Passionnante conf’ de Jancovici

Le 13 avril 2018, Jean-Marc Jancovici a été invité à l’ADEME en ouverture d’un cycle de conférences sur le thème « Approche systémique et politiques publiques ». Voici le résumé des 45 premières minutes de cette conférence.

JMJ amorce son discours par un dessin de Xavier Gorce : « Les faits sont démentis par mon opinion élection »

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Il dénonce l’irrationalité de ces politiques publiques faites en vertu de la seule « légitimité démocratique », ainsi que les « promesses farfelues qui vont continuer d’abonder ». (Notons qu’il a récemment dénoncé la « démagogie énergétique » sur son blog.) Selon lui, « le processus électoral est déconnecté de la réalité des faits ». Pour preuve, les émissions de CO2 ont été divisées par trois aussi bien en Europe qui prétend avoir une politique appropriée, qu’aux US qui n’en ont aucune.

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Cela pose la question de savoir si « la politique publique précède l’action ou si elle revendique un truc qui arrive pour des raisons qui n’ont strictement rien à voir », de sorte qu’elle s’attribue des mérites qui ne sont pas les siens.

Autre preuve : l’Allemagne a investi plus de 300 milliards d’euros pour diminuer son CO2, et voici le résultat :

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L’investissement est invisible sur la courbe des émissions de CO2, comme s’il n’avait jamais eu lieu, alors que l’on devrait constater une rupture, (même légère). A titre de comparaison, la France a fait un peu mieux, l’effet des investissements est perceptible :

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JMJ exprime ensuite de façon imagée la « malédiction des démocraties » :

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Le personnel politique étant élu « par acclamation », il est impossible d’élire quelqu’un qui promettrait une baisse du pouvoir d’achat. Exemple d’annonces électorales :

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L’énergie (8′)

Il commence par deux vérités fondamentales :

  • « L’énergie, c’est ce qui quantifie la transformation de l’environnement », (le système à considérer ici).
  • Le fonctionnement politique ne permet pas de remonter et filtrer (au plus haut niveau) les bonnes informations, solutions et idées de façon cohérente. 9’40 : « Impossible de faire un truc remontant avec sa cohérence interne. » Donc impossible d’avoir une bonne politique de l’énergie.

Après avoir bien expliqué les bases de l’énergie, les machines et les êtres vivants étant des « convertisseurs » d’énergie, il avance la « consommation » actuelle : « un peu plus de 20.000 kWh par personne et par an » :

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La consommation de charbon n’a jamais décru. « Quand vous achetez un truc made in China, vous achetez un truc made in charbon. » Donc « l’on consomme beaucoup plus de charbon aujourd’hui qu’il y a 15 ans. » « Le pétrole n’a pas remplacé le charbon, il est arrivé par-dessus », parce qu’il sert principalement à la mobilité alors que le charbon sert surtout à produire de l’électricité. Le pétrole a la plus grande « densité énergétique » : 12 kWh par kilo, alors qu’une batterie au plomb n’offre que 30 Wh par kilo.

Le pétrole, « c’est 98% de la mobilité, c’est l’énergie de la mondialisation, de l’étalement urbain, des chaînes logistiques et de la spécialisation industrielle ».

L’information (20′)

« Il n’y a pas de lien, jamais, nulle part, entre la pagination d’un sujet dans le journal et son importance réelle dans le monde. »

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Démonstration pragmatique à 21’20 : « Ces 15 dernières années, le charbon a augmenté 20 fois plus que le solaire, donc, si la presse reflétait l’importance des choses, pour un article sur le solaire vous devriez en avoir 20 sur le charbon. »

S’il y a un lien, il est émotionnel. Voici ce qui « excite » les journalistes (la petite flèche en haut à droite du graphe) :

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L’ensemble des machines forment un « exosquelette 200 fois plus puissant que les muscles de l’humanité ». Il énumère les « contreparties » de l’énergie abondante : tout ce à quoi nous sommes habitués et qui nous semble « normal », par exemple les retraites.

Les énergies renouvelables (24′)

Les énergies fossiles sont beaucoup plus efficaces et concentrées que les énergies renouvelables. Exemple : à partir de 1000 m3 d’air sous un vent de 80 km/h, vous récupérez en 1 heure l’équivalent de 3 millilitres de pétrole.

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L’on compare volontiers le coût des ENR à celui des autres énergies, mais c’est une grossière erreur, (26′ : « comparaison méthodologique invalide »), car c’est sans compter que les premières ne sont pas « pilotables », (disponibles sur demande). Pour les rendre « pilotables », il faut les stocker, ce qui augmente considérablement leur coût, (Cf. image ci-dessus).

25′ : JMJ illustre par une boutade l’énorme avantage d’une énergie « pilotable » sur l’éolien. S’il n’y a pas de vent, (dans un monde 100% éolien et sans stockage), « vous devez envoyer un pigeon voyageur à votre patron en disant : je ne viens pas au boulot parce qu’il n’y a pas de vent ». 26’30 : cela « drive les politiques publiques de manière très puissante ». Il explique comment comparer des énergies « pilotables » et « fatales », (les ENR), si l’on prétend par ailleurs conserver le « pacte social » qui offre aujourd’hui de l’énergie sur demande.

29’30 : en plus, si les ENR sont par définition « renouvelables », les dispositifs de collecte, eux, ne le sont pas, car ils sont faits à partir d’énergies fossiles.

