Rions un peu avec Nicolas Casaux

EDIT le 24 novembre 2018 : Nicolas Casaux et son coauteur ont cependant raison sur le fond. Lire : « Et si Le Partage avait raison ? »


 

Nicolas Casaux vient (encore !) de faire parler de lui en publiant sur Reporterre une critique de Vincent Mignerot et de son association Adrastia : « Non, l’humanité n’a pas toujours détruit l’environnement ». Avertissons d’emblée que Vincent Mignerot n’est pas notre gourou, mais nous apprécions son point de vue parce qu’il est de type scientifique, alors que Nicolas Casaux considère « la science » comme une « machine à débiter les pires conneries ». Qu’on le veuille ou non, « la science », – que l’on ne confondra pas avec le « système scientifique » -, reste à ce jour « le meilleur antidote à la stupidité », et la méthode scientifique sera toujours plus stimulante pour l’esprit que des interprétations fondées sur des préjugés arbitrairement choisis.

Plus stimulante surtout que les propos d’un Nicolas Casaux qui donne l’impression de ne même pas connaître le sens des mots. En intertitre coloré, l’on trouve cette jolie perle : « Les cultures autres que la civilisation industrielle sont ou étaient autant d’exemples de natures humaines foncièrement différentes ». Comment comprendre cette phrase, – et quelques autres du même tonneau -, sinon en posant que culture et nature sont synonymes ? Or, dans notre bon vieux français, nature et culture le sont-ils ? Non. Peut-être le seront-ils un jour, car la langue évolue, mais traditions philosophique et linguistique ont toujours opposé ces deux termes. Il suffit de chercher « nature et culture », (avec les guillemets), pour trouver ce cours de philo dont voici l’incipit :

« La culture s’entend d’abord par opposition à la nature : est naturel, ce qui se fait tout seul ; est culturel ce qui porte la trace du travail humain. Le petit chemin de campagne nous semble donc plus naturel que la grande ville ; mais les chemins, les champs et la campagne elle-même n’ont rien de naturel ! Partout, on peut y voir la main de l’homme qui a travaillé et aménagé ce qui l’entoure. Alors, l’homme a-t-il seulement accès à une « nature », ou n’est-il pas entièrement un être de culture ? »

Alors que toute la philosophie s’échine, depuis l’Antiquité, à connaître « la nature humaine », – ce que l’on peut juger futile ou prétentieux, mais c’est une autre question -, voilà que Nicolas Casaux, venant peut-être de découvrir ce qu’est une bijection, affirme que l’être humain aurait autant de natures différentes que de cultures différentes.

Trêve de plaisanterie. Nicolas Casaux raconte n’importe quoi. Son site reste pertinent tant qu’il s’en tient aux faits, mais dès qu’il s’aventure sur le terrain de la compréhension, c’est la Bérézina. Essayons de lui expliquer de quelle nature humaine on parle.

Il ne peut pas contester le cadre du sujet qui est celui de l’évolution humaine sur des dizaines ou des centaines de milliers d’années. A cette échelle de temps, la nature humaine est unique, car c’est tout simplement celle de l’espèce humaine, alias Homo sapiens, dont tous les individus peuvent (en principe) procréer avec tous les autres. Il n’y a pas de barrière à la reproduction, de sorte que, à ce niveau basique de la nature, l’espèce humaine est parfaitement homogène, même si les individus présentent une grande variabilité génétique. Nicolas Casaux a parfaitement le droit de refuser ces définitions, mais, faute d’avoir énoncé les siennes, l’on doit conclure qu’il confond nature et culture comme un gosse de 4ième qui a séché l’école.

Il n’a même pas conscience que, si les humains étaient réellement de natures différentes, alors ils seraient de races différentes, ce que plus personne n’admet de nos jours : « Le consensus scientifique actuel rejette en tout état de cause l’existence d’arguments biologiques qui pourraient légitimer la notion de race, reléguée à une représentation arbitraire selon des critères morphologiques, ethnico-sociaux, culturels ou politiques, comme les identités ». Ce n’est pas tant pour être « politiquement correct » que pour donner du poids aux mots et éviter les embrouilles idéologiques : si l’on définit la nature des êtres humains par leurs cultures, alors c’est de leurs cultures que l’on parle, pas de leur nature, de sorte que l’on ment à chaque utilisation de ce terme.

