[ripopée] Personne n’est responsable du climat

Critique des « alarmistes bloquant ».


« L’Humanité » telle que nous la voyons n’est pas « bonne », ou du moins, pour être plus précis, nous ne voyons rien en elle qui mériterait d’être « sauvé ». En conséquence, le problème moral ne se pose pas pour nous de la même façon que pour les « beaux parleurs » et les alarmistes pressés.

Devant la caméra d’un documentariste, un aborigène australien, exhibant sa lance « d’un autre âge », nous avait fait forte impression. Il soutenait qu’avec cette lance il pouvait atteindre n’importe quel animal, que cela lui suffisait, et qu’il était fier de pouvoir vivre comme ses ancêtres. Morale de l’histoire : personne ne peut vouloir changer ce qui lui paraît bon.

C’est pourquoi les appels à « changer de modèle » ou à « sauver la planète » sont paradoxaux dans leurs principes. Ils nous demandent de changer notre mode de vie pour sauver ce qui mérite de l’être, c’est-à-dire conserver ce qu’il a de bon. Il s’agirait donc de changer pour conserver, alors que la logique prescrit de ne pas changer pour conserver.

D’un point de vue plus pragmatique, il s’agirait de sauver ce que la civilisation nous apporte, (nous devant s’entendre comme « ceux qui ont la chance d’en profiter »), à savoir : éducation, santé, sécurité, culture, loisirs, justice équitable et job intéressant, mais pour en finir avec un mode de vie qui fera notre perte. Malheureusement, tout porte à penser que l’un ne va pas sans l’autre, et que l’on aura quelques difficultés à séparer le bon grain de l’ivraie.

Ces paradoxes ne viennent pas d’un esprit particulièrement retors, ils découlent des alarmistes eux-mêmes qui parlent sans savoir. Leurs discours se ramènent à une même antienne : « Arrêtons le massacre ! » Rien de plus. Leur « conscience citoyenne et responsable » ne voit pas plus loin que le bout de son nez : elle est plongée dans le smog, l’air du temps que les médias lui font respirer.

Logiquement déduite des principes de la morale et des annonces des climatologue1, cette idée de « sauver la planète » est un leurre, car elle ne repose sur rien d’autre. Son petit air d’évidence, de vérité irréfutable, vient de ce qu’il est impossible de la nier sans entrer en contradiction frontale avec ses présupposés.

Il n’en reste pas moins insupportable de se faire asséner ce mot d’ordre par d’insipides bonimenteurs qui prétendent, de surcroît, vous faire entendre la voix des « générations futures », comme Bernadette Soubirou celle de la Vierge. Le dernier à nous tomber sous la main, ou plutôt sur le râble, était d’ailleurs gratiné. Pour celles et ceux qui aiment se faire agresser, la matraque est ici : « Et nos enfants nous appelleront « barbares » ». Se fondant sur la façon dont on juge les sociétés esclavagistes, l’historien Jean-François Mouhot croit pouvoir prédire que les « générations futures » verront en nous « un peuple de barbares » : mais nous sommes les barbares ! Non seulement l’esclavage n’a pas disparu pour tout le monde, (il n’a été aboli qu’en droit), mais nous n’avons cessé de perfectionner les moyens de tuer les civils à distance, à l’aveugle et massivement, de façon aussi incompréhensible, (pour nous personnellement), que le langage des barbares. Nous ne sommes « la civilisation » que du point de vue des pouvoirs qui s’autoproclament « civilisateurs ». (Et que cela ne date pas d’hier n’excuse personne.)

Jean-François Mouhot aurait dû s’aviser que les « générations futures » reviendront peut-être à l’esclavage, on ne peut jurer de rien. Et si elles gardent un souvenir de notre époque, elles verront peut-être dans la démocratie la cause première de tous leurs malheurs.

En renfort pour défendre notre position : cette vidéo où Laurent Mermet analyse ce qu’il appelle « l’alarmisme bloquant ». En voici un condensé :

  • Pour les alarmistes, le problème du climat se présente comme n’importe quel problème de société : amiante, couche d’ozone, etc. En réalité, c’est plutôt un syndrome, une évolution qui émerge et n’est pas isolable. On peut le comparer au vieillissement.
  • Les alarmistes se focalisent sur le climat avec un effet pervers grave : ouvrir la porte à des modes d’action expéditif et massif qui pourraient se révéler désastreux pour l’environnement.
  • Les alarmistes supposent « qu’on ne fait rien », ce qui revient à dénier et ignorer les efforts en cours, ce qui a été fait, comme s’il fallait repartir d’une « ardoise blanche ».
  • Combiné à un discours d’urgence, ce présupposé constitue une « prime à l’irréflexion » et à « l’emblématique », c’est-à-dire aux actions qui brillent plus par leur visibilité et le niveau de sacrifice qu’elles exigent que par leur efficacité.
  • S’il faut agir ainsi, on va dépenser des fonds publics massifs pour des projets qui vont avoir des conséquences sociales et environnementales très négatives.

