Les dés sont pipés

EDIT le 7 novembre 2018 : citations de Bolsonaro sur Bastamag


 

Face à l’élection au Brésil d’un président fasciste1 qui vante les mérites d’Hitler, et qui fera tout pour relancer la surexploitation de l’Amazonie comme le souhaite le lobby BBB, « Bœuf, balles et Bible », nous ne ressentons que du découragement. La machine à broyer la planète ne s’arrêtera pas : tant qu’elle aura du carburant, elle continuera « de plus belle ». Au point où nous en sommes, il n’est plus question de « comprendre », l’on ne peut guère que « constater ».

Ce « bœuf, balles et bible » s’inscrit dans le concret le plus sordide : associé aux deux autres, bible ne pointe plus une religion et sa mythologie hors d’âges, que l’on pouvait prendre pour une source de sagesse, mais un trivial bouquin où les croyants puisent de quoi justifier leur alliance. La France et bien d’autres pays connaissent ou ont connu ce genre de choses : « l’alliance du sabre et du goupillon », portée à son paroxysme en Israël.2

Une petite voix nous dit que nous pouvons nous compter parmi les « imbéciles bien intentionnés », car quelque chose nous échappe : pendant que nous essayons de « comprendre », de « raisonner juste » dans l’espoir de « réparer le monde », d’autres agissent sans scrupules dans une direction diamétralement opposée. Comme expliqué dans « sang et champagne » au sujet d’Israël, nos adversaires semblent se réserver un « droit à la violence », alors que nous croyons naïvement et fermement dans les vertus des « droits de l’Homme ». Les dés ne seraient-ils pas pipés ?

Dans la veine des théories de René Girard, nous pensons que la violence et le sacré sont les deux faces d’une même médaille : le second justifie les pires punitions3 ainsi que des violences « illimitées » envers ce qui le menace. Aussi les religions ne sont pas « instrumentalisées », elles sont l’instrument prévu pour être utilisé en cas de besoin. Elles fournissent les idéaux nécessaires pour légitimer la violence, elles désignent les amis et les ennemis, elles assignent des devoirs, énoncent des interdits, favorisent les liens sociaux entre « égaux », et fournissent des réponses à toutes les questions. En pays des « droits de l’Homme », elles ne peuvent ni autoriser ni encourager ouvertement la violence, mais elles en protègent l’exercice par l’indulgence. Partout ailleurs, et typiquement en période de crise ou de guerre, les prêches assassins ont libre cours, (comme au Rwanda de sinistre mémoire), et dénotent la véritable nature des religions, ou du moins celle des monothéismes qui ne pratiquent plus de sacrifices rituels : déléguer aux fidèles l’usage de la violence.4 Les alliances de type « sabre et goupillon » semblent « contre-nature », mais si l’on admet que les religions sont des réservoirs de la violence, elles apparaissent au contraire naturelles, normales et prévisibles, et il n’y a plus à s’étonner de leur éternel retour.

Face aux « droits de l’Homme » qui se fondent sur des règles juridiques abstraites, les religions offrent une « vision du monde » en forme de « jardin d’Eden » : elles disent le Bon, le Bien et le Beau tels que le Créateur les aurait voulus. Ainsi, pour ne prendre que les exemples les plus emblématiques, l’hétérosexualité et la procréation sont « cotés BBB », tandis que l’homosexualité et l’avortement apparaissent « contre-nature » et révèlent l’œuvre du Malin. Les humains ne sont donc pas « égaux par nature » contrairement à ce qu’affirment les « droits de l’Homme » : les uns respectent l’intention du Créateur, d’autres lui désobéissent, et cela explique parfaitement l’existence du Bien et du Mal. Le « pauvre pécheur » n’y est pour rien : ce n’est pas sa faute s’il connaît le Bien et le Mal, c’est-à-dire s’il est capable de distinguer l’un de l’autre : c’est celle d’Ève qui a mangé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Cette connaissance particulière lui étant venu par volonté divine, il n’a pas à la questionner, et cela le déculpabilise : le bien et le mal sont dans la nature des êtres.

Pour les croyants, la vérité étant plus que jamais ce que l’on a envie et besoin de croire, et l’existence du bien et du mal étant la plus énigmatique de toutes les questions, (alors qu’en réalité elle découle de notre faculté de jugement), il va sans dire que les « droits de l’Homme » ne sont pas la bonne réponse : parce qu’ils n’expliquent rien. Ils disent qu’on est égaux en droits, mais n’expliquent pas pourquoi l’on ne l’est pas en faits. C’est pourquoi ils ne font pas, et ne feront jamais le poids face à l’insondable bêtise des monothéismes.

Oui, les dés sont pipés. Ce n’est pas un hasard si les monothéismes ont résisté à tous les systèmes concurrents athées : ils sont stupides mais d’une incomparable efficacité, car ils produisent les explications les plus courtes, les plus simples et les plus « fondamentales ». Ils répondent au besoin naturel de « comprendre », un besoin que ressentent même les esprits les plus frustres, les plus bornés, les plus crétins de la planète, surtout quand il s’agit… de faire le Mal. Pas convaincu(e) ? Alors terminons sur ce petit témoignage de Jean-Paul Gouteux dans « Apologie du blasphème »5 : « Interrogée par Radio Rwanda, alors que le génocide se déroulait sous ses yeux, l’une des collégiennes mystiques, présentées comme « un médium communiquant avec la mère de Dieu », dira : « Le Christ n’aime pas qu’on tue bien sûr. Mais la Vierge Marie va intercéder auprès de son fils pour qu’il nous comprenne. »6 »

 

Paris, le 31 octobre 2018

1Nous avons supprimé guillemets et italiques pour qualifier Jair Bolsonaro, car le sujet n’est pas de savoir si c’est vraiment un fasciste. N’importe quel autre mot ferait l’affaire.

2En Israël, les (ou des) juifs orthodoxes sont contre le sionisme pour l’interprétation qu’ils font des textes religieux. Mais les mêmes textes sont interprétés différemment par les sionistes, et d’une façon qui justifie l’alliance du sabre et du goupillon.

3Cf. le sinistre et bien connu destin du chevalier de la Barre.

4Cf. le cas exemplaire d’Israël dans : « Information et indifférence ». Il y a aussi la peine de lapidation dont l’exécution est « réservée » au peuple.

5Second volume de « En danger de croire », aux éditions Syllepse. Le premier volume, « La foi, une histoire naturelle du mal« , est paru aux éditions L’Harmattan.

6Rapporté par Monique Mas in « Paris-Kigali« , 1990-1994, L’Harmattan, 1999.

Règle

Illustration : « Opium pipes in London » – clin d’œil marxiste, évidemment.

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Un commentaire sur “Les dés sont pipés

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  1. Et le pire, c’est que plus les sociétés s’effondreront, plus les ouailles irons chercher refuge et explications dans ces croyances. Rien de réjouissant en perspective. Bientôt le retour des bûchers de l’inquisition pour les païens?

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