La planète est-elle vraiment foutue ?

Vous avez peut être vu cette vidéo diffusée il y a deux jours sur C8, en début de soirée : « La planète est-elle vraiment foutue ? » Elle vaut le détour, après bien d’autres, pour la litanie des catastrophes qu’elle expose de façon accessible au grand public. Nous abordons ici son introduction qui résume fort bien le problème tel qu’il se présente pour les médias :

  • La transition écologique n’a pas commencé.
  • Notre mode de vie actuel est condamné.
  • Pourquoi est-ce qu’on n’est pas capable de changer ?
  • C’est la fin du monde.
  • Le compte à rebours est commencé.
  • Les scientifiques ne savent plus comment exprimer les choses.
  • C’est une partie de l’humanité qui pourrait disparaître d’ici la fin du siècle.
  • C’est un scénario catastrophe qui n’est pas impossible.
  • « Profitons de tout, on va tous crever », ça ne me fait pas rire.
  • Là il faut se mouiller, c’est le moment de l’action.
  • On ne peut plus tarder.
  • Si on ne change pas l’homme, on ne changera pas le monde.
  • On approche du précipice, et on est lancé comme un TGV !
  • J’ai tout perdu, ma maison, mon business, tout !
  • Les mauvaises nouvelles tombent, terribles et implacables. Sécheresses, ouragans, incendies, fonte de la banquise, inondations. Les effets du réchauffement climatique nous frappent tous, et partout sur la planète.
  • L’augmentation des températures devraient être de plus 5 à plus 6 degrés, les conséquences seront inimaginables.
  • Air saturé, océans pollués, espèces disparues, la liste s’allonge chaque jour un peu plus.
  • On est vraiment dans un déclin terrible.
  • Les scientifiques disent qu’on est entré dans la sixième extinction de masse des espèces.
  • Nous sacrifions le vivant. Nous épuisons la Terre à grande vitesse avec notre course aux matières premières.
  • Il y a des choix politiques qui protègent les intérêts de certaines industries avant l’intérêt général.
  • Il n’y a aucun chef d’État capable d’avoir le courage de la vérité.
  • En un siècle, les multinationales ont déjà détruit la moitié des forêts du globe. Les intérêts financiers sont délirants, et les guerriers de l’environnement, qui osent se mettre en travers de leur chemin, risquent leur vie.
  • C’est la planète que nous assassinons, et pour ce crime nous n’échapperons pas à la sentence.
  • La question est de savoir si l’on peut encore sauver notre civilisation.
  • Il faut changer maintenant et radicalement notre mode de vie. Et pourtant, nous restons là, sans rien faire, à contempler le désastre. Comme un château de cartes, tout s’effondre pourtant autour de nous.
  • On ne pourra pas expliquer à nos enfants que nous avons décidé de tuer la moitié des vivants sur Terre parce qu’il fallait gagner un point de croissance. (Aurélien Barrau, en orateur talentueux.)

Les explications

Il est manifeste que toutes ces citations visent à opposer menace et inaction. Dans le billet « On ne fait rien », nous avons déjà montré que l’inaction constatée prouve que « le système » ne peut rien faire, sinon il ferait quelque chose et l’on verrait les sociétés humaines se réorganiser de façon efficace contre le RC. Mais c’est trop simple pour satisfaire l’esprit, car cette « preuve » ne débouche sur rien, alors que l’on voudrait garder une porte ouverte sur « la survie de l’humanité ». C’est pourquoi l’on avance d’autres explications, notamment le fameux déni des élites, mais elles ont le défaut, (ou le mérite), de laisser entendre que l’on pourrait changer les conditions qui mènent au désastre, ce qui nous permettrait de passer enfin à l’action. Malheureusement, raisonner ainsi porte un nom bien connu : « vouloir mettre Paris dans une bouteille ».

