L’erreur de Nazareth

Quelques niaiseries et curiosités sur la religion chrétienne.


Il y a de cela quelques années, nous avions trouvé ce commentaire sur Facebook : « En cette période de Noël où un tas de gens s’acharnent à dégommer le divin et à affirmer une liberté qui ne leur servira à rien puisqu’ils sont incapables de se donner un but noble éloigné des excitations de la société du spectacle (si bien assassinée par Guy Debord), à une époque où ceux qui se rebellent – assez platement il faut le dire – contre la possibilité de Dieu, n’ont rien à proposer hors l’affirmation de leur athéisme qui associe à une grande pauvreté intellectuelle l’intolérance d’une religion du désespoir. »

Ce n’est évidemment pas ce genre de niaiserie ressassée qui nous intéresse, mais l’histoire trop méconnue du christianisme. Ramsay MacMullen, professeur émérite de l’Université de Yale, l’a contée en partie dans son livre « Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siècle », et un blogueur en a fait la recension en ces termes :

« Le dogme en histoire voulait qu’après Constantin (312), tous chrétiens. Cette légende dorée répandue par les moines est loin d’avoir été la réalité. Il a fallu en effet quatre siècles, des persécutions physiques, l’élimination par crucifixion et décapitation de toute une élite intellectuelle, son remplacement à la Staline par une nouvelle élite moins éduquée venue du peuple, la destruction par le feu et le martelage de grands centres de savoir antique (destruction du Sérapis en 390, iconoclasme après 408, martelage du temple d’Isis à Philae en 530), la manipulation de foules ignares et brutales pour écharper les bons orateurs philosophes (telle Hypatie d’Alexandrie lynchée en 415, dissolution de l’école d’Athènes en 529), l’interdiction par la loi, la confiscation fiscale et la terreur militaire… pour que la foi chrétienne s’impose contre les fois anciennes. Les Chrétiens d’alors n’avaient rien à envier en cruauté, brutalité et ignorance fanatique aux talibans d’aujourd’hui. Car le paganisme était ancré dans les siècles, il était rationnel, décentralisé et tolérant. Remplacer cette foi personnelle, locale et guérisseuse par un dogme unique, irrationnel et lointain n’allait pas de soi. »

Ramsay MacMullen cite un érudit païen, Thâbit ibn Qurra qui vivait à Carrhes-Harrân, aux confins orientaux de l’Empire et écrivit en l’an 901 :

« Bien que nombreux soient ceux qui ont été soumis à l’erreur [c.a.d. fait chrétiens] par la torture, nos ancêtres, grâce à la main de dieu [Aziz] ont enduré et parlé vaillamment, et cette cité bénie n’a jamais été souillée par l’erreur de Nazareth. Et nous avons reçu, et nous transmettrons, l’héritage du paganisme, qui est tenu en grand honneur dans ce monde. Heureux qui supporte le fardeau et dont l’espoir reste ferme pour l’amour du paganisme. Qui a fait le monde pour qu’il soit habité, et l’a recouvert de cités, si ce n’est les hommes bons et les rois du paganisme ? Qui a construit les ports et protégé les fleuves ? Qui a révélé les sciences cachées ? Sur qui s’est posée la divinité qui dispense les prédictions et enseigne la connaissance des événements futurs si ce n’est les sages païens ? Ce sont eux qui ont indiqué toutes ces choses et ont révélé la guérison des âmes, et ont fait briller leur rédemption, et ce sont eux aussi qui ont révélé les médecines du corps. Et ils ont rempli le monde avec les bons modes de vie et avec la sagesse qui est la première des vertus. Sans ces fruits du paganisme, le monde serait un lieu vide et pauvre, enveloppé de misère et d’indigence. »

En l’an 901, il se trouvait donc de rares érudits pour nourrir leur nostalgie du paganisme, et considérer que le christianisme était une « erreur ». On peut citer également « Je crache sur le christ inné » d’Antonin Artaud, aux éditions Abstème et Bobance : il est orné d’une gravure dont l’origine est un : « graffito, daté du IIIè siècle [qui] a été retrouvé en 1856 sur le mont Palatin à Rome. La traduction, « Alexamène adore Dieu », évoque la calomnie de l’onolâtrie, qui attribuait aux chrétiens l’adoration d’un âne. »

Enfin, dans « Les formes élémentaires de la vie religieuse », Durkheim énumère les trois règles utilisées en Australie pour choisir le totem d’une personne : « une troisième combinaison est celle que l’on observe chez les Arunta et les Loritja. Ici, le totem de l’enfant (…) est celui de l’ancêtre [qui] est venu féconder mystiquement la mère au moment de la conception. » C’est peu dire que les chrétiens n’ont rien inventé avec le mythe de la virginité mariale.

Paris, le 24 décembre 2020


Illustration : diocèse de Chartres

Plus de publications sur Facebook : On fonce dans le mur

2 commentaires sur “L’erreur de Nazareth

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  1. Le christianisme s’est imposé par la contrainte, la violence et la substitution. Le Diable, par exemple, c’est le dieu Pan recyclé par les chrétiens en figure du mal. Noël, c’est la fête païenne des lumières, le « dies natalis solis invicti », soit le solstice d’hiver dans le calendrier julien. Quand on fouille un peu, on accumule les preuves.

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  2. J’ai lu MacMullen. Un peu ardu, mais très intéressant.

    La comparaison premier chrétiens / talibans est plus pertinente qu’on ne croit.

    C’est en étudiant les origines ébionites de l’islam que j’ai commencé à soupçonner qu’il s’était passé quelque chose de similaire pour le christianisme … avec les esséniens. En effet l’islam est née en terres arabes déjà christianisées (et non païennes comme on le croit).

    A partir d’un corpus de textes et de ferveur religieuse sont nées deux religions eschatologiques nazaréennes (Jésus est la figure centrale dans les 2 cas) en des temps d’effondrement de l’empire romain, avec un symétrie étonnante : la première fut créé en réponse à la destruction du temple de Jérusalem, la second lors de sa reconstruction (et des prophéties rattachées qui ne sont pas réalisées évidement).
    J’en avais conclus que le christianisme était l’islam avant l’islam.

    Les lumières et l’essor de la science peuvent être vus comme un retour du paganisme (avec une vengeance comme disent les anglos).

    Avec l’effondrement en cours de l’occident il est à redouter un retour du fanatisme religieux.

    Aimé par 1 personne

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