La réalité

Slate vient de pondre ça : « Du Média à la gauche américaine, désinformations en série sur la guerre en Syrie », un article de près de 4000 mots, (bon courage à celles et ceux qui veulent le lire), signé Antoine Hasday et sous-titré : « Une vision purement «anti-impérialiste» des conflits conduit à déformer la réalité. »

Onfoncedanslemur revendique une vision « purement anti-impérialiste » et se fiche comme de l’an 40 qu’elle « déforme » ou pas « la réalité ». C’est l’objet de ce billet de justifier cette position.

Il ne peut pas y avoir de « vision » non déformante de « la réalité ». Soutenir qu’il existerait un point de vue « objectif » (et « vrai ») est une énorme foutaise : ce n’est que l’argument basique et commercial de journaleux qui ont grand besoin de se faire reluire. Toute « vision » dépend du point de vue adopté, et « la réalité » est stricto sensu inaccessible à la connaissance : nous ne pouvons que la « décrire » par le langage, puis supposer que les descriptions peuvent être (ou non) plus ou moins « conformes ». Il existe bien « une réalité » unique et objective des « faits », (dans le cadre d’une procédure judiciaire elle fait l’objet d’une enquête approfondie, dans d’autres domaines, en particulier la géopolitique, elle sera au contraire l’objet de toutes les déformations possibles et imaginables), mais ces « faits » ne sont jamais suffisants à décrire complètement « la réalité » : parce que nous avons besoin de les « comprendre » pour les juger, et pour cela nous avons besoin qu’ils s’inscrivent dans une histoire et un cadre plus ou moins large.

Les faits bruts, tels qu’ils ressortent de ce que l’on peut objectivement constater, ne sont que des traces muettes : il faut les interpréter pour en déduire les faits intéressants, ceux sur lesquels il s’agit de prendre position et qui ne sont jamais perceptibles. Tout le processus d’objectivation de « la réalité » est patent dans un cadre judiciaire ou scientifique, mais totalement absent partout ailleurs.

Ainsi, Onfoncedanslemur considère le conflit syrien du point de vue du peuple syrien : quelle est donc « la réalité objective » de ce « peuple » ? Impossible à savoir, c’est clairement une construction de l’esprit. Dans « la réalité objective », il n’y a que des hommes et des femmes, des vieillards et des enfants, qui vivent dans une certaine région du globe appelée Syrie. Notre point de vue est donc clairement « biaisé », « déformé » ou « faussé », nous le revendiquons sans complexe. A l’opposé de ce point de vue : celui des « merdias » (dont Slate) qui ne s’intéressent (subitement) qu’aux « civils » de « la Ghouta orientale », en train de se faire « massacrer » par « le régime » de Bachar el Assad et qu’il faudrait plaindre pour bien montrer qu’on est humain, quoi, qu’on n’est pas un « monstre » comme leur affreux « dictateur ».

La réalité est malheureusement très différente. La Syrie, et donc le peuple syrien, sont depuis sept ans le lieu d’un conflit international où « le régime » honni du « dictateur » Bachar el Assad est loin d’être le seul concerné. Outre la Russie, (elle aussi administrée par un « dictateur »), la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Qatar, Israël, l’Iran, le Hezbollah, l’Irak et bien sûr les occidentaux et moult « groupes djihadistes » venus des quatre coins du monde sont aussi parties prenantes. Et aucune de ces parties n’a envie de lâcher prise. Dans ces conditions, il nous importe peu de savoir si Bachar el Assad est ou non un criminel de guerre qu’il s’agirait de virer à tout prix au nom des « droits de l’homme » ou pour garantir la « sécurité » de la région. Ce que nous voyons, c’est un peuple dont il y a tout lieu de penser qu’il en a marre d’être en guerre, qu’il aspire légitimement à retrouver la paix civile, et que ce n’est pas en laissant prospérer une « enclave rebelle » qu’il y parviendra.

C’est pourquoi nous ne pouvons pas compatir avec les victimes civiles de « la Ghouta orientale » : ce n’est pas que nous nions leur existence ni leurs souffrances, mais ce serait donner raison à une propagande qui veut que nous voyons « la réalité » exactement à sa façon, une propagande qui « diabolise » l’autre camp, (Syrie, Russie, Iran, Irak, Liban), en laissant croire que nous sommes innocents. Notre propension à vouloir le Bien, à prétendre « aider » les « rebelles » qui se dressent contre les « tyrans », est trop louche pour être honnête. Juste une question, comme ça, en passant : comment la France a-t-elle accueilli les « rebelles » dans l’Algérie qui était alors française ? Avec des bouquets de roses ? Et comment cette guerre d’indépendance a-t-elle pris fin ? Par le départ des Français considérés comme des occupants. Et bien, que les « rebelles » de « la Ghouta orientale » débarrassent le plancher, et la guerre en Syrie prendra fin. Malheureusement, à en croire cet article, (qui parle de celui-ci), il semblerait que le camp du Bien ait d’autres projets…

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