[Invité] Mur de brume

Joli contrepoint de vue sur « l’effondrement », et excellentes raisons de ne pas se laisser emporter par le catastrophisme. Signé LB.


On fonce dans le mur et on n’y peut rien. C’est un peu la conséquence de penser en termes de méga machine. On n’y peut rien, on vit à l’intérieur et même les grands hommes/femmes n’en changent pas le cours. Vous dites tout cela très bien et c’est très vrai.

Je me perds pourtant un peu à vous suivre dans le raisonnement : « je constate une méga machine, et je cherche pourquoi l’on ne peut pas la diriger » alors que par définition on est dans l’auto-organisation, dans un système complexe. C’est inhumain de suivre la douleur prométhéenne d’une telle question qui serait l’Alpha et l’Oméga pour vivre.

Faisons l’analogie avec notre finitude personnelle. Chacun d’entre nous va mourir, c’est absolument certain, mais seules quelques rares personnes sont totalement abattues et tétanisées par ce constat pourtant d’une force sans égale. Sachant cela, nous bougeons, nous entreprenons, oh, pas toujours des grandes choses, mais des choses utiles, parfois futiles, mais qui nous font plaisir. Et pour certains d’entre nous, les différentes formes de spiritualités, d’amitiés, d’amours, d’arts, nous aident à transformer cette finitude en une sorte de façon de donner un sens nébuleux à notre action, en tenant toujours compte du sens unique mis en place par la mort.

Un point me perturbe doucement mais de plus en plus.

Nous parlons ici d’un mur, un obstacle solide, une frontière nette et définitive sur laquelle nous stopperons net notre course par un choc unique et fatal. Cela ressemble plus à la mort individuelle qu’au long cours d’une société. Cela égare la réflexion de manière importante, et je suis heureux de ne plus penser ainsi, car je serais devenu dépressif, ce que je ne souhaite à personne. Le fameux mur se vivra concrètement plus comme un pourrissement de la situation, sur un temps plus ou moins long et très différencié, par saccades, par pays et par zones, par âges, qu’à un mur, et nous ne savons absolument pas la forme que cela prendra. Rien, nous ne savons rien, nous supposons des choses, nous uniformisons, mais nous ne savons rien de cette déliquescence dans sa multiplicité et sa complexité.

Il est hautement probable que le nombre d’humains baisse fortement, que l’utilisation de l’énergie ralentisse drastiquement, que la technologie change de course et que d’innombrables notions d’appauvrissement apparaissent. Attention à ne pas confondre misère et pauvreté, mais il est certain que la mort jouera le rôle qu’elle a toujours joué pour calmer le jeu en termes de pillage de la planète.

Certains commentateurs décrètent, qu’en dehors de notre situation d’aujourd’hui dans les pays riches, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, et que plus rien ne vaut le coup si notre monstrueuse machine s’arrête. La vie humaine depuis qu’elle existe n’a donc jamais valu la peine. Nos ancêtres lointains, pères, mères, ces moins que rien, n’ont jamais eu des vies qui valaient le coup parce qu’ils ont vécu dans une pauvreté effarante en regard de notre richesse incroyable, surtout celle mesurée par un Pib par habitant !

Alors, oui il y a un mur conceptuel mais c’est un mur de brume, nous entrons dans la brume, nous entrons dans les transformations des modes de vies. A reculons. Alors oui nous allons devoir nous adapter à une redéfinition de la santé, de la durée de vie, des distances, du confort, du savoir, de la communication, du progrès etc. et nous trouverons ça de plus en plus normal, ça aussi c’est certain, nous sommes faits comme ça. Qui ne trouve pas normal que l’eau coule lorsqu’il tourne le robinet ? Qui ? L’inverse sera vrai.

La vie ne s’arrêtera pas. Seuls certains modes de vie vont cesser plus ou moins rapidement.

La notion d’effondrement est terriblement sérieuse mais ce mur de brume doit mener à une réflexion sur ses fondamentaux personnels – j’habite où, je me nourris comment, je fais quel métier, j’apprends quoi à mes enfants, mes finances sont constituées de quoi etc. Et commencer l’adaptation à une transformation à l’œuvre depuis toujours encore et encore, un pas puis un autre puis un autre. Le voyage de mille lieux commence encore et toujours par le premier pas. Cela reste encore vrai et si l’on ne va pas vers la transformation, peu importe, c’est elle qui viendra à nous et ça aussi c’est un fait.

Bon j’arrête ma philosophie à deux balles et je continue ma vie. Pas le choix, mais ce n’est pas pour autant que ce n’est pas bien.

***

Note : OFDLM vous remercie vivement pour votre « philosophie à deux balles ».

Illustration : Wikipédia

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Paris, le 23 mai 2021

2 commentaires sur “[Invité] Mur de brume

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  1. Didier Mermin puis Yoananda, ben ça fait beaucoup d’un coup. Je suis touché que vous trouviez ces réflexions correctes, rationnelles, humaines trop humaines mais bien dans la ligne de ce que l’on constate en ligne avec « le » Meadows. Merci pour cet espace d’intelligence rare.

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