutes les sécrétions biologiques afférentes…

Il est assez risible de voir des croyants « dégommer » le monde moderne alors qu’ils doivent leur existence à des prédécesseurs qui ne se privèrent pas de « dégommer » les plus vieilles traditions religieuses de leur époque : on appelle ça l’ironie de l’Histoire. Faisant fi du foisonnement de la contestation du système, où les athées sont sûrement plus nombreux que les croyants, Bruno Adrie leur dénie des « buts nobles » que pourtant ils poursuivent avec assiduité, quand ce n’est pas avec la « foi du charbonnier » pour les plus militants. A croire que les zadistes de NDDL, pour ne citer qu’eux, en seraient encore à rechercher les « excitations de la société du spectacle »

Il est vrai que l’on ne peut guère que s’opposer « platement » à « la possibilité de Dieu » : après seize siècles de domination du dieu unique, les Bruno Adrie qui peuplent la planète par milliards ne peuvent pas imaginer que « la possibilité du divin » est l’exacte antithèse de « la possibilité de Dieu ». La première est vraiment possibilité, c’est-à-dire potentialité, alors que la seconde n’est qu’une réponse dogmatique qui referme toutes les formes et voies possibles par lesquelles le divin est susceptible de se manifester.

Les athées n’ont rien à proposer parce que la voix de leurs ancêtres a depuis longtemps été étouffée. Si vous voulez savoir comment, il ne faut surtout pas lire ce bisounours de Paul Veyne mais Ramsay MacMullen, professeur émérite de l’Université de Yale, par exemple dans Christianisme et paganisme du IVè au VIIIè siècle : « Le dogme en histoire voulait qu’après Constantin (312), tous chrétiens. Cette légende dorée répandue par les moines est loin d’avoir été la réalité. Il a fallu en effet quatre siècles, des persécutions physiques, l’élimination par crucifixion et décapitation de toute une élite intellectuelle, son remplacement à la Staline par une nouvelle élite moins éduquée venue du peuple, la destruction par le feu et le martelage de grands centres de savoir antique (destruction du Sérapis en 390, iconoclasme après 408, martelage du temple d’Isis à Philae en 530), la manipulation de foules ignares et brutales pour écharper les bons orateurs philosophes (telle Hypatie d’Alexandrie lynchée en 415, dissolution de l’école d’Athènes en 529), l’interdiction par la loi, la confiscation fiscale et la terreur militaire… pour que la foi chrétienne s’impose contre les fois anciennes. Les Chrétiens d’alors n’avaient rien à envier en cruauté, brutalité et ignorance fanatique aux talibans d’aujourd’hui. Car le paganisme était ancré dans les siècles, il était rationnel, décentralisé et tolérant. Remplacer cette foi personnelle, locale et guérisseuse par un dogme unique, irrationnel et lointain n’allait pas de soi. »

MacMullen va plus loin : il explique aussi que les chrétiens se sont acharnés à détruire toutes traces de la culture livresque des païens : aussi, devant repartir de zéro dans un contexte où tout le monde s’en fiche, il ne faut pas s’étonner que les athées fassent montre d’une « grande pauvreté intellectuelle ». Peut-on sérieusement espérer faire revivre un monde depuis si longtemps englouti ?

L’entreprise de christianisation fût si peu évidente que Ramsay MacMullen peut citer un érudit païen, Thâbit ibn Qurra qui vivait à Carrhes-Harrân, aux confins orientaux de l’Empire et écrivit en l’an 901 : « Bien que nombreux soient ceux qui ont été soumis à l’erreur [c.a.d. fait chrétiens] par la torture, nos ancêtres, grâce à la main de dieu [Aziz] ont enduré et parlé vaillamment, et cette cité bénie n’a jamais été souillée par l’erreur de Nazareth. Et nous avons reçu, et nous transmettrons, l’héritage du paganisme, qui est tenu en grand honneur dans ce monde. Heureux qui supporte le fardeau et dont l’espoir reste ferme pour l’amour du paganisme. Qui a fait le monde pour qu’il soit habité, et l’a recouvert de cités, si ce n’est les hommes bons et les rois du paganisme ? Qui a construit les ports et protégé les fleuves ? Qui a révélé les sciences cachées ? Sur qui s’est posée la divinité qui dispense les prédictions et enseigne la connaissance des événements futurs si ce n’est les sages païens ? Ce sont eux qui ont indiqué toutes ces choses et ont révélé la guérison des âmes, et ont fait briller leur rédemption, et ce sont eux aussi qui ont révélé les médecines du corps. Et ils ont rempli le monde avec les bons modes de vie et avec la sagesse qui est la première des vertus. Sans ces fruits du paganisme, le monde serait un lieu vide et pauvre, enveloppé de misère et d’indigence. »

Le mensonge de la mort de Dieu

En l’an 901, il se trouvait donc encore de rares érudits pour avoir quelque chose à « proposer » aux ancêtres de Bruno Adrie, et à opposer au « dieu onocéphale », (à tête d’âne1), le dieu de la bêtise, de la stupidité et de l’absurdité : un dieu voué au mépris, et dont la « richesse intellectuelle » n’était pas évidente pour tout le monde… Un millénaire plus tard, le christianisme ayant phagocyté le paganisme, Gustave Thibon a beau jeu de dire que : « Le sacré, le divin, subsistent partout, mais dégradés, corrompus, falsifiés » : c’est totalement faux : le divin et le sacré ne subsistent nulle part : ce sont eux les vrais morts, pas Dieu. Le constat nietzschéen n’a aucune valeur hors de son contexte philosophique. Loin d’être mort, Dieu n’en finit pas de nous taper sur les nerfs, à grands renforts d’anathèmes, de discours déploratoires et de Kalashnikov. Pire encore : aussitôt que les sombres forces athées perdent un peu de terrain, on le voit prêt à renaître de ses cendres toujours chaudes dans le respect des grandes traditions : « Tuer les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

Quant au « Progrès » et aux révolutions, elles ne sont pas de « nouvelles religions », mais la même religion du dieu unique qui ne fait que changer de formes sous la pression de l’évolution. Ni le premier ni les secondes n’eurent été possibles si le judéo-christianisme n’était passé là pour imposer la foi : une foi qui finit immanquablement par se retourner contre ses zélateurs ahuris. Parce qu’ils sont tout bêtement humains, et que leur « transcendance » de carnaval a un trivial besoin de relais terrestres, une aubaine pour les dominateurs avides de pureté religieuse mais âpres au gain. Les religions du Livre, comme l’idéologie des GAFAM, sont le fait de prêtres auto-proclamés récipiendaires de cette « transcendance » qui ne traduit que le désarroi des croyants et leur sournoise bêtise : il n’y a rien au-dessus de l’espèce humaine, rien d’autre que cette Nature où ne règne que l’immanence : « tout est intérieur à tout ». Mais pour l’admettre, pour vivre avec ce désespoir-là sans pour autant tomber dans la barbarie, il faut « quelque chose » dont ils n’ont pas la moindre idée.

Ironie de l’Histoire : au cœur des religions instituées, l’on découvre avant tout un « problème de fric » : preuve que « la transcendance » trempe dans le sordide comme les frites dans l’huile. C’est « Jésus chassant les marchands du temple », Luther en révolte contre le système des indulgences, Calvin voyant le salut dans le succès matérialiste, les pasteurs évangélistes (et bien d’autres) roulant carrosse, Lloyd Blankfein, patron de Goldman Sachs, affirmant accomplir « le travail de Dieu » : pour se faire dégrader, corrompre et falsifier, le divin et le sacré n’ont vraiment pas besoin des athées…

Désespoir et intolérance

Les « croyants » ont beau jeu d’accuser les athées de ne produire que des « philosophies du désespoir », alors qu’ils admettent que seul Dieu dispense « la Grâce », c’est-à-dire la foi dont dépend la capacité pour une personne de vivre dans la religion de son temps. Dans « Quand notre monde est devenu chrétien », Paul Veyne reconnaît que la religion est devenue une affaire personnelle, dont la foi est bien sûr le pilier. Auparavant, elle était donc une « affaire collective », un syncrétisme conciliant les traditions sans les contester, mêlant les dieux familiaux à ceux de la cité. Aucun dieu ne pouvait être vrai ni faux, ils étaient, sans autre forme de procès. Aussi, pour qui ne peut se résoudre à croire aux élucubrations des monothéismes, la religion n’a plus aucune valeur, car le sacré et le divin sont de facto chasse gardée. Ironie de l’Histoire : la manière de concevoir « la vérité » ne pouvant qu’évoluer, on voit la leur désormais réduite à une curiosité au charme désuet, (tant qu’elle ne guide pas les balles de leurs fusils d’assaut), et ce Gustave Thibon nous apparaît comme le pendant moderne de l’érudit païen de l’an 901.

