On ne fait rien !

On ne fait rien ! Ce triste constat revient souvent dans les médias, car les spécialistes s’en désolent malgré les alarmes qu’ils jettent depuis des lustres à la face du monde. Pour nous, c’est simplement la preuve qu’on ne peut rien faire, car nous constatons par ailleurs que le système fait toujours tout son possible pour lutter contre les maux qu’il engendre. En logique, on appelle ça un « raisonnement contraposé », nous venons de le découvrir sous la plume d’un chroniqueur de Pour la science qui en a fait son sujet du mois avec ce titre grandiose : « Le raisonnement qui sauva le monde ». Supposons une règle admise pour vraie1 et de la forme : « Quand A est vrai, alors B est vrai ». Si vous constatez que B n’est pas vrai, alors vous en déduisez que A ne l’est pas non plus. L’exemple de PLS porte sur une attaque nucléaire américaine contre les Russes : du point de vue de ces derniers, quand les Américains feront une telle attaque, alors elle sera massive. Donc, si le système de surveillance ne détecte que cinq missiles, l’attaque n’est pas massive, donc elle n’est pas nucléaire. C’est en raisonnant ainsi que Stanislav Petrov, un obscur officier russe, a évité en 1983 le déclenchement d’une riposte qui aurait été cataclysmique.

Si donc l’on admet que : « quand le système peut faire quelque chose, alors il le fait », l’on en déduit que, s’il ne fait rien, c’est qu’il ne peut rien faire. (Ou si l’on pense qu’il n’en fait pas assez, c’est qu’il ne peut pas faire plus.) Dans le cadre de sa « lutte anti-tabac », l’État pourrait tout simplement interdire le produit, mais les consommateurs se tourneraient vers le marché noir et cela engendrerait des activités criminelles, de sorte que cette « solution » n’en est pas une. Il pourrait aussi, avec ses taxes, financer des achats massifs d’espace publicitaire au lieu de subventionner gratuitement les journaux à raison de 400 millions par an : mais les annonceurs, (comme les lecteurs), ne supporteraient pas de voir leurs belles pages de pub côtoyer des choses aussi peu ragoûtantes que des poumons carbonisés et le slogan « FUMER TUE ». Finalement, seul le possible se réalise, c’est pourquoi l’État s’attaque au portefeuille des fumeurs : cette « mesure impopulaire » ne touche pas un cheveu du système, c’est aux individus de se débrouiller.

L’on peut comparer le système à un milieu liquide fortement visqueux dont les particules, personnes physiques et morales, adhèrent les unes aux autres et présentent une forte résistance à « l’écoulement » de toutes « mesures » politiques. (D’autant plus dans un système où le politique a été réduit à sa portion congrue.) Dès lors que des intérêts, financiers ou autres, sont trop impactés, les « mesures » sont combattues par tous les moyens jusqu’à être abandonnées, (Cf. l’écotaxe réduite à néant par les bonnets rouges), ou font surgir des solutions de contournement qui les rendent inefficaces, (trafics clandestins, lois « vidées de leur substance » à grand renfort d’amendements, etc.). A l’inverse, si elles parviennent à s’imposer de façon durable et sans faire de vagues, c’est qu’elles ne changent rien sur le fond : c’est le cas de la « taxe carbone » et de la « bourse du carbone » que les alarmistes n’évoquent même plus, car elles se sont dissoutes dans le système aussi facilement que le sucre dans l’eau.

Aux antipodes de l’impuissance humaine devant les changements climatiques, l’on trouve le progrès technique capable de rendre possible même l’impossible, à tout le moins de reculer sans fin les limites du premier. On lui doit ce que chacun peut constater, à savoir que les sous-systèmes, (santé, éducation, politique, police, justice, agriculture, habitat, transports, communications, mœurs, culture, etc.), ont tous évolué d’une façon jugée souhaitable ou nécessaire. (Rappelons, qu’en dépit de son hypocrisie, « le système vous veut du bien » : il ne vous promet le malheur que si vous sortez des clous.) Les sous-systèmes sont donc en principe « pilotables » et « perfectibles », ce qui vient simplement du fait qu’ils ont chacun leurs finalités propres, lesquelles servent de guide à l’action publique comme à l’action privée. Il en résulte au demeurant des « scandales » récurrents dus à des acteurs se dérobant à leurs devoirs, mais qui prouvent a contrario que lesdits acteurs sont censés faire le bien, tout le bien et uniquement le bien.

Cela étant rappelé, qu’elles sont les finalités du système global ? La réponse à cette question est très discutable, pour ne pas dire totalement arbitraire, l’on peut avancer celles qu’on veut :

  • Faire vivre le maximum d’humains puisque la morale exige que nous fassions toujours tout notre possible pour prolonger la vie de notre prochain.
  • Diffuser le plus rapidement possible le progrès technique : il permet en effet de s’assurer des avantages compétitifs qu’il est interdit d’interdire.
  • Assurer l’homéostasie de l’ordre social avec sa hiérarchie.
  • Permettre à chacun de connaître Dieu et de vivre dans un but spirituel.
  • Protéger l’environnement et faire en sorte que les espèces sauvages puissent s’épanouir comme l’espèce humaine.

Nous sommes bien obligés de rayer le dernier point car il n’a jamais, jamais été une finalité depuis l’invention de l’agriculture suite à la « révolution néolithique ». N’est-il pas « évident » que le système actuel trouve ses racines dans cette lointaine révolution ? N’est-il pas « évident » qu’en domestiquant des espèces sauvages, animales ou végétales, « l’homme » a tourné le dos au mode de vie des chasseurs-cueilleurs et leur manière de penser ? Eux voyaient des « esprits » partout dans la nature, et leur attribuaient des pouvoirs qu’ils craignaient : mais un jour des prophètes ont surgi pour dire qu’il n’y a pas d’esprits ici-bas mais des dieux qui vivent ailleurs, et que ce sont eux qu’il faut craindre. Un pas de plus a ensuite été franchi avec l’invention du monothéisme : un dieu qui nous veut du bien comme le système, mais à craindre plus encore que tous ses prédécesseurs. Dès lors, ce n’était plus la nature qu’il fallait craindre, mais Lui seul. Aujourd’hui, la nature se venge et donne raison à nos ancêtres animistes : il fallait respecter les « esprits ». A cette aune spiritualiste, il est bien trop tard pour faire quoique ce soit, et notre « souci de l’environnement » relève d’une galéjade.

 

Paris, le 1er octobre 2018

1Si en réalité la règle est fausse, c’est une autre histoire et ça ne change rien au principe du raisonnement contraposé.

2Désormais, il est paraît-il « prouvé » que l’agriculture a provoqué une « explosion démographique , (mais l’on ne comprend rien à l’article.)

Règle

Illustration : « Si on ne fait rien, on fonce dans le mur » : nos voisins belges ont des problèmes avec leurs musées…

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