Le nous de majesté

Ce que l’on appelle le « nous de majesté », et que nous employons sans vergogne, n’est pas une coquetterie de plume mais une « douceur » pour l’oreille. Cette « majesté » sert à distancier le « nous » qui tient la plume du « moi » qui pianote sur un clavier : le premier, pour être agréable à ses lecteurs et lectrices, s’efforce de tenir le second aussi éloigné que possible. Nous avons bien sûr un corps, une famille, un logement, un passé et tout ce qui fait la vie ordinaire des gens ordinaires, mais tout cela ne doit pas transparaître dans notre style. C’est uniquement une question de style, ou de « personnage » si vous préférez. D’autres blogueurs s’en tirent fort bien en faisant le choix inverse : ils écrivent je pour dire je et ça passe très bien, on n’a pas l’impression qu’ils mettent leur ego en avant.

Il y a cependant une autre raison : nous voyons dans ce nous un rempart contre le je qui, si nous lui lâchions la bride, en viendrait rapidement à nous faire dire tout et n’importe quoi. Car il voudrait aussi exprimer son humeur, l’intensité de ses convictions, (supérieures à celles des autres, comme il se doit), ses colères devant les réactions « hallucinantes » de certains internautes, etc. Ce blog deviendrait rapidement agressif, se noierait dans des polémiques et sombrerait comme le Titanic.

 

Paris, le 10 septembre 2018

Illustration : site Byzance photos reportages

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