Se pose finalement cette question : qui a apporté le désespoir sur cette Terre sinon les croyants hallucinés des monothéismes ? Avait-on besoin d’un dieu unique pour se représenter le divin ? Comment ne pas comprendre qu’adorer un « dieu unique tout puissant » conduirait fatalement à adorer la « toute puissance » ? Comment ne pas comprendre que le ver était dans le fruit dès lors que l’on avait fait rimer spiritualité avec supériorité ? Affirmons plutôt que toute forme de spiritualité (religieuse) est impossible dans un monde où les « croyants » se comportent en athées. Parce que, bon, entre des croyants qui roulent en 4×4 et des athées qui roulent en 4×4, je ne vois pas bien comment faire la différence. Entre des militaires croyants qui brutalisent des enfants ou des ambulanciers, et des militaires athées qui brutalisent des enfants ou des ambulanciers, je ne sais pas mieux comment faire la différence. Et s’il est vrai qu’il existe des croyants sincères qui s’efforcent de se conformer au « message de Jésus », (pour les juifs, on ne sait pas, aucun personnage de paix, d’amour, d’humilité ou de charité n’est sorti de leurs livres pour devenir célèbre), s’il existe donc des croyants sincères, il faut bien admettre qu’ils sont l’arbre qui cache la forêt, les « idiots utiles » comme on dit aujourd’hui. Quand Lloyd Blankfein se vante de faire « le travail de Dieu », ne venez pas me dire qu’il marche en sandales ! Quand un président américain désigne l’URSS comme « l’Empire du Mal », ne venez pas me faire croire qu’on l’a ensuite soumis à la question ! Non, il a pu proférer une telle insanité uniquement parce que le peuple américain et ses élites baignent dans une religiosité d’égouts dont ils ne sentent plus l’odeur. Tous ces gens peuvent se dire « croyants », et supérieurs aux athées, parce qu’ils n’ont jamais interrogé ce que le mot « croire » veut dire.

Le divin

Les croyants ont d’eux-mêmes réduit leurs religions à un petit lot de pratiques dénuées d’importance, (aller à la synagogue, à l’église, au temple, à la mosquée…), mais ce sont les athées qui seraient responsables de leur « décadence » ? La vraie cause tient au principe-même du monothéisme, Gustave Thibon a mis le doigt dessus quand il évoque la « décomposition du divin dans les âmes » : cette « décomposition » provient de l’effet corrosif de la vérité, un effet dont les monothéismes ont profité en leur temps pour s’établir, mais qui ne peut conduire qu’à la ruine de toute construction intellectuelle dès lors que celle-ci s’appuie sur « la vérité ». Si l’on veut éviter que le divin ne pourrisse « dans les âmes », (en fait dans le for intérieur de tout un chacun, ce qui n’est pas exactement la même chose, car encore faut-il avoir un certain sens du divin pour prétendre avoir une âme), il importe en premier lieu et au plus haut point de le mettre « à l’abri de la vérité », hors de sa portée. La raison en est bien simple : tout comme la nature, le divin n’a rien à voir avec « la vérité ». Ce mot désigne un concept qui permet de juger un discours, (ou de le quantifier de façon binaire), et ne vaut donc que pour des discours, en aucun cas pour la réalité ou le divin. Ce ne sont jamais la réalité ni le divin qui peuvent être « vrais » ou « faux », seulement ce que l’on en dit. Ainsi la Terre a-t-elle la forme qu’elle a, ou que l’on veut lui voir, cela n’a pas la moindre importance eu égard à la question qui nous occupe : parce qu’aucun discours ne viendra jamais changer la forme de la Terre, si tant est qu’elle en ait une : c’est vrai dans notre culture, mais bien des peuplades, dans la longue histoire humaine, ne se sont sans doute jamais posé la question. Au demeurant, encore faut-il disposer du mot « forme » dans son langage pour formuler la question et sa réponse.

