[ripopée] Macron et sa police

Fin avril 2019 : la biodiversité monte sur le podium. A voir l’humanité dans le pétrin, l’on se demande quelles solutions elle va trouver pour s’y enfoncer davantage…

La réponse dans cet article avec vue plongeante sur l’insondable problème de fond :

« Cinq facteurs contribuent à la chute brutale de la biodiversité : les changements d’utilisation des terres (dont l’agriculture), la surexploitation (chasse et pêche), le changement climatique, la pollution et les espèces invasives, avec en toile de fond la croissance démographique (11,4 milliards d’habitants attendus en 2100) et la hausse de la consommation par habitant, à l’heure où les classes moyennes des pays émergents adoptent les modes de consommation des pays riches. »

Mais pourquoi faut-il que les solutions soient toujours assommantes et les problèmes fascinants ? Réponse : les premières viennent d’un pouvoir institué, comme le travail au bureau, tandis que les seconds sont chargés de mystère et stimulent l’imagination. L’outillage des sauveteurs est du reste le même qu’en entreprise : nomenclatures, statistiques, instruments de suivi, de coordination, etc. Toute l’humanité est promise à « passer en mode projet », génial !

1er mai : les Gilets Jaunes continuent leurs manifestations, le pouvoir sa répression. Incapable de répondre de façon originale à leur caractère « inédit », le plus jeune et talentueux de nos présidents raisonne comme nos plus vieilles badernes, encore que celles-ci auraient déjà décampé.

Nul besoin d’une boule de cristal pour savoir Macron atteint au plus profond de son orgueil : son « jupitérisme » d’un jour n’est même plus un souvenir. Ce freluquet ne pouvait concevoir la grandeur que dans sa phase montante, (et bien sûr arrogante), sans réaliser que les défaites s’en trouvent grandies en proportions, et qu’elles exigent une fin à la hauteur : la démission pure et simple. (L’autre option, pour toute grandeur déchue qui se respecte, c’est le suicide, mais bon, on ne lui en demandera pas tant.)

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Macron ne peut ni négocier, ni « céder à la rue », ni la faire « rentrer à la niche », mais se croit encore maître de la situation. En attendant qu’il le prouve, la police et les médias matraquent les GJ sous les hourras de l’élite :

twitter-GJ

Au XIXième siècle, l’élite aurait discerné, dans un « mouvement » comme celui-ci, un « esprit » qu’elle aurait qualifié de révolutionnaire, séditieux ou autre, mais néanmoins « esprit ». Laurent Bouvet lui préfère son antichtone psychiatrique rendu célèbre par les nazis : « dégénérés ». On vous laisse apprécier le « progrès ».

Qu’un hôpital puisse servir de « refuge » en a laissé plus d’un interloqués. Mais où sinon ? Sous un abri-bus ?

L’on ne s’attardera pas sur l’aubaine, pour un ministre de l’Intérieur qui veut salir les GJ, d’apprendre qu’ils ont « attaqué » un service de réanimation. Avant de se précipiter devant un micro, il aurait dû y réfléchir à deux fois et se dire : « Trop beau pour être vrai ! »

Que les « merdias » se soient jetés sur l’occasion prouve que l’on aime les scandales, les règles violées, la violence de l’autre camp : tout cela est excitant comme un match grossièrement truqué. [EDIT le 2 juin 2020 : le « buzz » autour de Didier Raoult ne fait pas exception à la règle, il la confirme.] Piquée à vif, la morale entre à son tour en grande colère, et autorise d’utiliser les fautifs comme puching balls.

Les policiers ne reçoivent de soutiens qu’au titre des épreuves endurées, (ce qui est fort légitime), mais jamais pour leur efficacité bien réelle à matraquer, gazer, nasser, faire peur aux manifestants et les obliger à trouver refuge à portée de jambes, refuge où ils seront pourchassés car rien ne doit permettre qu’on échappe à la police. Du reste, pour avoir eu l’outrecuidance d’en trouver un, une trentaine de GJ connaîtront les joies de la GAV.

Contrariante pour la morale, pour la Constitution, pour la démocratie et les pouvoirs dont elle ternit l’image, cette efficacité-là ne peut évidemment pas être revendiquée. Les « merdias » sont obligés de la reléguer dans les coulisses du système, ses « écuries d’Augias » dans lesquelles on n’entre plus à cause de leur saleté.

Témoignage de GJ (extraits) :

« Hier, tout le monde à été attaqué. Je suis arrivé vers 13h30 à Montparnasse et à peine 10 minutes après, j’ai vu les flics fracasser les cortèges pourtant inoffensifs comme celui de Lutte Ouvrière. [Celui de la CGT aussi.] J’ai vu la police noyer de gaz des cortèges syndicaux, toutes matraques sorties. »

« Nous avons eu droit à tout : les CRS, les GM, la BAC, les voltigeurs par groupes de 30/40, les nouvelles équipe d’intervention rapide (les DAR), les canons à eau, les gazs, les flashball, les interpellations préventives et dans les cortèges, les matraques, les grenades de désencerclements, les GLI-F4, les comparutions immédiates. Même des pavés. Tout l’arsenal répressif, comme annoncé depuis le début de semaine. »

« Nous en sommes au point ou étant blessé.e.s par la police, nous hésitons à aller à l’hôpital pour nous faire soigner, craignant d’êtres ensuite fiché.e.s. Nous en sommes au point ou nous avons tou.te.s conscience que d’aller dans la rue, c’est prendre le risque de perdre un œil. »

Macron : parfait parvenu, prétentieux, vulgaire, inculte. Un brillant cerveau dans une cervelle de moineau. Il lui manque de savoir saisir le non-dit et la profondeur des choses. Ne réagit qu’aux faits explicites qu’il comprend trop vite. Son amitié avec Benalla, par exemple, l’empêche de réaliser l’incongruité à voir un « conseiller du Président » faire le coup de main dans la rue. Au lieu d’en concevoir une « immense déception », il lui renouvelle sa confiance.

Quand il lance, depuis le perron de l’Élysée : « Qu’ils viennent me chercher ! », il donne dans la bravache de petit malfrat, en totale opposition avec l’impunité présidentielle qui protège sa dignité, strictement nécessaire à l’exercice de sa fonction.

Ce type que l’on pouvait croire « cultivé » a réagi en « challenge man » à l’incendie de Notre-Dame. Il concentre en lui tout ce que le monde moderne a de plus trivial. Ce n’est pas l’intelligence qui lui fait défaut, mais l’être. Rien ne l’habite sinon un loubard en col blanc plus doué que les autres.

Sous son règne, des journalistes sont convoqués par la DGSI pour quelques papiers gênants : du jamais vu en dépit de tous les scandales qui émaillent la Vième République. Ce type ne respecte vraiment rien.

L’éminent historien, qui déclara sur la Cinq que Macron était en train de « se forger une personnalité politique », formule curieusement neutre, escomptait sans doute des subsides d’une quelconque administration, ce n’est pas possible autrement.

 

 

Publié le 2 juin 2020


 

Illustration : CrimethInc. : site multilingue spécialisé dans les violences policières. L’article en lien est une interview de l’auteur du site Lundimatin.

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