Violence : le déni des élites

Note : d’après Le Gorafi, source fiable s’il en est, Macron aurait lancé, au terme d’une réunion de travail : « Oh et puis merde vous me faites tous chier bordel » !


 

Aux antipodes du Gorafi, Xavier Gorce, blogueur sous l’égide du Monde, (comme par hasard), préfère exercer son talent sur le dos des Gilets Jaunes. Outre le dessin qui illustre le présent billet, il y a aussi celui-ci :

Xavier-Gorce-3

Abrutis et cons, les GJ ? Si l’on veut. Ce « mépris de classe » nous amuse plus qu’il ne nous chagrine, car il ne nous déplaît pas de voir l’abrutissement et la connerie débouler dans l’univers feutré de ceux qui s’en croient immunisés, les honnêtes gens qui disposent de revenus assez confortables pour se sentir « au-dessus de tout ça », à savoir : fricailleries de gagne-petit, violences à base de colère suspecte, revendications contradictoires, (comme si rien ne l’était en politique), refus du « dialogue social », rejet des « corps intermédiaires », (tiens, mais pourquoi donc ne parle-t-on plus de syndicats ?), idées utopistes, improvisation, haine pour le président et les médias, « profanations » de monuments sacrés, etc.

L’abrutissement et la connerie se mesurent exactement aux fameux ronds-points : de ces lieux voués au trafic routier, les Gilets Jaunes ont fait des « espaces de socialisation », voire des « lieux de vie » dans le plus pur style ZAD. Ce n’est pas sans rappeler le premier « bug » en informatique, causé par un insecte coincé dans un relais électrique de l’un des premiers ordinateurs : les gens ne sont pas plus à leur place dans ces ronds-points que les insectes dans les armoires d’ordinateurs, mais les uns comme les autres y ont trouvé ce dont ils avaient besoin : de la chaleur physique pour les uns, de la chaleur sociale pour les autres.

Mais, dans ce système soit disant voué à la « satisfaction des besoins »1, (de façon « rationnelle » et « optimale » au contraire des systèmes collectivistes honnis), que toute une frange de la population puisse proclamer son raz-le-bol d’être dans le besoin en « débecte » évidemment plus d’un. D’où le mépris. Non seulement ils voient leurs beaux discours pris en défaut par « la réalité du monde », (dont l’inénarrable Macron dit que « l’affronter nous fera retrouver l’espérance »), mais ils s’inquiètent et même s’angoissent, quand ils ne virent pas à la panique. (Il paraît que le patron du MEDEF aurait demandé à Macron de « tout lâcher ».) Troublée par le remue-ménage, l’onde pure de l’ordre public ne reflète plus leurs convictions, leur « culture », leurs préjugés, leur bonne conscience, leur supériorité et leur « réussite ». Ils y découvrent, « sidérés », le visage du « peuple », de « la populace », tout ce qu’ils méprisent, ce qu’ils haïssent même, bien sûr sans jamais le dire ouvertement2. Littéralement horrifiés, ils voient « le chaos » à l’assaut des hôtels particuliers, la « peste brune » à la manœuvre, et la « révolution bolchevique » aux portes de l’Elysée.3

marianne-GJ

Quiétude et certitudes des « élites » s’effondrent sous l’impact. Elles ne savent plus de quoi demain sera fait, ni jusqu’où « le mouvement » va aller, ni comment « sortir de la crise ». Pour un gestionnaire « responsable », et bien sûr « raisonnable », cela s’appelle, pardonnez l’expression, « être dans la m… » Voilà. Nos « élites », hier pétries d’assurance, sont dans la m… et ne peuvent plus le cacher. En Chine, ça s’appelle « perdre la face ».

Mais rassurons-nous, elles vont tout faire pour la recouvrer au plus vite, et devraient y parvenir sans trop de difficultés. Elles ont déjà réduit à presque rien l’Acte V, (en empêchant les GJ de manifester massivement à Paris4), et déjà commencé à vider certains ronds-points de leurs « bugs humains ». Par la force bien sûr, c’est-à-dire par cette « violence » qui n’en est jamais une quand elle émane des « forces de l’ordre », ce qui explique en passant pourquoi BFM et consœurs n’en parlent jamais.