Loin d’être absurde, ce principe d’isolation a été dûment mis en pratique par les monothéismes : ils ont pris soin d’encapsuler « leur vérité » dans des absurdités sans nom dont seule la foi permet de supporter la vue sans vomir. Les croyants espèrent, ou font mine d’espérer, que la mort les fera ressortir au paradis comme le poussin vient au monde au sortir de son œuf. C’est absurde, totalement absurde, mais qu’importe : tout ce que l’on peut « croire », ou raconter à propos du divin ne peut que vous faire tomber dans l’absurde : parce qu’il s’oppose au réel, tout bêtement. Autrement dit, soit l’on prétend parler du réel et dans ce cas le concept de vérité s’applique, soit l’on prétend parler du divin et il n’est plus question de vérité mais… du divin, et de lui seul.

C’est le divin qui est unique, et non pas le dieu usurpateur par lequel on prétend le représenter. Les monothéismes sont clairement des abus de pouvoir dans la mesure où ils prétendent s’imposer comme exclusives représentations du divin. Des abus de pouvoir qui confisquent l’imaginaire par lequel « l’homme », (pour parler comme autrefois), exerce sa pleine et entière liberté, la seule que lui concède la nature, parce que, pour ce qui est du reste, nous savons bien que « la liberté » relève plus d’une agréable fiction que de la réalité.

Impossible de définir le divin sans retomber dans le travers des monothéismes, on peut seulement affirmer son existence dans la mesure où celle-ci résulte de notre sixième sens : l’imagination. C’est elle qui nous permet d’imaginer son existence, et cela suffit à la lui conférer. Le divin a ceci de commun avec la conscience qu’il procède comme elle de la subjectivité individuelle, mais il a ceci de différent qu’il réside hors de notre for intérieur. Il est quelque part dans le monde, dans le cosmos, dans la vie, dans le temps, partout où votre imagination vous invite à en reconnaître l’existence ou à le rechercher. Le divin est potentiellement partout sauf dans l’au-delà où les humains finissent leurs jours en compagnie des vers. Ne pourrait-on y voir plus saine motivation de le rechercher que cette récompense en forme de su-sucre pour chiens-chiens qu’est le paradis ?

La virginité mariale

Pour finir, je voudrais faire valoir la prodigieuse beauté du mythe de la virginité mariale, une beauté à laquelle même les plus fins croyants restent aveugles. Il faut dire que ce n’est pas leur souci, la beauté, puisqu’ils ne jurent que par « la vérité ». S’agissant d’un « fait narratif », (qui n’existe que par et dans la narration), qui vient dans ce cas se substituer au fait historique, (la copulation), parce que celui-ci ne présente aucun intérêt, ni historique ni narratif, juger de sa vérité est une absurdité de philosophe onocéphale. Comprenez bien : ce n’est pas que l’on s’en fiche, ou que l’on puisse passer outre au jugement de la vérité, non, c’est simplement que « la vérité » est aussi étrangère à ce « fait narratif » qu’un sélénite à la planète Terre.

Mais que le mythe marial n’ait pas de vérité n’implique pas qu’il serait insensé. Loin d’être absurde, la conception de Jésus par la visite de l’archange Gabriel signifie, au sens propre du mot, que la fécondation commence par des idées. Et de manière générale, tout commence par des idées. C’est sa grande leçon. Une magnifique leçon quand on songe que l’absurdité apparente de sa narration lui a cependant permis de traverser les âges, et qu’elle a été forgée à l’ancienne : il paraît que la mère de Zarathoustra aurait été fécondée par une décharge de foudre ayant pénétré sa demeure. Même si l’on voit moins bien dans ce cas la leçon à retenir, il n’empêche que « ça vous a de la gueule », non ? Alors, au lieu de dire qu’il ne s’agit que de « mythes sans intérêt », l’on ferait mieux de s’interroger sur le secret de leur longévité…

