Menues contradictions du système

EDIT le 16 juin 2018 : Le Canard et LCI ont rapporté que le groupe Avril, « acteur industriel et financier des filières des huiles et protéines », et qui s’affiche comme un « pionnier des biocarburants avec le biodesiel » tout en étant un « partenaire privilégié du monde agricole grâce à un modèle économique original », importe 200.000 tonnes d’huile de palme par an. Son ex-patron, Xavier Beulin aujourd’hui décédé, était aussi patron de la FNSEA (Le Figaro). Voilà qui rend caduc le baratin des journalistes.

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A travers l’actu sur le blocage des raffineries, nous avons été frappé de retrouver bon nombre des rouages du système, politiques, financiers, industriels et médiatiques. Vaut-il vraiment la peine de se pencher sur ce conflit qui ne reflète que les contradictions internes du système, qui n’est médiatisé que pour son impact possible sur l’ordre public, et dont la portée est rigoureusement nulle ? A notre avis non. Si nous avons quand même décortiqué un article, (pour illustrer le fonctionnement du système), c’est bien parce que nous l’avons trouvé sur la page FB de JM Jancovici, et que l’alliance de circonstance entre écolos et FNSEA donne effectivement à réfléchir (sur les premiers).

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Blocage des raffineries : on vous explique pourquoi l’huile de palme est dans le viseur des agriculteurs (mais aussi des écologistes)

La FNSEA a annoncé le blocage de raffineries et de dépôts de carburant pour protester contre la concurrence de l’huile de palme, moins chère et importée notamment d’Asie.

  • La FNSEA est littéralement un organe du système, assez puissant pour être le vrai « pilote » de l’agriculture française.
  • Raffineries et dépôts de carburant : ils représentent le pétrole, enjeu stratégique le plus fondamental => gros conflit avec Total, tout aussi puissant que le FNSEA => suspens théâtral qui laissera le système de marbre.
  • Concurrence : principe fondamental qui est (très) bien quand il vous fait gagner, (très) mal quand il vous range dans les perdants. Note : l’on ne voit jamais la FNSEA protester contre les exportations de la filière agricole.

Un coup de pompe. (…) Les agriculteurs protestent contre l’autorisation donnée par le gouvernement au groupe pétrolier Total d’importer 300 000 tonnes d’huile de palme pour sa raffinerie de la Mède (Bouches-du-Rhône), près de Marseille, soit 50% des besoins de l’usine.

  • Les agriculteurs protestent : ils sont bien les seuls à pouvoir le faire avec une certaine efficacité, car ils disposent, avec leurs engins, d’un pouvoir de blocage physique qui peut vite se révéler désastreux pour l’ordre public, lequel est crucial pour le fonctionnement du système.
  • Autorisation donnée par le gouvernement : le sous-système politique n’a plus d’autre rôle que celui d’avaliser les décisions des puissants qui font ce qu’ils veulent, l’autorisation idoine finit toujours par tomber.
  • Groupe pétrolier Total : acteur majeur du système que l’on ne présente plus. Notons que « groupe pétrolier » vous le pose en puissance tentaculaire => parti-pris des médias.
  • Importer 300.000 tonnes : commerce international à grande échelle. La routine.
  • Huile de palme : elle est connue pour ses effets dévastateurs sur l’environnement, mais ne semble pas troubler le sommeil des responsables de Total.

Les agriculteurs ne sont pas les seuls à s’opposer à cette autorisation. Les associations écologistes dénoncent l’utilisation de l’huile de palme, responsable de la destruction des forêts équatoriales et considérée plus nocive que le diesel lorsqu’elle est utilisée comme carburant.

  • Les associations écologistes dénoncent : elles sont dans leur rôle, lui aussi institutionnel. Pour le système, il s’agit de tolérer une petite dose de contestation pour faire croire que la liberté et la démocratie existent, et pour éviter l’apparition de mouvements violents. (L’ordre public, toujours.)
  • L’huile de palme, responsable de la destruction des forêts équatoriales : l’un des pires effets du système sur l’environnement, parmi quantité d’autres.
  • Considérée plus nocive que le diesel : bel exemple de l’effet « remède-poison » analysé par Bernard Stiegler, mais l’on subodore le blanchiment du colza comme source d’énergie verte.

De son côté, le ministère de l’Agriculture Stéphane Travert a pris position du côté des agriculteurs, le 6 juin sur Public Sénat, en demandant que la raffinerie de Total soit approvisionnée par « de la production française » de colza.

  • Le ministère de l’Agriculture : comme les autres ministères, il s’agit d’une interface institutionnelle entre les citoyens et les vrais gouvernants qui sont les gros acteurs du marché.
  • A pris position du côté des agriculteurs : le gouvernement est toujours pour ses gros producteurs, moyens de pression obligent, dont le chantage à l’emploi.