Pour faire quelque chose de vraiment sérieux, il faudrait tout changer dans le système, absolument tout, pas seulement les élites. Sauf à cuisiner celles-ci dans une sauce Saint-Barthélémy d’échelle planétaire… En effet, ce sont des personnes qui ont beaucoup trop d’intérêts et d’égoïsme pour ne pas résister au moindre vent contraire : c’est donc un vœu pieux de vouloir refaire la bergerie sans d’abord en éliminer physiquement les loups, pour s’assurer qu’ils ne reviennent pas. Quand on sait qu’une minuscule taxe sur les transactions financières, déjà « suggérée en 1972 », donc 46 ans en arrière, ne s’est imposée nulle part, et que le kérosène n’est pas taxé faute d’accord international, il faut sacrément « travailler du ciboulot » pour espérer voir les « élites » changer un bouton de leurs costards avant que la planète ne trépasse…

De plus, rien ne garantit qu’un système remis à neuf, sans élites assoiffées de fric, sans extractions minières, sans pollutions et sans engrais azotés, serait plus « respectueux de la nature ». Comme on le verra à la fin de ce billet, il y tant de manières de la détruire que l’on a toutes les chances de tomber de Charybde en Scylla.

Le refoulement du distributif

C’est un concept de Laurent Mermet, un scientifique fraîchement apparu dans notre bulle médiatique, et qui mérite d’être suivi d’aussi près que Jancovici. Le « distributif » désigne les rapports sociaux régulés pour ou par le partage des richesses. Onfoncedanslemur y fait souvent allusion1, (sous forme d’exemples comme ci-dessus ou implicitement avec « le système »), alors que dans les appels solennels et les solutions préconisées, y compris celle des décroissantistes, il est escamoté sous les grands mots.

Auscultant les discours en professionnel, de façon exhaustive et méticuleuse, Laurent Mermet peut en dégager les grands principes et les grands défauts, (qui viennent tous confirmer notre point de vue, du petit lait…), sans pour autant « attaquer » les personnes, et sans se fonder sur une idéologie a priori comme le font les écologistes de Le Partage. Il parvient ainsi à dégager objectivement « l’état de l’art » en matière de lutte contre le RC, et il en ressort que les illusions y sont beaucoup plus fréquentes que les espoirs réalistes.

Voyons quelques points abordés dans son cours « Qui peut agir sur qui pour éviter la fin du monde? », (d’où est extrait la vidéo sur le « refoulement du distributif »). La question porte sur le sujet de l’action : tant que l’on ne prétend pas qu’elle est possible, il n’est pas nécessaire d’expliciter ce sujet, mais, dans le cas contraire, c’est évidemment crucial, sinon l’on se berce d’illusions.

  • 15’33 : « Cette histoire de fin du monde tient à un nœud gordien de 5 facteurs : population, niveau de vie, efficience des flux, agencement socio-écologique et niveaux d’attentes. »
  • 16′ : « Tout commence à indiquer clairement que si l’on ne tire que sur un ou deux des facteurs, l’on n’arrivera pas à dénouer le nœud. » (Plus loin, il affirme que cela ne ferait que le resserrer.)
  • 25′ : « On pourrait tout à fait poser la question autrement, en disant que la question n’est pas que l’humanité ne va pas survivre, la question est : qui va survivre, avec quel mode de vie ? »
  • 25’20 : « Il y aura des gagnants et des perdants, ça crée un énorme malaise, et l’évitement de ce malaise, je l’appelle le « refoulement du distributif ». »
  • 1:00’35 : « Je constate que les personnes qui discutent et travaillent sur les problèmes globaux, sont enfin dans une vraie perplexité sur la question de l’action. On sent que le tissu craque, que l’on n’arrive plus à réfléchir en disant : « il faut que tout le monde ait conscience du problème, et ça va permettre un passage à l’action ». »
  • 1:01’15 : « Il ne suffit pas qu’un groupe humain ait conscience d’un problème qui pourrait [être] amélior[é] en passant à l’action collective pour que ce groupe humain passe [effectivement] à l’action collective. »
  • 1:03’00 : explications à écouter mais trop longues à transcrire, puis : « On peut, avec des flux et un niveau de vie très faibles, avoir un impact monstrueux sur la biodiversité. (…) La décroissance n’offre par elle-même aucune garantie d’une diminution de l’impact sur la biodiversité. »

Conclusion expéditive

Il n’y a d’avenir pour l’humanité que dans les traces qu’elle laisse dans les sédiments, et que des archéologues extra-terrestres découvriront peut-être un jour…

 

Paris, le 14 décembre 2018

1Notamment dans les billets suivants :


 

Illustration : « Massacre de la Saint-Barthélemy » – Wikipédia

Plus de publications sur Facebook : On fonce dans le mur

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