EDIT : dans « Les formes élémentaires de la vie religieuse », « Livre II : Les croyances élémentaires », Durkheim énumère les trois règles utilisées en Australie pour choisir le totem d’une personne : « Enfin, une troisième combinaison est celle que l’on observe chez les Arunta et les Loritja. Ici, le totem de l’enfant (…) est celui de l’ancêtre [qui] est venu féconder mystiquement la mère au moment de la conception. » C’est peu dire que le mythe de la virginité mariale plonge loin, très loin dans l’imaginaire de l’humanité. La question se pose de savoir si les premiers chrétiens ont « actualisé » ce mythe pour asseoir la crédibilité de leur nouvelle religion, (c’est dans les vieilles marmites que l’on fait la meilleure soupe), où si la raison d’être de leur religion ne serait pas d’en conserver la mémoire. Je penche pour la seconde solution : les religions seraient des échafaudages destinés à « enrober » des connaissances considérées comme précieuses, les mythes, afin de les conserver.

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Illustration : « Les croyants, moins intelligents que les athées ? »

ANNEXE : résumé de la conférence « Dieu est-il mort ? » du ci-devant Gustave Thibon

Cliquant au petit bonheur sur 4’13 : « On arrive à une sorte de degré de décomposition du divin dans les âmes qui fait que le mot « dieu », pour beaucoup d’hommes, n’a plus de sens ».

Prenant « la mort de Dieu » pour sujet, il commence par une remarque d’une logique assez imparable pour en être cocasse : « Si Dieu n’existe pas, il n’a pas à mourir, s’il existe il est immortel ». Puis il continue : « Je veux parler de l’éclipse de Dieu dans l’esprit des hommes, ce qui est infiniment grave. » Et de citer Victor Hugo parlant de lui (2′) : « Ce n’est pas du côté du soleil que l’éclipse fait de l’ombre. » Admirable citation qu’il interprète ainsi : « Seulement, si cette éclipse se prolonge, c’est incontestable qu’elle risque de plonger l’humanité dans une nuit terrible, dans un froid mortel. »

Après avoir expliqué en détails le principe de responsabilité individuelle qui prévalait avant l’apparition de la psychologie et de la sociologie, ainsi que les progrès continuels de l’homme dans « les causes secondaires », (la science bien sûr), il dit à la minute 14’30 : « En même temps que l’on a constaté la mort de Dieu, c’est devenu un lieu commun que d’annoncer la mort de l’homme. Au fond, l’homme se divinise de plus en plus, et sa divinisation est très proche de son évanouissement. » Il aborde ensuite, (15’25), le « monde moderne » : « Que nous apporte-t-il ? En même temps qu’une prolifération et un perfectionnement prodigieux des moyens, (…), qu’une absence vertigineuse de sens et de buts. (…) Il nous apporte de moins en moins de raisons de vivre. (…) La plupart des philosophies modernes sont des philosophies du désespoir. (…) Tout n’a de sens que par l’homme mais l’homme n’a pas de sens. (…) L’existence séparée de l’être n’a plus ni caution ni finalité. Là où il n’y a plus de dieux il n’y plus d’homme. »

Ensuite, minute 19, il aborde le sacré : « Le sacré, le divin, subsistent partout, mais dégradés, corrompus, falsifiés. L’homme ne peut pas vivre uniquement de pain et de facilités, de puissance. » Suivent une critique en règle des idéalismes modernes et du progrès, avec cette citation d’un Père de l’Église : « « rien ne peut changer en bien dans l’homme indiviniment » [c’est-à-dire] sans le secours de Dieu, sans la Grâce ».

Ce que je n’ai pas noté n’en valait à mon sens pas la peine. Le Lecteur curieux et la Lectrice curieuse pourront vérifier ce qu’il en est en écoutant par lui-même et par elle-même.

1 Cf. Je crache sur le christ inné, d’Antonin Artaud, aux éditions Abstème et Bobance, Paris 2001. Dans un avis des éditeurs qui nous explique l’origine d’une gravure reproduite dans cette édition, on peut lire : « Ce graffito, daté du IIIè siècle – voir de l’époque des premiers Antonins selon certains paléographes – a été retrouvé en 1856 sur le mont Palatin à Rome. (…) La traduction, « Alexamène adore Dieu », évoque la calomnie de l’onolâtrie, qui attribuait aux chrétiens l’adoration d’un âne. (…) »

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