Comment des groupes, d’habitude très opposés, ont-ils pu se rassembler autour d’une même cause ? Franceinfo récapitule les arguments contre l’ouverture de la « bio-raffinerie » de la Mède

  • D’après Wikipédia, cette raffinerie a été « mise en route en juin 1935 », parler d’ouverture est une grossière imprécision.
  • La suite montre que les écolos ont de bonnes raisons de se dresser contre l’importation d’huile de palme, mais cela ne justifie pas de se livrer à une alliance contre nature => les écolos n’en finissent pas d’être pro-système malgré eux.

L’huile de palme importée concurrence l’huile de colza française

  • De sorte que l’on retrouve « l’emploi » en toile de fond, c’est-à-dire le principal moyen de pression du système. Dans la vidéo, Bourdin pose d’ailleurs la question.
FNSEA-huile-de-palme
Le 1er clic vous connecte sur votre compte Twitter si pas déjà fait, le second lance la vidéo.

Le principal syndicat des agriculteurs dénonce la concurrence déloyale de l’huile de palme importée, qui ne serait pas soumise aux mêmes exigences environnementales que leur impose la loi française.

  • Concurrence déloyale : existe-t-il seulement une « concurrence loyale » ? Est-ce « loyal » de « délocaliser » la production dans un pays à la main-d’œuvre moins chère ? Est-ce « loyal » d’exporter quand on sait que les producteurs locaux devront mettre la clef sous la porte ? L’on constate que, pour le système, tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, donc « loyal ».
  • Pas soumise aux mêmes exigences environnementales : c’est sans doute un peu vrai, mais il reste à savoir ce que vaut « la loi française » et ce qu’en font les agriculteurs de la FNSEA.

Une réglementation qui a un impact direct sur les prix.

  • Le système s’efforce à un minimum de régulation via des « réglementations » en tous genres. Mais l’intérêt des citoyens reste subordonné à la pérennité du système. On vient de le voir avec la Chine qui a fermé des centrales à charbon non pas à cause du réchauffement climatique, mais pour rendre l’air plus respirable dans ses villes.

Une tonne d’huile de palme est en effet 15% moins chère qu’une tonne d’huile de colza, selon Arnaud Rousseau, président de la fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux.

  • Principe fondamental auquel aucune entreprise ne peut se soustraire : vendre à tout prix à plus bas prix que la concurrence. Mais cela n’empêche pas certains d’espérer que le système puisse (fondamentalement) changer.

L’huile de palme est même l’huile la moins chère du marché, rapporte Libération, « grâce à des coûts de production très bas et des droits de douanes bien inférieurs aux autres ».

  • Droits de douanes bien inférieurs aux autres : voilà qui fleure bon l’injustice. L’on sent dans l’air une vague odeur d’intérêts financiers lésés => parti-pris des médias.

Selon la FNSEA, l’importation de 300 000 tonnes d’huile de palme pour le fonctionnement de la raffinerie revient à sacrifier la filière française de bio-carburants.

  • Sacrifier : discours victimaire. Dans la vidéo ci-dessus, il s’agirait de 300.000 tonnes en plus des 500.000 déjà importés annuellement.

L’huile proviendra principalement de Malaisie et d’Indonésie. « Si la société Total a intérêt à faire du bio-carburant mais qu’elle ne le fait pas à partir de colza qu’elle peut trouver en France, proteste Damien Greffin, le président de la FNSEA en Île-de-France, c’est qu’elle l’achète moins cher et que c’est économiquement plus rentable pour elle ».

  • Produire « moins cher et (…) économiquement plus rentable », c’est la raison d’être de la FNSEA, mais quand il s’agit de Total ce ne serait pas « loyal » ?

Cette autorisation est en contradiction avec les engagements de Nicolas Hulot

  • Contradiction avec les engagements : si cette contradiction ne contrariait pas de puissants intérêts, francetvinfo s’en ficherait comme d’une guigne et n’en parlerait pas => parti-pris des médias.

Le projet a de quoi gêner le gouvernement. Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, devait présenter en juillet sa stratégie nationale contre la déforestation importée, note Libération.

  • Manière de dire que le gouvernement et son ministre devraient se sentir très mal dans leurs baskets, donc qu’ils ont tort => parti-pris des médias.

