L’effondrement a-t-il commencé ?

La grande question que tout le monde se pose, (toutes celles et ceux qui s’intéressent au sujet…), est de savoir si l’effondrement pronostiqué par le rapport Meadows a déjà commencé ou serait sur le point de le faire. Cet article d’Adrastia laisse entendre que ce serait le cas, mais cela nous laisse dubitatif. Répondre à la question relève de « Mission impossible », tant cela nous semble être une affaire d’appréciation subjective, de perception. Il est seulement certain que l’on fonce dans le mur, d’abord parce que le modèle Meadows n’a toujours pas été pris en défaut, ensuite parce qu’aucune nouvelle ne prête à penser le contraire. Il n’y a guère que la technologie et sa pluie d’innovations qui se portent bien. (Pour celles et ceux qui préfèrent rêver, il y a Hello Demain.)

Comme nous le répétons à longueur de billets, c’est « l’effet système » qui est toujours sous-estimé : aussi bien dans sa cohésion interne qui le rend impossible à changer (de façon à nous éviter le mur), que dans son extraordinaire pouvoir d’adaptation qui nous assure qu’il va perdurer aussi longtemps que possible, donc en continuant de nous infliger ses désastreux effets secondaires, en particulier par l’effet rebond. Un docu de RMC vante les mérites du Dreamliner de Boeing acheté par Air France KLM : grâce à ce nouvel appareil « plus vert, plus propre, plus silencieux », la compagnie nationale aurait ouvert « 130 nouvelles routes » qui ne seraient pas rentables sans lui.1 Donc, d’un côté des « matériaux composites à base de carbone » permettant des performances inégalées et de précieuses économies de carburant, de l’autre une nécessaire augmentation de la consommation pour amortir les investissements… Le système marche plein pot, comment pourrait-on y déceler un début de déconfiture quand on voit de gros industriels se frotter les mains ?

Le PIB et ses variantes

Selon la Banque Mondiale, le PIB mondial en PPA, (Parité de Pouvoir d’Achat), n’en finit pas de grimper, c’est ce que montre le graphe suivant :

pib-parite-pouvoirs-achat-constants

Bien sûr, chaque pays a intérêt à gonfler son PIB : on y inclut la bulle immobilière, (Jancovici), la prostitution, le trafic de drogue, ce qui est moralement très discutable mais pas incompatible avec les règles de l’économie et le principe même du PIB qui veut que tout ce qui est monétisé soit pris en compte. Le PIB mondial augmente aussi en dollars constants, c’est-à-dire corrigés de l’inflation :

pib-mondial-en-dollar-constants

Ce n’est qu’en dollars courants, non corrigés de l’inflation, qu’on l’a vu faire une belle chute en 2015, comme l’a signalé Gaël Giraud dans cette vidéo :

pib-mondial-en-dollar-courants

Du coup, le PIB par habitant en dollars courants chute aussi, c’est ce que montre le graphe utilisé par Adrastia :

pib-mondial-par-habitant

Pourquoi une telle chute en dollars courants mais pas en dollars constants ? Au début de la vidéo citée, Gaël Giraud assure que « les économistes de la Banque Mondiale sont verdâtres, personne ne sait expliquer ça ! » Alors ne comptez pas trop sur votre serviteur pour se substituer aux experts de la Banque Mondiale… En tout cas, cela montre que, dans l’immédiat, l’on ne peut rien conclure de solide de cette baisse de 2015 qui ne s’est d’ailleurs pas prolongée en 2016. En revanche, il faut bien admettre que c’est un signe inquiétant, comme tant d’autres qui montent de partout.

Le « Fragile States Index »

Adrastia se montre plus convaincant avec le « Fragile States Index », un indice qui combine de multiples indicateurs devant quantifier la fragilité des États. Une valeur en hausse, pour la région ou le pays concerné, signifie que sa situation se dégrade. Voici donc son bilan des évolutions entre 2006 et 2017 :

FSI

Cet indice inspire confiance dans la mesure où sa hausse pour l’Amérique du nord et l’Europe occidentale n’entre pas en contradiction avec le flot des mauvaises nouvelles qui correspondent à ce que l’on appelle le « démantèlement de l’État providence ». Mais c’est un indice qualitatif, (même s’il est calculé sur des stats forcément quantitatives), alors que l’effondrement selon Meadows est clairement quantitatif.

