Comment éliminer la menace de l’effondrement ?

Le bien sympathique Jean Zin nous avait déjà dit que c’est « criminel » de prétendre qu’on ne peut rien faire, et voici maintenant que Slate, dans un article de 2014, nous jette à la figure le même anathème : « regarder passivement la planète courir tout droit à la catastrophe est une attitude inadmissible ». Sachant que la raison d’être de ce blog consiste précisément à contempler les humains fonçant dans le mur, nous nous sentons un peu visés, forcément…

La réponse la plus courte que l’on puisse faire à ces braves gens est simplement qu’une épée de Damoclès est désormais suspendue au-dessus de l’humanité, et que nous ne savons pas comment la décrocher. Dans le billet « Quand l’humanité roule à tombeau ouvert », nous expliquions déjà que l’effondrement constituait non pas un « risque » mais une « menace ». Le premier peut se réduire par des actions appropriées, (par exemple rouler moins vite), alors qu’une menace ne peut que persister ou être détruite. Pour les Romains, « Delenda Carthago », Carthage devait être détruite car ils voyaient sa puissance comme une menace. Il en va de même si vous avez un nid de frelons sous vos fenêtres : garder celles-ci fermées réduira le risque de vous faire piquer, mais ne supprimera pas la menace qui tient à l’existence du nid. Et si un immeuble menace de s’effondrer, on peut le faire évacuer pour réduire les risques encourus, mais il n’en continuera pas moins à menacer de s’effondrer. Pour éliminer cette menace, il faut soit le consolider soit le détruire.

Alors, comment éliminer la menace de l’effondrement ? C’est impossible car la transition énergétique ne suffira pas. Même si elle est en bonne voie, (dans 20 ans, les véhicules à moteurs thermiques ne seront plus qu’un souvenir, au moins dans nos contrées), il faudrait lui adjoindre une transition agricole, (pour nourrir tout le monde sans intrants ni déforestation), une transition biologique, (pour mettre fin au massacre des espèces), et une transition industrielle pour arrêter de produire du méthane, (par l’élevage), ainsi que toutes ces choses et polluants qui finissent dans les milieux aquatiques, océans, rivières et nappes phréatiques.

Or, si l’on voit surgir tous les jours des actions qui vont dans le bon sens, par exemple « Fermes d’avenir », ce ne sont à chaque fois que des expériences, des projets, des idées, etc. alors que, dans le camp d’en face, celui du capitalisme qui poursuit sa fabuleuse expansion, l’on est abonné aux réalisations à grande échelle. Par exemple le site chinois WeChat : il totalise près d’un milliard d’utilisateurs actifs par mois, offre aux internautes tous les services dont ils ont besoin, (messagerie, paiement, publication, réseau d’amis…), et fait saliver le gouvernement qui voit en lui un précieux allié. Le gigantisme poursuit donc sa route, et il n’a pas d’autre but que de produire toujours plus de tout, de façon toujours plus efficace par unité produite, etc. Nous ne voyons pas « le système » se modifier de façon à éliminer la menace, nous le voyons seulement se renforcer de jour en jour, et changer sa technologie pour réduire les risques selon deux axes : l’énergie bien sûr, car tout le monde a compris que le pétrole ne serait pas éternel, et le contrôle des populations.

Si toute action est utile par principe, aucune ne peut l’être globalement car le système suit sa ligne de plus grande pente. Partout où de la croissance est possible, il se trouvera quelqu’un pour essayer d’en profiter. C’est ainsi que le chocolat est devenu une cause de déforestation comme l’huile de palme. Alors oui, bien sûr, l’on peut toujours dire qu’il faut planter des arbres, et croire que ça servira à quelque chose, mais si c’est pour apprendre que « la déforestation en Colombie a augmenté de 44% en 2016 », on peut légitimement se demander à quoi bon. Et quand bien même parviendrait-on à ralentir quoique ce soit, rien ne dit que ce sera pour « les siècles des siècles » comme disent les chrétiens, l’histoire est riche en rebondissements. Et puis, de toutes les entraves que l’on peut opposer au système, aucune n’est appelée à durer, le temps joue en sa faveur.

développpement durable

Le système est tellement féroce dans sa logique expansionniste que l’on peut en déduire un critère radical de l’efficacité des actions qui le contrarient vraiment : si personne ne vient vous éliminer ni vous menacer pour ce que vous faites, alors ce que vous faites ne sert à rien. C’est un drôle de critère, soit, mais il est validé par les faits. En voulant protéger la zone humide de NDDL, les écolos se posent comme une épine dans le pied du système dont l’un des piliers est la légalité : c’est pourquoi les gendarmes s’efforcent en ce moment même de « démanteler les squats » de la ZAD. Un peu partout dans le monde, les militants qui gênent vraiment se font assassiner, les vrais lanceurs d’alertes sont poursuivis en justice, l’on légifère pour le secret des affaires et pour les semences industrielles, l’OMS s’oppose à un traitement naturel du paludisme parce qu’il pourrait contrarier les intérêts du Big Pharma, etc.

Dans ces conditions, pétitionner ou proclamer sur tous les toits qu’« il faut faire quelque chose » relève plus de la « bonne conscience » que du « réalisme ». Le cas du plastique est emblématique : malgré les signaux d’alerte qui montent de partout, les industriels s’attendent à une hausse de « 4 % par an pendant encore 30 à 40 ans, tirée par les pays émergents et en développement ». A ce taux, la production double en moins de 18 ans, elle sera donc multipliée par 4 en 40 ans, et la production de chaque année s’ajoutera aux 8 milliards de tonnes déjà produits depuis 1950. Je vous laisse faire le calcul de que l’on trouvera dans les océans et ailleurs, même si l’on augmente le taux de recyclage, même si l’on parvient à en dégrader une bonne part à l’aide d’une larve qui aime ça

Il y a deux choses que les amateurs de bonne conscience ne veulent pas voir. D’abord le fait que nous soyons dans un système, désormais mondial, qui a sa vie propre et dont tout un chacun dépend. Ensuite les ordres de grandeur qui font de la planète une boîte de Petri géante où l’espèce humaine prolifère comme une souche bactérienne. Du point de vue de la nature, qui n’a ni but ni sens moral, ce n’est ni bien ni mal, « c’est comme ça », on ne peut que le constater. Les contemplatifs de notre genre en font un mystère impénétrable, car l’on aimerait bien savoir dans quel état sera l’humanité à la fin du siècle, mais c’est malheureusement impossible à deviner.

Règle

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Paris, le 9 avril 2018

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