Cependant, les GJ ont déjà obtenu ce qui semblait impossible, la « taxation des GAFA » : n’est-ce pas étrange que, par « la violence » émanée de cons et d’abrutis, les « élites » aient subitement réalisé que, tout compte fait : « Ah ben oui, tiens, on peut les taxer, ces GAFA ! Rien ne l’empêche. » Question : pourquoi ne l’ont-elles pas fait plus tôt et de leur propre chef ? Par quel miracle l’impossible est-il devenu possible d’un claquement de doigts ? On ne le saura jamais, mais le fait est qu’un début de « redressement fiscal », (a priori sans lendemain), a cependant surgi pour un peu plus de justice. Ou pour un peu moins d’indécence dans l’injustice. A cause de cet exploit, la justice apparaît malheureusement comme une aumône offerte « en pâture à la populace », pour la « calmer » plutôt que pour ce qu’elle devrait être : le pilier le plus fondamental de « la démocratie », loin devant « l’ordre public ».

« La violence » est donc « inacceptable », soit, mais la façon dont en parlent les « merdias » laisse entendre que « rien ne l’excuse », ce qui est historiquement faux. Les révoltes violentes sont légions dans l’Histoire5, l’on se refuse seulement à voir ce qui motive celle des GJ. Et, quand on en expose malgré tout les causes, à l’instar du Monde dans cet édito, les violences restent « inqualifiables » : « Les mots manquent également pour donner une signification ou une direction au déferlement de rage et de haine qui s’est déversé, des heures durant, sur les quartiers huppés de la capitale. » Donc « signification » et « direction » mais surtout pas « motivation » bien que tout le reste de l’édito en expose précisément… les motifs ! Difficile d’être plus dans le déni : exposer les causes de « la violence » tout en refusant le moindre lien avec icelle.

Cela implique que rien, dans le système, ne saurait l’excuser, même le pire de ses effets. Seul petit problème : « la violence » par révolte est un effet du système. A-t-on jamais vu quelqu’un se révolter suite à une amélioration de sa condition ? Non, il n’y a de révoltés que « poussés à bout », exactement ce que disent les Gilets Jaunes, parce que leur condition n’en finit pas de se dégrader. Aussi comprend-on mieux le déni de tous ces éditorialistes qui, n’ayant quant à eux aucun problème de fin de mois, seraient effectivement très cons de se révolter : leur dénonciation de « la violence » au nom des grands principes, (principes auxquels nous adhérons avec ferveur), ne vise pas la morale : elle leur sert à ne pas reconnaître qu’elle provient de ce système qui les nourrit grassement.

Jean-Jacques Rousseau : « Ces gens du monde, si doux, si modérés, qui trouvent que tout va bien parce qu’ils ont intérêt à ce que rien n’aille mieux, qui sont toujours contents de tout le monde parce qu’ils ne se soucient de personne, et qui autour d’une bonne table soutiennent qu’il n’est pas vrai que le peuple ait faim…« 

Les Jean-Michel Apathie et autres éditorialistes sont sans conteste « gens du monde », n’est-ce-pas ? Faut être « gueux » pour se révolter.

 

Paris, le 23 décembre 2018

1 Cf. le billet : « Le système vous veut du bien ».

2 Ce mépris, Macron l’a bien montré, mais les « élites » du pays sont en phase, notamment ce cher Alexandre de Juniac, ex-PDG d’Air France KLM, dont les profondes pensées sur les acquis sociaux s’étalent dans cette vidéo.

3 Personne n’a cité la révolution russe, mais c’est seulement parce qu’elle est passée de mode : le communisme reste leur hantise, alors qu’ils n’auraient aucun problème pour pactiser avec des fascistes si ceux-ci venaient à prendre le pouvoir. La « peste brune », c’est encore et toujours l’épouvantail aux pigeons.

4 Grâce à un article de loi hautement démocratique, (voir en annexe), les forces de l’ordre ont légalement arrêté ou bloqué des milliers de personnes en possession de foulard, lunettes, gilet jaune et autres accessoires.

5 Cf. cet article de Mediapart qui énumère quelques uns des massacres qui ont servi à mater des « révoltes violentes ».

 


ANNEXE

L’article 222-14-2 condamne jusqu’à un an de prison et 15000 euros d’amende le « fait » de : « pour une personne de participer sciemment à un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens ». Il suffit de porter foulard, lunettes ou masque à gaz, voire une inoffensive clé Allen, pour être condamné « préventivement » sur la base de cet article. Saisi par Valls, Ayrault, Cazeneuve, et Collomb, le Conseil Constitutionnel l’a confirmé en posant que les « libertés constitutionnelles ne sauraient être raisonnablement interprétées comme permettant à des personnes de se réunir en vue de commettre des violences ou des dégradations ». Mais quid des personnes qui ne se réunissent pas « en vue de » commettre des violences ? Le Conseil n’en a cure, elles sont assimilées aux (inévitables) « casseurs ». Ça s’appelle jeter le bébé des libertés publiques avec l’eau du bain sécuritaire.


 

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