Menace totalitaire à Clochemerle-les-Bains

Rêves d’enfants et gorafisation du monde (politique).


La maire de Poitiers, madame Léonore Moncond’huy, a donc réduit de moitié les subventions à deux aéro-clubs, et voilà la France emportée dans une polémique digne de Clochemerle. Venant juste après celles des « islamo-gauchistes » et des « réunions non-mixtes », cette nouvelle poussée de fièvre ne devrait étonner personne, mais elle n’est pas tout à fait comme les précédentes, (qui s’expliquent par « l’agenda d’extrême-droite »), car elle touche l’un des plus grands enjeux de notre temps : le climat.

Quand on prend en compte la dimension systémique des phénomènes, (avec leurs origines culturelles), la décision est parfaitement recevable : ces aéro-clubs contribuent aux plaisirs aériens et motorisés qui peuvent aller, la nature humaine étant ainsi faite, jusqu’aux « vols pour nulle part », alors que leur effet nocif sur le climat est bien connu. Il était donc logique, de la part d’une municipalité soucieuse de la planète, de vouloir y contribuer le moins possible. Cette décision symbolique ne méritait pas de franchir les murs de la ville, mais madame la maire a eu le malheur de… comment dire… de « s’attaquer » aux rêves d’enfants. Une maladresse ? Non, une horreur à en croire le ministre des Transports qui s’empresse de le faire savoir :

tweet-ministre-transports

« élucubrations autoritaires et moribondes » : comme si, à la mairie de Poitiers, on était en train de préparer le goulag pour tous ! Marine Le Pen n’est pas loin de le penser, elle qui tweete de son côté cette formule lourde de sous-entendus : « voilà le vrai visage de ces verts ».

tweet-Marine-Le-Pen

Quand « le vrai visage » de quelque chose se révèle, le spectacle n’est généralement pas beau à voir, il faut s’attendre au pire. Quant à Mélenchon, il s’est montré léger et inspiré :

tweet-Mélenchon

Toutes ces réactions relèvent d’une « pensée réflexe » qui conduit au brouillage des frontières entre le sérieux et la blague, la réalité et la fiction. C’est la « raison gorafique » vue par Frédéric Lordon qui la formalise ainsi sur son blog :

« (…) le gorafique, c’est le délabrement de la langue hégémonique du capitalisme néolibéral (la LCN) en situation de crise organique. »

Le jour-même où paraissait son billet, on apprenait que le ministre des Transports envisageait très sérieusement de faire décorer les présidents des aéro-clubs « victimes » de l’historique décision ! Ledit ministre n’a pas précisé à quel titre, c’est un peu dommage. Pour avoir fait barrage à la barbarie ? En tant que Martyrs de la République ? Bienfaiteurs de l’Humanité ? Son annonce sur FranceInfo restera sans suite, évidemment, mais on n’est pas près de l’oublier : elle est tellement ahurissante que le vrai Gorafi en a le blues, selon Arrêt sur Images.

Dans une conversation de bistrot, de telles déclarations seraient tout fait normales, mais les voir signées de « personnalités » qui en oublient que le vrai argument était quand même le climat, il y a de quoi être sidéré. Comment mieux montrer à toute la France que l’on déteste l’écologie,1 et que l’on ne connaît pas le réchauffement climatique pour ce qu’il est ?2

La maire de Poitiers pensait évidemment à ces rêves de gosses qui relèvent de la psychologie la plus banale, mais Djebarri et Mélenchon ont chacun sorti l’artillerie philosophique, comme s’ils avaient parlé beauté artistique devant la carrosserie d’une voiture, ou entonné une sonate de Chopin dans un bal du 14 juillet. Ils n’ont pas « élevé le débat » mais manqué une belle occasion de se taire, car enfin, Icare et Saint-Exupéry sont aussi connus pour avoir péris en mer après une chute mémorable. Piteuse pour le premier, glorieuse pour le second, mais bel et bien chute et fin. Les aborigènes d’Australie n’étaient peut-être pas si bêtes à mettre le « Temps du rêve » derrière eux plutôt que devant…

Voilà, il n’y a rien de plus à dire de cet épisode clochemardesque qui nous a toutefois inspiré cette petite leçon : on est au pied d’un volcan qui s’appelle réchauffement ou chaos climatique, mais il faut lever la tête pour le voir.

Paris, le 11 avril 2021

1 Cf. billet « Le rôle crucial des affects ».


Illustration selon le site Ostéo et sciences : « La chute d’Icare. Merry-Joseph Blondel 1819. Musée du Louvre »

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