APPEL SOLENNEL

Délaissant, le temps d’un billet, son pessimisme à « l’ultral », (mais qui noircit plus noir que noir), Onfoncedanslemur a décidé, (de façon tout à fait sérieuse en dépit de cette introduction toute en légèreté), de se joindre à l’appel d’Aurélien Barrau et de Juliette Binoche paru dans Le Monde, et dont le texte original est cet « appel face à la fin du monde » du célèbre astrophysicien.

Rappelons tout d’abord que, si nous ne croyons guère à l’efficacité de l’action, nous sommes obligés de souscrire à l’idée que toute action a nécessairement des effets, aussi minces soient-ils, aussi éloignés soient-ils du but recherché. L’action ne peut être jugée vaine qu’après coup, qu’après qu’elle a produit tous ses effets et que ceux-ci se révèlent insatisfaisants. Mais, face à cette « fin du monde » qui se profile sous nos yeux par le prodige des anticipations scientifiques, et qui est inéluctable si nous ne faisons rien, la question de l’efficacité est subsidiaire à la nécessité. C’est par là que tout commence, la perception de la nécessité, et c’est par là qu’Aurélien Barrau a logiquement commencé son texte : « Exigeons du pouvoir politique qu’il impose le nécessaire. C’est sa raison d’être, son droit et son devoir. »

Ensuite, après avoir résumé une situation planétaire désormais bien connue, il avance que : « Les initiatives « locales » et la volonté citoyenne ne suffisent plus. Il est aujourd’hui vital que des décisions politiques drastiques – et contraignantes donc impopulaires – soient prises. Elles ne le seront que sous notre pression. Voilà le paradoxe avec lequel il faut jouer. »

Ces citations montrent que le peuple n’est convié qu’à deux choses : d’abord interpeller le pouvoir politique pour le rappeler à ses devoirs, puis consentir aux « décisions politiques drastiques » qui devraient être prises, car les « initiatives et la volonté citoyenne ne suffisent plus ». Il abdique la créativité et la volonté populaires, et considère que seul le pouvoir politique est en position de « faire quelque chose », ce qui est d’un atavisme vieux comme Hérode : l’imminence du danger exige de couper court aux tergiversations et donc à la démocratie.

C’est faire grand cas du pouvoir politique et bien peu de l’esprit humain. C’est ignorer les bassesses dans lesquelles le premier ne manque jamais de se vautrer, et les élévations dont le second est capable même dans les pires conditions.

Aurélien Barrau et les « 200 » considèrent qu’il faut s’en remettre au pouvoir politique, c’est-à-dire à un sous-système vendu aux puissances économiques qui nous mènent droit dans le mur. On se croirait dans un film d’horreur au moment où l’héroïne se croit sauvée, mais c’est par l’abominable sadique qui s’est promis de lui faire subir les derniers outrages. Oui, le problème est politique, mais ce n’est pas du pouvoir politique qu’il faut attendre le salut. A moins que M. Barrau ne nous fasse la brillante démonstration que ce pouvoir mérite toute notre confiance, il n’y a rien à « exiger » de lui : il faut le contester, le démolir et en construire un nouveau.

Un appel à « sauver la planète » qui commence par déclarer que « la volonté citoyenne ne suffit plus » ferme la seule porte qu’il conviendrait d’ouvrir. Il est bien vrai que cette volonté seule ne suffit pas : il faudrait en effet qu’elle déclenche une cascade de phénomènes ou d’actions propres à changer le monde. Mais qu’elle ne soit pas une « condition suffisante » n’empêche pas qu’elle soit strictement nécessaire : l’on n’arrivera à rien sans elle, sinon à établir une dictature, (favorable aux nantis comme il se doit).

Mais que peut-on attendre des initiatives populaires dès lors que le pouvoir politique, loin de les favoriser, se montre intraitable dans leur répression ? (Cf. Notre-Dame-des-Landes) Comment pourraient-elles déclencher quoique ce soit si l’intelligentsia, régisseuse des choses de l’esprit, « la culture », tout ce que nous avons de plus « précieux » à « sauver », se range du côté de ce pouvoir en son outrancier matérialisme ? La menace, d’une ampleur et d’une nouveauté inédites, exige de puiser, non dans les ressources d’un système de pouvoir vieux comme le monde, (quoiqu’il n’ait jamais cessé de perfectionner ses techniques de domination), mais dans le potentiel brimé et ignoré de l’initiative populaire. Et c’est avant tout à l’intelligentsia qu’il appartient de le comprendre.

Alors, pour le lui faire comprendre, nous prenons l’intelligentsia au mot et :

NOUS APPELONS SOLENNELLEMENT À FAIRE QUELQUE CHOSE POUR LE CLIMAT ET LA BIODIVERSITÉ.

PUISSE NOTRE APPEL ÊTRE ENTENDU DANS LE MONDE ENTIER PAR LES CLASSES POPULAIRES.

QU’IL SUSCITE UNE PRISE DE CONSCIENCE.

D’ABORD PERCEVOIR LA NÉCESSITÉ DE L’ACTION, C’EST LA CLEF QUI OUVRIRA LA PORTE SUR UN AUTRE MONDE.

PARTAGER CET APPEL JUSQU’À LE FAIRE RETENTIR DANS LES COINS LES PLUS RECULÉS DE LA PLANÈTE.

 

Paris, le 6 septembre 2018

Règle

Illustration : un coin reculé de la planète, en l’occurrence un village Hmong, que l’on peut visiter facilement grâce à des « tour operators » : le pendant physique d’Internet.

Plus de publications sur Facebook : On fonce dans le mur

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :