Néonazisme ukrainien et spirale des sanctions

Ignorer le néonazisme ukrainien pour mieux condamner l’agression russe. 


Poutine est devenu indéfendable. Son invasion de l’Ukraine viole et piétine le droit international, et justifie a posteriori tout ce que l’on a raconté sur lui et les dictatures. Il est sincère quand il évoque les néonazis, cela se mesure à l’insistance louche du camp occidental pour en nier l’importance, mais il n’est pas crédible. Contrairement aux Russes et aux communistes, les occidentaux n’ont jamais eu de haine pour les néonazis, ils s’en accommodent fort bien tant qu’ils restent discrets. Nos vertueuses démocraties, toutes enrôlées sous la bannière américaine, ne connaissent que la haine du communisme, parce qu’il a le gros défaut de prêcher la primauté du peuple sur l’individu, non celle d’une classe sociale sur les autres. Ce clivage fondamental explique que les Américains, quand ils y trouvent leur intérêt, ne se privent pas de collaborer avec des extrémistes de droite, même néonazis ou islamistes.

Il n’y a visiblement pas de néonazis en Ukraine, c’est certain.1 Il serait invraisemblable qu’une démocratie aussi honorable, candidate à l’Union Européenne et à l’OTAN, engagée depuis une décennie dans un bras de fer contre l’impérialisme et l’oppression russes, donc pour « nos libertés » en quelque sorte 🤣, il serait invraisemblable qu’une telle démocratie tolère des néonazis dans ses rangs. Cependant, tout le monde admet que le fameux bataillon Azov, et quelques autres du même acabit, sont ouvertement néonazis, et qu’ils ont été intégrés à la Garde nationale de l’Ukraine, mais il faudrait croire qu’ils ont été dénazifiés ? Sur le papier oui, sans aucun doute, mais l’on ne nous fera pas avaler qu’ils ont réellement changé. Malheureusement pour Poutine, c’est la version papier qui fait foi, car ce sont les Occidentaux qui tiennent la plume.

Donc pas de néonazis en Ukraine, mais quand même une certaine indulgence à leur égard. En décembre 2015, l’ONU avait adopté une résolution :

« contre la glorification du nazisme, et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance ».

contre-glorification-du-nazisme

Elle n’avait pas fait grand bruit. Selon Sputnik, (qui n’a pas été seul à en parler, les communistes l’ont fait aussi), les vertueuses démocraties européennes se sont abstenues, et quatre pays ont voté contre. D’une part le Palaos, (c’est un pays ça, le Palaos ? Démographie : 21.000 habitants…), d’autre part les États-Unis, l’Ukraine et le Canada.2 Tiens tiens, comme par hasard… Et qui avait proposé cette résolution ? La Russie ! Tiens tiens, comme par hasard… Cela montre bien que les Occidentaux font tout pour glisser les néonazis sous le tapis et prétendre que ce n’est pas un problème. Olivier Berruyer est revenu récemment sur ce curieux vote, mais à quoi bon ? Contester le consensus occidental revient à dire que la Terre est plate.

Le néonazisme est pourtant bien vivace en Ukraine. Le 1er janvier 2022, (on ne peut pas dire que c’est de l’histoire ancienne), des milliers de « sympathisants néonazis » ont défilé aux flambeaux pour honorer l’anniversaire de Stephan Bandera, leur héros. L’ambassadeur d’Israël en Ukraine a dénoncé cette manifestation, puis I24NEWS, une chaîne internationale israélienne, a reproché à la Russie d’instrumentaliser le tweet de l’ambassadeur, avec cet argument qui en dit long :

« Le ministère des Affaires étrangères d’Israël a répondu dans un communiqué, en expliquant que la condamnation de la manifestation de samedi n’avait rien à voir avec les tensions entre l’Ukraine et la Russie. »

Autrement dit, Israël est à l’unisson des pays occidentaux pour nier le rôle des néonazis, ce qui est évidemment le point crucial de toute l’histoire, mais il va plus loin en précisant :

qu’« Israël ne demande pas à savoir qui organise les manifestations. S’il s’agit d’une marche antisémite, ou glorifiant des antisémites, il est de notre devoir de réagir. Nos valeurs sont claires sur la question. »

Cela signifie qu’Israël se fiche de savoir s’il y a ou non des néonazis en Ukraine. C’est bien sûr pour ce pays, comme pour toutes les démocraties, une façon un tantinet hypocrite de concilier les « valeurs » avec les intérêts. Finalement, après le refrain : « l’OTAN ne menace pas la Russie, quelle drôle d’idée ! », les Occidentaux dénient à « Poutine » toute raison de toucher à l’Ukraine, de sorte que, s’il le fait, il se retrouve seul coupable.