Campés sur les cimes de la morale, armés d’une « conscience » plus perçante que la moyenne, les hérauts du climat font croire qu’il n’y a pas d’attitude plus pertinente que la leur. C’est pourquoi ils bloquent aussi la pensée et n’effraient ni le pouvoir ni les médias. (A l’heure où nous écrivons.) Et bien sûr, ils vous diront que manifester, bloquer, pétitionner et tribuner, c’est déjà « agir » : non, c’est jouer une danse de la pluie sous le balcon des puissants.2 (Qui n’aiment pas se mouiller.)

Résumé des épisodes précédents : dans le rôle des gentils, vous avez plein de gouvernements qui ont pris plein d’engagements qu’ils ne pourront pas tenir. Dans celui du méchant, ce satané climat dont les « caprices » vont se faire de plus en plus fréquents et catastrophiques. Les gentils courent donc le risque de ne plus pouvoir cacher leur impuissance, et d’être acculés à une position intenable vis-à-vis de leurs administrés. D’où la nécessité de mettre ceux-ci de leur côté, « dans leur poche », en laissant l’intelligentsia jouer le rôle du fou du roi.

L’on voit bien qu’à exiger des « mesures » immédiates qui ne peuvent évidemment pas l’être, il y a aussi « quelque chose qui cloche ». A l’opposé des Gilets Jaunes dont les exigences, (selon leurs détracteurs), semblent non crédibles et ne concerner qu’eux-mêmes, celles de nos « alarmistes bloquant » semblent sensées et concerner tout le monde. Sauf qu’elles sont aussi irréalistes que la venue du saint Esprit sur la tête des apôtres. Elles resteront donc sans suite, et tout cela prendra peu à peu la couleur d’une farce. L’on en viendra à trouver tout cela risible, puis à oublier les cris d’orfraie, pour finalement admettre que personne n’est responsable du climat.

Autrefois, c’était ironiser sur le pouvoir que de lui demander de faire venir la pluie. Aujourd’hui on lui demande, le plus sérieusement du monde, d’arrêter l’évolution du climat. Que s’est-il donc passé ?

N’est-ce pas irresponsable d’affirmer que personne n’est responsable du climat ? Effectivement ça l’est, mais dériver cette irresponsabilité d’une impuissance ontologique n’est pas identique à la dériver de l’inaction. Dans le premier cas c’est logique, dans le second fort présomptueux, car c’est attribuer à « l’Humanité » une « toute puissance » qu’elle n’a jamais eu.

L’on affirme avoir « pris conscience » que « l’Humanité » fonce dans le mur, mais l’on oublie que ce mur est « déjà là » depuis que l’on brûle sans vergogne charbon et pétrole. Au début il ne pouvait pas se voir physiquement, mais symboliquement via quelques connaissances à portée de sagesse populaire.

Autre mythe jugé sans intérêt : celui de Remus et Romulus. Il signifie qu’on ne franchit pas impunément certaines frontières symboliques, en particulier celles que trace l’ignorance. Remus ignora, ou se refusa à « prendre conscience » que les remparts esquissés par son jumeau étaient « déjà là », mais sous la forme d’un glaive décidé à les défendre.

Mais pourquoi des jumeaux ? Pour qu’on ne puisse pas soupçonner d’autres causes que l’inconscience et la témérité de l’infortuné Remus, et que « la raison » reste du côté de Romulus l’assassin, c’est-à-dire du pouvoir.

L’avenir est donc toujours « déjà là », mais « en puissance » comme disent les philosophes, et se laisse deviner, comme dans la légende, à des signes qui ne trompent pas, ou ne devraient pas tromper. Les sociétés modernes ont malheureusement perdu l’art de lire les signes, et surtout perdu la possibilité d’en tenir compte quand de rares personnes tirent le signal d’alarme.3 Quand cela arrive, il est déjà trop tard, car ce que l’on peut déchiffrer implique qu’une boîte de Pandore a été ouverte.

 

Pierre-Dac

 

 

 

Publié le 30 avril 2020


Illustration : « World climate protest at cop 23 – Bonn, Germany Novembre 11, 2017 »

Plus de publications sur Facebook : Onfoncedanslemur

 

1Annonces des climatologues auxquelles il faut ajouter celles d’autres scientifiques concernant d’autres domaines, mais cela ne change pas le principe du raisonnement.

2Lire aussi cette critique du phénomène Greta Thunberg par Isabelle Attard, députée écologiste du Calvados, qui se présente comme « écoanarchiste ».

Un commentaire sur “[ripopée] Personne n’est responsable du climat

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  1. Le fameux « il faut sauver le climat » n’a aucun sens en effet. Il faut surtout sauver le vivant, incluant l’espèce humaine. Et ce combat passera entre autre par le souci des dérèglements climatiques que nous avons engendré par notre surconsommation.

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