Manifestations de la soif

Source : https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/dans-le-sud-marocain-des-manifestations-de-la-soif-contre-les-penuries-d-eau_117356

« On les appelle les « manifestations de la soif »: dans le sud du Maroc, des habitants protestent régulièrement contre les coupures d’eau récurrentes. A Rabat, la question a été érigée en priorité et le roi s’est lui-même inquiété de la « sécurité hydrique » du pays. »

La nouvelle est remarquable parce qu’elle contient tous les ingrédients d’une crise appelée à se reproduire de plus en plus fréquemment et un peu partout dans le monde.

  • Tout commence (semble-t-il) par un « manque d’eau » qui oblige les autorités à faire des coupures dans la distribution : « des familles restent plusieurs jours sans eau du robinet, d’autres n’y ont droit que quelques heures par jour ».
  • Quand de l’eau est disponible, elle est de très mauvaise qualité, pour ne pas dire non potable.
  • Il en résulte une souffrance de la population qui suscite des manifestations, lesquelles se font réprimer par la police au titre de l’ordre public.
  • La situation ne pouvant s’améliorer rapidement, manifestations et répression se durcissent : « Les manifestants ont subi la répression, les insultes, l’humiliation. La ville est en état de siège ». Des manifestants se font jeter en prison, leurs droits s’en trouvent menacés.
  • A l’origine de la crise, l’on ne trouve que des phénomènes depuis longtemps comptés parmi les causes de l’effondrement annoncé :
    • Un « déficit pluviométrique » qui ne peut être qu’une conséquence du réchauffement climatique. C’est en tout cas ce qu’explique Jean-Marc Jancovici dans cette vidéo (à 4′), en soulignant que le pourtour méditerranéen sera particulièrement touché.
    • Une « surexploitation des nappes phréatiques par l’agriculture » au détriment des habitants.
  • La crise étant déclenchée, il apparaît rétrospectivement que l’eau était « mal gérée » :
    • Les autorités semblent n’avoir rien vu des palliatifs auxquels la population doit recourir, sans doute depuis longtemps : « les gens achètent de l’eau potable vendue dans des bidons ».
    • Les autorités n’ont pas su réagir aux signaux d’alertes envoyés des pays voisins, (Tunisie et Algérie dans ce cas), à l’occasion de crises analogues.
    • Les autorités ne « se penchent » sur le problème qu’à cause de la crise : « Du côté de l’exécutif, les réunions s’enchaînent pour trouver des solutions. Fin septembre, le chef du gouvernement Saad-Eddine El Othmani a promis des « mesures d’urgence et d’ordre stratégique ». »

L’article de Sciences et Avenir est avare de détails, mais, à s’en tenir aux faits relatés, et en supposant qu’ils soient vrais, l’on devine le contexte général dans lequel cette crise couvait probablement depuis des lustres : c’est celui d’un pays où les structures administratives sont beaucoup plus faibles qu’en France, et où rien ne peut contenir une autre soif : celle d’agriculteurs capitalistes plus soucieux de gains financiers que de partage équitable de la ressource hydrique.

Cette crise montre surtout que des perturbations graves, et imputables au changement climatique, sont déjà à l’œuvre : ce sont les changements dans le régime des pluies. Ils sont particulièrement graves car les déficits de pluviométrie ont des conséquences directes : les sols deviennent plus secs, les rendements agricoles diminuent, les arbres augmentent leur transpiration, donc émettent de l’H2O au lieu de stocker du CO2, et le tout favorise les incendies, ce qui ferme une boucle de rétroaction positive. Et ces changements étant structurels parce qu’ils découlent de modifications dans les cellules de Hadley, ils ne pourront que s’aggraver.

En résumé, comme le montre cette carte des « vulnérabilités » aux changements climatiques, les pays développés sont mieux protégés, (grâce à leurs organisations et leurs techniques), mais ils ne sont pas vraiment à l’abri. L’Europe, dotée sur la carte d’une « vulnérabilité faible » et d’une « préparation élevée », sera atteinte indirectement par une immigration massive en provenance d’Afrique et du Moyen Orient, d’autant plus que ce dernier est aussi ravagé par les guerres provoquées et entretenues par les Occidentaux : Irak, Libye et Syrie ont d’ores et déjà été ramenés à « l’âge de pierre ». Aussi outrancière que soit l’expression, il n’en demeure pas moins que ces États ont été extrêmement fragilisés, et qu’on les voit mal mettre en place une gestion de l’eau aussi efficace que dans les pays à « préparation élevée ».

Changements-regime-des-pluies

Sur la carte ci-dessus, les couleurs ont été choisies en fonction du degré de concordance entre les modèles, et en fonction des variations de pluviométrie qu’ils ont estimées, les zones blanches correspondant à une absence de concordance significative. L’on constate ainsi que 80% des modèles sont d’accord pour prévoir une très forte baisse des pluies au Maroc et dans le sud de l’Espagne, c’est-à-dire exactement dans la région où surviennent aujourd’hui ces « manifestations de la soif »…

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