Petits ruisseaux et grandes rivières

 La première fois que j’ai vu apparaître la nouvelle sur la « Terre boule de neige », elle m’a semblé n’être qu’une curiosité climatique sans intérêt, et je ne l’ai pas lue. Mais M. Huet, auteur de l’excellent blog {Sciences2}, l’a reprise, et sous sa plume elle s’est révélée passionnante !

De quoi s’agit-il ? Et bien, il paraît que notre belle planète a connu deux épisodes pendant lesquels elle s’est retrouvée intégralement couverte de glace. C’est assez extraordinaire car la glace renvoie 90% de la lumière solaire, de sorte que l’on ne comprend pas bien comment elle aurait pu dégeler après avoir complètement gelé. Et pourtant, c’est d’une simplicité presque enfantine.

Ces deux épisodes seraient donc survenus entre 717 et 659 millions d’années pour le premier, et entre 649 et 635 pour le second, ce qui laisse 58 millions d’années à l’un et 14 millions à l’autre. A la louche évidemment. Monsieur Huet s’étant donné la peine de lire l’horrible étude scientifique qui explique tout, (ici, ou là en pdf), il relate que cette glaciation universelle apparaît après que les continents, – qui dérivent comme nul ne l’ignore -, se sont tous retrouvés dans la zone tropicale. Dans cette circonstance, il y a plus de terres émergées qui reçoivent plus de pluies, donc plus de terres qui subissent plus l’érosion, laquelle laisse plus de « silicates » réagir avec le CO2 atmosphérique. Or, ces silicates formeraient 97% de la masse de la croûte terrestre, et 90% de la masse de la lithosphère : c’est dire à quel point ils sont abondants.

Le CO2 atmosphérique a donc été entraîné au fond des océans selon des phénomènes chimiques connus depuis longtemps, comme l’explique Wikipédia : « Ces phénomènes contribuent à (…) la formation de roches carbonatées dans les océans, et donc au transfert de CO2 de l’atmosphère à la lithosphère (« puits de carbone » dans ce cas) ». La nouvelle apporte simplement le fait qu’ils ont été amplifiés de façon considérable par le regroupement des continents en région tropicale : ainsi, au fil des années, le CO2 de l’atmosphère a été littéralement pompé jusqu’à faire « disparaître » l’effet de serre et « glacifier » intégralement la planète, continents et océans mis à la même enseigne. C’est extraordinaire quand on y songe, car les réactions chimiques se déroulent à une échelle microscopique, et ce n’est sûrement pas toute l’eau de pluie qui réagit avec le CO2 et ces silicates, seulement une petite fraction. C’est donc une belle illustration de l’adage « les petits ruisseaux font les grandes rivières », un adage que l’on peut voir à l’œuvre partout, en particulier dans la consommation d’énergies fossiles.

Comment la Terre a dégelé

Mais ensuite, comment la Terre a-t-elle pu dégeler ? Élémentaire mon cher Watson : les volcans ! Écoutons M. Huet nous donner l’explication finale : « encore le CO2. Car les volcans continuent d’exister. Et émettent dans l’atmosphère, lors des éruptions, de grandes quantités de CO2. Mais comme il n’y a plus de sols exposés, et que les espaces océaniques qui sont quasi englacés n’absorbent plus le CO2 atmosphérique , ce dernier finit par s’accumuler dans l’atmosphère ». Autrement dit, rien dans la nature n’est jamais définitivement acquis, tout phénomène rencontre tôt ou tard ses limites au-delà desquelles il ne peut perdurer. Ainsi, la couche de glace ayant fini par former une barrière empêchant le CO2 atmosphérique de rejoindre le sol et l’océan, les volcans, ces trublions inattendus, ont éjecté dans l’atmosphère assez de CO2, (« 10 000 et 100 000 ppm [rapporté à] l’atmosphère actuelle » explique M. Huet en réponse à un commentaire), pour que l’effet de serre reprenne du poil de la bête et vous fasse fondre tout ça, même si la blancheur de la glace renvoie 90% de la lumière, ce qui ne laisse plus beaucoup de milliwatts par mètre-carré.

Et la vie a malgré tout survécu à ces extraordinaires épisodes glaciaires. Sans doute parce qu’elle joue, comme les phénomènes géologiques, avec une lenteur qui a l’éternité pour elle. Elle est lente mais inexorable, comme le réchauffement climatique, comme l’épuisement des ressources, comme la disparition des espèces. Aux antipodes de la vie naturelle, les « transactions à haute fréquence » dont Wikipédia explique : « Alors que la vitesse de transaction du THF était encore de 20 millisecondes à la fin de la décennie 2010, elle est passée à 113 microsecondes en 2011 ». Un dixième de milliseconde pour passer une transaction, et ce, en tenant compte des temps de transferts des informations d’un ordinateur à l’autre : voilà bien le genre de prouesse qui passionne le genre humain !1 A titre indicatif, les ordinateurs peuvent exécuter 5000 de ces transactions pendant que vous faites seulement un clic avec votre souris…

L’humanité aussi avait l’éternité pour elle, mais désormais il se pourrait bien que ce ne soit plus vrai. Pour éviter la catastrophe climatique qui s’avance, lentement mais inexorablement, nous sommes condamnés à innover dans l’urgence, mais pour défaire ce que nous avons fait. Il y a peu de chances que cela « fonctionne ».

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Illustration : « Life may have survived ‘Snowball Earth’ in ocean pockets ». (La vie a pu survivre à ‘la Terre boule de neige’ dans des poches océaniques »)

1 Pour en savoir plus, lire « Ces ordinateurs qui rendent fous les marchés fincanciers » : « Ces robots sont derrière 70% des transactions du marché américain, 50% du boursier et déjà plus de 40 % du marché européen. Ils sont capables d’apprendre, de réagir à la nanoseconde près pour acheter ou vendre et même de ruser pour tromper les machines des concurrents. »

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