Le match réchauffement climatique – variabilité naturelle

Il est devenu banal d’attribuer au réchauffement climatique (RC) des événements météorologiques qui semblent peu ou prou « extrêmes », et tout aussi banal de contester cette paternité au nom de la « variabilité naturelle du climat », (ou de la météo). Dans cette espèce de match qui se rejoue à chaque nouvelle alarmante, les partisans de la « variabilité naturelle » pensent avoir « la science » de leur côté, tandis que leurs adversaires auraient le jugement par trop hâtif, et seraient victimes de préjugés largement répandus dans le public. Nous allons voir qu’il y a de l’absurdité dans l’air, (donc pas seulement des gaz à effet de serre), et que le match pourrait bien tourner en faveur du public, si prompt à tout mettre sur le dos du RC.

Avertissons d’emblée, qu’en toute rigueur, le RC ne peut se lire que sur des séries longues qui font apparaître une évolution indépendante de la variabilité des données, et selon le schéma ci-dessous construit de façon arbitraire dans un tableur :

températures-abstraites-2

La droite en rouge a été tracée à vue d’œil, mais elle aurait pu l’être par une méthode mathématique générale et bien connue : la régression linéaire. Dès lors que celle-ci fait apparaître une pente, (comme dans un col du Tour de France), l’évolution est avérée, sinon la température est stable en moyenne sur la durée, c’est-à-dire que ses variations relèvent de la seule « variabilité naturelle », alias le hasard météorologique.

Sur cette base, il est donc possible de séparer de façon parfaitement rationnelle ce que l’on doit respectivement au RC et à la variabilité, et le match ne devrait pas avoir lieu. Mais il ressurgit fréquemment au sujet d’événements singuliers, et ponctuels par définition. (C’est le cas en ce moment où la « moitié de la planète suffoque » : il s’agit d’un « épisode de chaleur », bien sûr étalé dans le temps, mais que l’on peut considérer comme un événement survenant au cours de l’année.) La durée étant gommée de la définition-même du sujet, peut-on encore faire la part de la « variabilité naturelle » et du RC ? Si la seule méthode rigoureuse est celle que nous venons d’exposer, il faut répondre par la négative puisqu’il manque la durée nécessaire pour l’appliquer. Mais les partisans de la variabilité ont un atout dans leur manche : l’écart par rapport à la moyenne. Le principe du raisonnement est le suivant : si l’événement considéré est très éloigné de la moyenne, alors il doit avoir une cause inhabituelle, donc spécifique, et ce ne peut être que le RC. Sinon, il appartient à la cohorte des cas ordinaires pour lesquels il n’y a pas de raison d’incriminer le RC.

Ce raisonnement est calqué sur celui des tailles des individus dans une population : si la moyenne est par exemple de 1m70, avec un écart-type de 10 cm, alors un individu qui mesure plus de 2 mètres s’écarte d’au moins 3 écarts-types de la moyenne : on a donc tout lieu de soupçonner chez lui un patrimoine génétique que les autres n’ont pas. Ce patrimoine constitue ainsi une cause spécifique (à l’individu) qui permet dans son cas d’éliminer le hasard. (Bien sûr, le patrimoine génétique joue dans tous les cas, mais il serait vain d’y chercher une quelconque particularité quand la taille est proche de la moyenne.)

Appliqué aux températures relevées autour du globe, ce type de raisonnement suppose que le RC joue dans certains cas et pas dans d’autres, à l’instar d’un patrimoine génétique particulier que seuls un petit nombre d’individus peuvent avoir. L’on voit bien que cette hypothèse est absurde. Dès lors que le RC se manifeste dans une région, en particulier dans l’Arctique où il est deux fois plus rapide que dans le reste du monde, alors il répond tacitement « présent » dans chacune des mesures que l’on peut faire. Le RC ne commence pas à partir de températures qui seraient « anormales » ou « extrêmes » pour disparaître subitement quand elles redeviennent « proches des normales saisonnières ». Là où il existe, (quasiment partout puisque rien n’est plus contagieux que les phénomènes climatiques), le RC affecte toutes les températures mesurées, pas seulement certaines d’entre elles.

Ce qui vaut pour les séries longues utilisées par les climatologues, – ces fameux « écarts à la normale » illustrés par l’image du billet -, n’a plus aucun sens quand il s’agit, pour un événement singulier, de trancher la question : « RC or not RC » ? Selon le schéma ci-dessous, l’argument statistique introduit dans la réponse l’arbitraire de la limite qui le fonde :

courbe-en-cloche-RC

Cet arbitraire de la limite ne s’efface que sous le poids du nombre : quand il s’agit d’un événement singulier, il ruine la conclusion que l’on base sur lui. Ce n’est pas parce qu’un événement est « extrême » qu’il doit être imputé au RC, mais ce n’est pas non plus parce qu’il est plus ou moins « proche de la moyenne » qu’il relève de la « variabilité naturelle ».

La charge de la preuve

Tout bien considéré, il n’y a qu’une façon raisonnable de trancher le dilemme : prouver que le RC ne joue pas dans la région de l’événement considéré. (L’on peut imaginer que c’est le cas au milieu du Sahara ou au « lieu le plus froid de la Terre ».) Dans le match RC variabilité, le premier est suffisamment prouvé, universel et permanent, pour que la charge de la preuve appartienne désormais aux avocats de la « variabilité naturelle ». Les bretteurs de comptoir, réputés faire peu de cas de la « rigueur scientifique », ont raison a priori de voir partout la « main invisible » du RC, en particulier dans les canicules qui se multiplient présentement à travers le monde. Celles-ci font depuis toujours partie du climat, mais l’on ne peut plus les interpréter comme résultant d’abord de la « variabilité naturelle » : cela reviendrait à nier l’existence du RC, car, même s’il est évidemment indiscernable à travers une donnée unique, (par exemple ce record en Laponie), son existence s’y trouve nécessairement inscrite en filigrane.

 

Paris, le 24 juillet 2018

Règle

Illustration : Météo France

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