Profonde exaspération…

EDIT : mea-culpa, ce texte n’est pas bon. Faute d’avoir lu et assimilé René Girard, sa structure est bancale. Et puis, la véritable cause de l’exaspération est plutôt celle-ci : ceux qui en appellent à des changements, – de nos modèles ou de notre mode de vie -, ne comprennent pas mieux que nous comment la société fonctionne, et donc comment on pourrait la faire changer. Il ne suffit plus de descendre dans la rue comme en Mai 68, surtout si c’est le portable en poche, dans une « ambiance bon enfant », « cool », « sympa », « fun », c’est-à-dire une ambiance pacifiée et ludique qui doit tout au consumérisme.

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Profonde exaspération… « Nous sommes la dernière génération à pouvoir agir » proclame Bastamag, relayant les écolos d’Alternatiba qui semblent être spécialisés dans la « mobilisation sur le dérèglement climatique ». En ce moment les « appels » tombent dru, une véritable averse.

bastamag

A en juger par la photo ci-dessus, (volée à Bastamag), l’on pourrait croire qu’un nouveau mimétisme s’amorce : celui de l’action pour « sauver le climat ». Ce n’est malheureusement que de la poudre aux yeux : la foule n’est que le miroir des personnes du premier plan, lesquelles peuvent être considérées comme prêtre et prêtresse d’un culte sans objet. D’après la théorie du « désir mimétique » de René Girard :

« Sur la scène collective, la violence mimétique suscite la victime émissaire, bientôt transformée en dieu parce que son sacrifice a ramené la paix sociale. La violence et le sacré (1972) démonte ce dispositif qui expulse la violence en engendrant le sacré. »

Mais l’on ne constate ni « violence mimétique » ni « victime émissaire » : autrement dit, personne n’est considéré ni désigné comme coupable, donc personne n’est coupable, conformément à la thèse rabâchée ici. Nous assistons simplement au déferlement puissance mille des bonnes volontés bisounours. Le sacré, – qu’il faut ne pas confondre avec le divin -, représente a contrario la faute la plus impardonnable qu’on puisse imaginer, celle qui doit être en principe sanctionnée des plus lourdes peines : qu’elles n’aient plus cours implique la disparition de facto de ce qui les justifiait. Nous l’expliquions déjà dans « Révolution durable » : « Dieu n’est pas mort, il est tout aussi virulent aujourd’hui que deux mille ans plus tôt, [mais] le divin et le sacré ont depuis longtemps déserté ce bas monde ». Et cela nous prive de toute justification d’une violence sociale légitime.

Ces écolos qui s’imaginent sauver la planète, (on fait sauter les guillemets, c’est devenu un lieu commun), ne font que reprendre quelques codes du système : action, optimisme et optimisation, mais réflexion zéro. C’est pourquoi ils exaspèrent, ce n’est pas qu’une question d’humeur : ils ne sont qu’une émanation du système, les boutons de sa fièvre médiatique. Ci-dessous, le stand d’Alternabita à Chambéry, « Ecofestiv’ Alternatiba 2015 » :

Chambéry-Stand-Alternatiba

Ambiance kermesse là où l’on devrait voir, si l’on était sur le bon chemin, des SUV démolis à coups de battes de base-ball. Surtout pas de conflit, pas de bagarre, nous sommes entre civilisés, tout peut se négocier tranquillement autour d’une table, comme l’a bien montré Tsipras pour la Grèce. Les riches ? Mais ils n’y sont pour rien, au contraire, sans eux tout s’écroule, c’est l’anarchie, le chaos. Et puis, qui ne connaît pas de riche ? Des gens très bien, ils ont aussi leur petite famille, ils sont polis et cultivés, ils n’embêtent personne avec des conflits de voisinage,…

Un retentissant article de la NASA a eu beau affirmer, en mars 2014, que « Notre civilisation touche à sa fin », et que les inégalités sociales en sont l’une des deux premières causes, la critique sociale ne bouge pas d’un cil. C’est pourtant écrit noir sur blanc : « les civilisations craquent lorsque les hommes surexploitent les ressources et organisent la société entre un petit nombre de riches et une masse de pauvres ».

La violence sociale qui serait nécessaire, – pour « changer de modèle » ou « changer de mimétisme » -, est tout bonnement devenue impossible. Depuis que nous sommes tombés dans la marmite du consumérisme, (à cause d’un type qui voulait « gagner de l’argent en manipulant l’inconscient », preuve soit dit en passant que tout ce qui peut être inventé l’a été ou le sera), « l’humanité est devenue une machine à produire », et ce, pour l’éternité qui lui reste à vivre.

Amen.


Paris, le 12 octobre 2018

Règle

Illustration : « L’Éternité – Derniers Vers – Arthur Rimbaud »

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3 commentaires sur “Profonde exaspération…

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  1. Je suis bien d’accord avec vous, et je trouve Alternatiba et autres Colibris bien trop gentils au regard des transformations nécessaires. Avez vous écouté Arthur Keller sur le podcast Présages ? Il me semble que vous apprécierez.

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  2. Tout à fait. A la récente marche pour le climat à Paris, il y avait d’ailleurs des stands de hamburgers. Mince il me semblait que l’élevage, et surtout la production de boeuf, nuisait gravement au climat et à la planète. Surtout on ne change rien mais on est déjà au taquet pour la prochaine manif

    Aimé par 1 personne

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