Alors le 16 mai, poursuit le quotidien, lorsque le préfet de la région Paca valide le projet, Nicolas Hulot s’empresse de se dédouaner dans un communiqué. « Ce projet a été décidé en 2015 », soit avant qu’il ne soit en fonction, insiste le ministère. « C’est pourquoi, ajoute le communiqué, le ministre Nicolas Hulot a veillé à ce que l’arrêté d’autorisation prévoie bien l’obligation d’utiliser des huiles répondant aux critères de durabilité fixés par la Commission européenne. »

  • Critères de durabilité fixés par la Commission européenne : idéologie du « durable », inscrite dans la réglementation tatillonne de la bureaucratie pour tenir lieu de viatique environnemental : le système tout craché !

Nicolas Hulot a également présenté, en mai, ses pistes pour la biodiversité. Parmi les cinq axes de l’initiative, figurent la protection et la restauration de la nature « dans toutes ses composantes ». Or, l’huile de palme serait responsable de 2,3% de la déforestation mondiale, selon des chercheurs du Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.

  • Et vas y que je lui enfonce bien la tête sous l’eau à Hulot => parti-pris des médias, comme par hasard très soucieux d’écologie mondiale…

« Les choses ne peuvent pas être réglées en un an », s’est défendu Nicolas Hulot sur BFMTV et RMC, le 16 mai. Car Total s’était surtout engagé à sauvegarder 450 emplois du site de la Mède.

  • L’emploi, magique moyen de pression mis dans les mains des gouvernements qui s’en font les relais complaisants. Dans certains cas, (vente d’Alstom à General Electric), cette pression s’évanouit comme par miracle, et le gouvernement se contente de « garanties ».

« Je ne peux pas leur demander, alors qu’ils ont fait ces efforts et ces investissements, de renoncer », mais de « réduire au maximum leur utilisation d’huile de palme ».

  • Je ne peux pas leur demander : rapport de forces en faveur du système.

Le jour même, l’entreprise pétrolière prenait l’engagement de « limiter l’approvisionnement en huile de palme brute à un volume inférieur à 50%, […] soit au plus 300 000 tonnes par an ». Cela n’a pas suffi à rassurer les syndicats agricoles.

  • Alors que Total importerait déjà 500.000 tonnes ? On n’y comprend plus rien.

L’utilisation de l’huile de palme est controversée

  • Controversée : l’un des euphémismes les plus prisés. Manière de dire que « c’est mal ». L’apparition du terme promet que des « mesures » correctives seront prises, aussi sûrement que les nuages annoncent la pluie.

L’utilisation de l’huile de palme est critiquée de toutes parts, surtout concernant son impact écologique. « Il faudra déforester de nouvelles surfaces pour continuer à satisfaire la demande mondiale en huile de palme alimentaire », déplore Alain Karsenty, économiste au Cirad, auprès de Libération.

Dans un communiqué, l’association environnementale Greenpeace dénonce la décision du ministre de la Transition écologique de valider le projet. « Nicolas Hulot apparaît désormais acquis aux agro-carburants produits à partir d’huile de palme, écrit Greenpeace, alors que ceux-ci sont responsables de trois fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que les carburants fossiles ».

  • L’on comprend bien pourquoi les écolos sont aux côtés de la FNSEA, (et réciproquement), mais pas du tout pourquoi les premiers semblent ne trouver aucun défaut aux agro-carburants de colza…

Le ministre pourrait trouver une nouvelle pierre dans son jardin : l’Union européenne.

  • L’Union européenne : méga-superstructure du système.

La future directive de l’Union européenne sur les énergies renouvelables « devait exiger la fin de l’usage d’huile de palme dans les carburants d’ici 2021 », rapporte le Journal du dimanche.

  • Devait exiger : cela n’a donc pas été fait => lobbyisme, moyen par lequel le système impose son idéologie et ses solutions.
  • Mais cela viendra un jour puisque l’huile de palme est « controversée ».

Selon l’hebdomadaire, la France bloquerait les avancées sur la question pour ne pas froisser l’Indonésie et la Malaisie, acheteurs potentiels d’équipements militaires. En mars 2017, la France était en discussions avec la Malaisie pour la vente de 18 avions.

  • Parti-pris des médias : quand il s’agira pour eux, (parce qu’ils mangent à tous les râteliers), de justifier la vente d’avions à la Malaisie, l’huile de palme ne sera plus un problème, même pas un souvenir.
  • Intérêts croisés et contradictoires, mais rien de grave, c’est business as usual

 

Paris, le 11 juin 2018

Règle

Illustration : « YZ Génération »

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2 commentaires sur “Menues contradictions du système

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    1. Rien d’étonnant, mais il y a plus drôle. La chaîne LCI et le Canard ont rapporté que la coopérative agricole Avril importe 200.000 tonnes d’huile de palme par an. Donc, quand c’est Total c’est pas bien, mais quand c’est les copains, y’a plus de problème.

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