Si les calculs de cet indice sont faits avec rigueur, (ce que l’on supposera pour simplifier), alors il est bien sûr très intéressant, mais pour effectuer un suivi car ce sont les changements de valeurs qui sont significatifs, l’on s’intéresse ici à une évolution plutôt qu’à un état à un moment donné.

Bizarrerie logique

Il y a cependant quelque chose de bizarre avec la dégradation indicielle constatée ci-dessus : est-ce vraiment logique d’y voir un marqueur du début de l’effondrement alors que ces dégradations, étant produites par le système, sont tout autant le signe de sa « bonne santé » ? En effet, plus le système fonctionne bien (selon ses critères), plus il produit de nuisances, ce qui explique les dégradations. Donc celles-ci ne peuvent pas être prises pour un début d’effondrement. En revanche, il est évident qu’elles nous y conduisent, qu’elles ne peuvent que nous en rapprocher, et cela autorise à y voir le début de l’effondrement…

Que conclure ?

Si l’on veut identifier un début « objectif », « scientifique », (et éviter les paradoxes), l’on ne peut pas se contenter d’une dégradation qualitative : il faut attendre que le PIB mondial décroisse 2 ou 3 années consécutives. (En 2010 et 2011, il a fait un bond spectaculaire après sa chute de 2009.) Cela mettra le monde entier en récession, et tous les économistes savent que l’on en sort très difficilement, car c’est un cercle vicieux qui fait baisser les prix.

Mais il existe un autre indicateur : les émissions mondiales de CO2 fossiles dont les-crises.fr a montré de façon lumineuse qu’elles sont corrélées aux crises économiques :

concentration CO2

Quand l’effondrement sera amorcé, ces émissions devraient décroître de façon jamais vue. Cet indicateur est le plus fiable, même si l’on ne peut pas jurer qu’il restera indemne de toute manipulation comptable.

Règle

Plus de publications sur Facebook : On fonce dans le mur

Illustration : exploration.urban.free

Paris, le 20 avril 2018

 

1A 3’20 du docu de RMC. La voix off cite deux exemples de nouvelles lignes : Lyon Singapour, et Nice Doha. A 3’37 : « Grâce à cet appareil, 130 nouvelles routes ont été ouvertes ». Le chiffre est sûrement très exagéré, mais il montre comment Air France entend tirer parti de cet avion.

4 commentaires sur “L’effondrement a-t-il commencé ?

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  1. Franchement, je ne comprend pas que votre analyse s appuie sur le PIB, au delà des ajouts récents de la drogue et la prostitution qui augmente artificiellement la comparaison avec les années antérieures et les privatisations de biens publics de tout ordre, qui ne générent du pib qu au moment de leur vente, il ne mesure qu un flux et pas un capital. Quel est l état du capital naturel des pays serait la bonne question ! Et personne n est capable de donner un chiffre, il suffit de constater la raréfaction des différentes ressources (Sb en 2021, cr en 2024, etc.) pour constater notre chute, je rappelle que le prix de vente d un poisson qui rentre dans le pib ne tiens pas compte de l écosystème qui l a élevé a l âge adulte, idem pour le prix du pétrole, si l on devait inclure les millions d années de sa fabrication il vaudrait des millions de dollars le baril. Donc vous ne regarder pas le bon thermomètre, enfin es ce qu un économiste est capable de concevoir le bon thermomètre pour mesurer le ‘global collapse’ de meadows, j en doute. Après certainement mais il n’y aura plus d économistes a ce temps là

    Aimé par 1 personne

    1. Le PIB n’est assurément pas le « bon thermomètre » pour juger l’ensemble système+environnement, je suis bien d’accord, mais c’est un thermomètre objectif pour juger le système lui-même : pas ses qualités bien sûr, mais sa « vitalité », le fait qu’il soit en expansion ou régression. Quant au « capital naturel », je suis encore d’accord : c’est ce qu’il faudrait pouvoir évaluer pour l’intégrer dans l’économie à son « juste prix ». Malheureusement, il semble que personne n’en soit capable car, dans l’économie, les prix n’apparaissent que dans les échanges.

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