[ripopée] Écuries d’Augias

S’accumule depuis des siècles, dans nos écuries d’Augias, tout le mal fait au nom du bien, le mal comme excrément, c’est-à-dire « nécessaire », « acceptable » et « normal ». Il y a pléthore d’individus dans toutes les couches de la société pour le commettre et l’encourager, et pléthore de « bonnes raisons » pour le justifier : la civilisation, les valeurs, la nation, la morale, le progrès, la raison d’État, le bon sens, la concurrence, l’ordre public, les affaires, la santé et l’emploi.

Plus concrètement, les « excréments » des sociétés industrielles sont : les plastiques, les produits chimiques, et les déchets « non recyclables » en tous genres qui répondent à la loi de la diffusion. L’humanité vit au milieu de ses « excréments », voilà, ce n’est évidemment pas très flatteur.

Le principe de Wittgenstein, selon lequel « ce sont nos comportements à l’égard des choses qui en font ce qu’elles sont », vaut aussi pour le bien et le mal : le premier est ce que l’on peut revendiquer et montrer, le second ce que l’on doit cacher faute de pouvoir le revendiquer. Quand ces règles ne sont plus respectées, les catégories du bien et du mal se confondent dans la sphère publique, ce qui suppose un état de guerre civile, avec un ordre social disloqué ou en voie de l’être.1

Personne n’a (publiquement) estimé qu’il était ignoble de soupçonner des Gilets Jaunes d’avoir « attaqué », (ou seulement visé), un service de réanimation, comme s’ils avaient perdu tout sens moral. Le bruit autour de la « fake news » et « bourde » de Castaner a servi à faire le silence sur ce soupçon, révélateur quant à lui du pourrissement choisi par Macron, et du pourrissement moral des gens au pouvoir, des médias, et autres serviteurs de l’État qui n’ont que leur carrière à défendre : nous sommes au cœur de la société du spectacle, dans la salle des machines avec ses machinistes noirs de cambouis.

Grâce au parti travailliste et à Extinction Rebellion, (dont nous avons dit le plus grand mal), le parlement britannique a déclaré « l’urgence climatique ». Les activistes attendent maintenant ce qui manque depuis le début : des « actions décisives ». Ça ne plaisante pas mais on va bien rigoler.

EDIT le 9 juin 2020 : environ un an après le vote du parlement britannique, c’est rigolo de constater que les « actions décisives » sont toujours attendues, mais sans trop d’impatience face à d’autres urgences : la gestion du coronavirus et du brexit.

Contrairement à ce que nous affirmions, (avec une ironie non dissimulée), la vérité peut donc tenir en deux mots et se proclamer par décret, (« urgence climatique »), exactement comme on signe un chèque. Reste à savoir si le compte est approvisionné.

Question posée sur le site du forum de Davos : « Le capitalisme sera-t-il capable d’enrayer le changement climatique? » C’est tout à fait le genre de questions dont la réponse se trouve dans l’URL du site qui la pose, donc oui, le capitalisme en viendra à bout. Mais pas un capitalisme « livré à lui-même », (dieu quelle horreur!), plutôt un capitalisme piloté par des « États [qui] doivent établir des objectifs juridiquement contraignants » au « bénéfice de tous ». Le capitalisme demande donc aux États la même chose qu’Extinction Rebellion : ça sent l’entourloupe.

Paul Valéry : « Ce qui est simple est toujours faux, ce qui ne l’est pas est inutilisable. » Ces deux propositions sont simples, donc fausses.

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Ce « choix » est simple si l’on veut, mais de cette simplicité que l’on goûte tant chez les militaires.

Nous avons toujours autant de mal à ingurgiter les idées de Vincent Mignerot. Citation extraite de « Quelles actions après les marches pour le climat ? »

« La cause de nos problèmes n’est par exemple ni l’État ni le capitalisme, qui sont des moyens mis en œuvre pour servir la cause réelle de ces problèmes, qui est notre niveau de vie global (le flux d’énergie et de ressources qui traversent nos sociétés), obtenu grâce à ces moyens déployés afin d’optimiser l’exaction écologique dont nous profitons tous. »

L’État et le capitalisme seraient donc des « moyens mis en œuvre » ? Nous pourrions souscrire à la hardiesse du propos à condition de connaître le maître d’ouvrage et de savoir comment il s’y prend pour « servir la cause réelle [des] problèmes ».

État et capitalisme sont les premiers coupables. Le premier pour avoir toujours facilité le développement du second, et celui-ci pour avoir poussé à son paroxysme la production de tout et de n’importe quoi.

La suite est aussi indigeste : « L’État et le capitalisme sont des outils développés à l’échelle de ce que nous les soutenons par nos revenus, (…) » S’il est loisible d’affirmer que l’on « soutient » (malgré soi) le capitalisme dès qu’on achète une livre de beurre, comment peut-il être un « outil développé à [cette] échelle » ?

Il semble, (nous ne pouvons être sûr de rien), que la proposition : « afin d’optimiser l’exaction écologique » doit être comprise comme : « afin d’exploiter au maximum l’environnement sans égard pour les coûts écologiques ». Mais pourquoi ne l’a-t-il pas dit ainsi ? Pour donner l’impression d’être un « penseur » original ?

Après son appel où il demandait « que des décisions politiques drastiques – et contraignantes donc impopulaires – soient prises », Aurélien Barrau a compris que la problématique de la transition écologique, (qu’il voit comme une révolution), doit intégrer la dimension sociale. Nous n’avons plus de reproches à lui faire, ce qui nous laisse tout le loisir d’apprécier sa superbe intelligence et son incomparable élocution, aux antipodes du style de certains. (Dommage qu’il soutienne dans ses conférences la possibilité du « voyage dans le temps », mais bon, la catégorie des amateurs de science comporte la même proportion de crédules idiots que le reste de la population.)

 

 

Publié le 9 juin 2020


 

Illustration : Numista : « 2 pounds Les écuries d’Augias »

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1Même les dictatures respectent ces règles : elles dissimulent leurs méfaits dans des lieux clos, protégés par des dispositifs policiers ou militaires, et arrêtent les opposants selon le droit commun ou par des enlèvements discrets. Elles conservent ainsi à l’ordre public toutes les apparences de la normalité.

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