Le nucléaire (30′)

77% des Français croient qu’en réduisant le nucléaire l’on réduit le CO2, et donc que l’on contribue à la lutte contre le réchauffement climatique. L’on peut reprocher tout ce qu’on veut au nucléaire, mais pas de produire du CO2. 34′ : « fissionner un atome d’uranium, ce n’est pas oxyder un atome de carbone ».

Structuration socio-économique (35′)

« Il n’y aurait pas 10 millions de Franciliens s’il n’y avait pas eu pétrole, gaz et charbon. Et il n’y aurait pas d’emplois de bureau pour ces Franciliens s’il n’y avait pas eu pétrole, gaz et charbon. »

Graphe en « série longue » de l’emploi en France sur 2 siècles, titre : « Plus d’énergie = tout le monde à la mine, puis à l’usine, puis au bureau ».

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Il y a 2 siècles, 66% de la population active est dans l’agriculture. Ce qui implique :

  • « que la productivité d’un agriculteur est suffisante pour qu’il se nourrisse lui et une ½ personne qui fait autre chose ».
  • « qu’il n’y a pas beaucoup d’urbains ».

Jusqu’en 1850, on a de la proto-industrie, la population augmente lentement parce que l’on défriche pour augmenter les surfaces cultivables.

37’05 : L’essor industriel commence vers 1850, permet à l’agriculture d’être plus performante, donc de nourrir plus de gens qui vont aller dans l’industrie : activité minière et forges.

38’05 : La croissance industrielle entraîne celle des services : bureaucratie, restaurants, domestiques, banquiers,…

38’30 : Après la guerre, les paysans sont remplacés par des machines, un tracteur équivaut à une dizaine d’animaux de trait. On assiste au développement des engrais, en particulier les engrais azotés qui sont un sous-produit de l’ammoniac lui-même étant obtenu à partir du gaz.

39’45 : La population d’agriculteurs s’effondre. « La quantité d’agriculteurs est en fonction inverse de la quantité d’énergie par personne disponible dans un pays. » (Voir aussi le graphe ci-dessous.) La quantité d’énergie disponible par personne augmente plus vite que la démographie, donc plus de machines par personne, donc plus d’emplois dans l’industrie.

41’10 : Après le choc pétrolier, l’énergie par personne s’arrête d’augmenter dans les pays occidentaux. « Mais si l’énergie par personne s’arrête d’augmenter [et] que la taille moyenne de la machine continue d’augmenter, (…) le nombre d’emplois dans l’industrie baisse. » La production industrielle continue d’augmenter. En France, entre les chocs pétroliers et 2007 elle a été multipliée par deux. « La délocalisation c’est n’importe quoi ! On a arrêté de faire des chaussettes et on a fait des Airbus. » Elle a arrêté d’augmenter à partir de 2007 à cause du stress énergétique.

42′ : La production industrielle augmentant, la production de services augmente, car tout service a un flux physique en sous-jacent. Par exemple les voitures : assurances, crédit auto, réparation, le commerce des « drives »,…

43’45 : Une « première discontinuité dans le système » apparaît après les chocs pétroliers : une « nouvelle catégorie d’emploi que l’on appelle les chômeurs ».

44’10 : État de l’agriculture à travers le monde en 2013 selon un graphe de JMJ lui-même. Chaque point représente un pays, la courbe bleue indique la tendance générale. En abscisse, l’énergie disponible par personne, en ordonnée le pourcentage de la population active qui travaille dans l’agriculture :

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Autrement dit, plus on dispose d’énergie, moins on a besoin de paysans, et inversement. Donc, quand l’énergie par personne va diminuer, comment va-t-on « organiser » le retour des Franciliens à l’agriculture ? Ce n’est pas ce qu’on leur « promet »…

45’30 : « Là, je suis en train de vous dire que la construction des villes est un sous-produit de l’énergie abondante permettant de ne plus avoir la population à la campagne, et que l’aménagement du territoire, qui fait sens dans un monde où l’énergie se contracte, c’est de dégonfler les villes. Et si vous ne le faites pas, la résilience économique de la ville commence à être attaquée là où elle est la plus indispensable pour que les flux continuent de s’organiser, c’est-à-dire les banlieues. »

46′ : L’évolution de l’urbanisation est évidente sur ces cartes :

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47′ : « Plus une ville est grosse, plus ses racines s’étendent loin. »

Suite de la vidéo ici. Avec plus de 1800 mots, mon dosimètre devient fou, impossible de continuer. Mais la suite mérite qu’on s’y arrête, on y apprend des choses…

 

Paris, le 17 juin 2018

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2 commentaires sur “Passionnante conf’ de Jancovici

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  1. Je ne comprends pas la comparaison : éolien – 3 ml de pétrole, pourquoi se limiter à 1000 m3, le vent ne s arrête pas apres 1000 m3 déplacés ?! Cela biaise complètement la comparaison, l argument du pilotable est quand à lui bien réel.
    Merci pour votre blog

    Aimé par 1 personne

    1. Les 1000 m3 déplacés sont une référence arbitraire choisie pour la simplicité des calculs. Une surface de 10x10m, c’est à peu près celle que couvre les pales d’une éolienne. Si les calculs sont justes, (en grossière approximation), alors ils montrent que la densité d’énergie du vent est très faible par rapport à celle du pétrole.

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