L’on comprend bien que Nicolas Casaux a pour seul étalon les chasseurs-cueilleurs à qui il attribue toutes les vertus. Toute sa phraséologie procède de jugements pondératifs, (permettez que nous jouassions aussi avec les mots), des jugements estimés comme l’on pèse les choses sur une balance Roberval, et de sorte que la valeur humaine de ses chasseurs-cueilleurs apparaisse toujours supérieure à la nôtre, pauvres débiles mentaux que nous sommes, formatés par « la civilisation » et « la science ». Il ne peut pas lui venir à l’idée que, si nous sommes ces débiles de civilisés qu’il décrit, c’est peut-être bien à cause de notre immuable nature. C’est cela qui le choque : qu’une seule et même nature humaine ait pu conduire les uns à vivre 50.000 ans de la même façon, (nous pensons bien sûr aux aborigènes d’Australie, qu’ils aient ou non éradiqué auparavant la mégafaune locale), et conduire les autres à inventer l’agriculture, puis la bombe atomique. Il pourrait y avoir une explication simple à cela : la culture humaine serait « induite » par l’environnement (écologique et social). Si celui-ci est stable, comme ce fut le cas pour les aborigènes d’Australie, alors les humains peuvent et même doivent conserver une culture stable; mais si l’environnement change, alors ils doivent aussi changer leur culture. Depuis que Darwin est passé là, c’est ce qu’on appelle s’adapter.

Pour finir, faisons bisquer notre Nicolas par un petit coup de pub sur ce texte formidable : « Darwin moraliste ». Le grand scientifique y apparaît comme un précurseur des antispécistes dont se réclame, devinez qui ? LOL

 

Paris, le 5 octobre 2018

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3 commentaires sur “Rions un peu avec Nicolas Casaux

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  1. Bien joué Didier, tu as probablement réussi à être le seul à ne pas comprendre que lorsqu’on parlait, dans notre article (tu auras remarqué, sans doute, que je ne suis pas le seul auteur), de « natures humaines », c’était précisément pour reprendre l’idée absurde de ceux qui prennent pour du naturel ce qui est culturel. Et évidemment pas pour parler de natures humaines biologiques. De même que Carl Sagan lorsqu’il s’insurgeait contre l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule nature humaine (lui aussi, tu crois qu’il ne savait pas que l’être humain partage une seule nature biologique ?!) faisait référence à la propension à certains de qualifier de naturel le culturel. Et de ta mécompréhension, tu fais un billet. Faut-il s’ennuyer.

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    1. « tu as probablement réussi à être le seul à ne pas comprendre que lorsqu’on parlait …»
      Non nous sommes au moins deux. Nicolas Cazaux j’ai lu l’article que vous avez coécrit deux fois pour être sûr, je n’ai pas saisi la nuance qui vous fait opposer nature humaine et culture humaine.
      Ensuite, même si je suis d’accord pour dire que notre système actuel de production est complètement déraisonné (faisant passer le profit avant l’intérêt général sur le long terme), je tique un peu quand je lis des choses telles que « 50.000 ans après le premier peuplement humain de Bornéo, l’île était encore recouverte d’une forêt luxuriante » comme justification de la nature pas forcément destructrice de l’homme, et cela pour deux raisons au moins :
      – quelles étaient les conditions de vie à Bornéo ? Un société humaines ‘A’ qui y vivait avait-elle les mêmes besoins de consommation de son environnement pour assurer sa survie (voir son confort) qu’une société humaine ‘B’ qui vivait en Europe centrale ?
      – quelle était l’état de la faune il y a 50 000 ans à Bornéo ? Certains prédateurs n’ont-ils pas vu leur population réduire voir disparaître au profit des populations humaines ? Nous sommes à même de constater la destruction actuelle de cette forêt mais la destruction n’a-t-elle pas commencé avant ?

      En fait si je devais résumer ce que j’ai compris de ce que disent des gens comme Aurélien Barrau ou Vincent Mignerot, c’est que si la société ‘A’ avait dû vivre dans le même environnement que la société ‘B’ sont pouvoir destructeur aurait été le même pour des raisons de survie. Par exemple si les aborigènes avaient vécu dans le centre de l’actuelle France ils auraient probablement dû couper plus de bois pour se chauffer pendant la moitié de l’année. Du coup n’est-il pas abusif de se servir d’une société ‘A’ pour fustiger une société ‘B’ ?

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