***

C’est là que les choses commencent à devenir intéressantes pour les Occidentaux car, dès lors qu’ils tiennent LE coupable, rien ni personne ne peut plus s’opposer à sa condamnation. C’est pourquoi l’on assiste à un déluge de sanctions qui fait dire à l’auteur de « Chroniques du grand jeu » :

« Cette relative tranquillité internationale [la planète n’est pas unanime] contraste de manière frappante avec l’agitation qui s’est emparée de l’Occident, lancé dans un véritable concours Lépine de qui proposera la sanction la plus dure, la plus définitive. La plus suicidaire aussi si l’on en croit les prévisions apocalyptiques du monde financier concernant la facture énergétique que l’UE aura à payer cette année : 1 200 milliards de dollars, qui dit mieux ? »3

Que « Poutine » doive être sanctionné, c’est évident, mais jusqu’à quel point ? La question mérite d’être posée car il y a selon nous quelque chose de plus grave que les sanctions elles-mêmes : c’est la dynamique d’un phénomène fondé sur la morale et qui pousse toujours plus d’acteurs à condamner la Russie. Quelques indices de cette dynamique :

  • Alors que le secteur des hydrocarbures devait être épargné, (selon les premières annonces), TotalEnergies décide de stopper ses investissements, sans toutefois renoncer à ceux déjà faits, mais d’autres entreprises annoncent se désengager.
  • Selon le même article, Bruno Lemaire a déclaré sur FranceInfo qu’il y a « un problème de principe à travailler avec toute personnalité politique ou économique proche du pouvoir russe » : c’est bien la morale qui se trouve « activée », et si pour l’heure elle ne vise que les proches, le cercle risque fort de s’élargir.
  • Le chef d’orchestre Valery Gergiev, « proche de Poutine » et « soutien du régime », s’est fait bannir.
  • Les fédérations sportives emboîtent le pas du CIO et de la FIFA. Le sport se retrouve engagé dans ce conflit en tant que vitrine (théorique) de la vertu.
  • Bruno Lemaire affiche l’intention de l’Occident de « provoquer l’effondrement de l’économie russe », et annonce une « guerre économique et financière totale à la Russie ». Il a dit regretter ces termes, mais il faut être naïf pour croire qu’ils n’exprimaient pas le fond de sa pensée.
  • Après plusieurs jours d’hésitation, la Turquie a finalement interdit le passage de ses détroits aux navires de guerre. C’est son droit, mais il paraît qu’elle risque gros. La neutralité exigeait qu’elle ne touche à rien.
  • Les Occidentaux sont décidés à aider militairement l’Ukraine, donc à faire ce qu’il faut pour que le conflit s’éternise, et avec lui les raisons de couper les ponts avec la Russie. Car si des dégâts collatéraux sont bien sûr anticipés, ce n’est pas par souci humanitaire : on attend d’eux qu’ils accablent « Poutine ». Dans cette brève vidéo, les Russes accusent déjà les Ukrainiens d’installer de l’armement dans des zones résidentielles : pas étonnant que « les civils » soient terrifiés.4 (Sans compter qu’en leur distribuant des armes, les familles qui n’auront pas pu s’enfuir vont se retrouver au beau milieu des combats de rue – si combats il y a…)
  • Les gens qui voient les choses différemment se font traiter d’imposteurs sur Le Monde : les voix discordantes vont devoir se tairrer.

Tout cela nous fait dire qu’une spirale infernale a été déclenchée : au départ les sanctions sont légitimes, mais c’est la légitimité de tout le commerce avec la Russie qui risque fort de s’évanouir dans l’opération. On en viendra à dire que : « Commercer avec la Russie, c’est l’aider à faire la guerre. » Déjà, dans cet article sur l’énergie, Futura Sciences cite un chercheur : « Aujourd’hui, consommer du gaz russe, c’est un peu financer l’invasion de l’Ukraine. » Et un autre article du même site nous apprend qu’Apple va cesser de vendre des appareils physiques en Russie. Alors, si chacun y va de sa petite sanction pour garder les mains propres et jouer les braves, mais sans égard pour leurs effets cumulatifs, que va-t-il advenir de la Russie ? Personne n’en sait rien, mais l’on devine que beaucoup de gens ne seraient pas mécontents qu’elle revienne à l’état où « Poutine » l’avait trouvée au 1er janvier 2000. Et vous connaissez le proverbe, l’occasion fait le larron.

Pour ne rien arranger, l’ONU vient de voter en Assemblée Générale une résolution condamnant l’agression. Selon Biden :

« Une immense majorité des nations reconnaissent que Poutine n’attaque pas seulement l’Ukraine, mais également les fondements mêmes de la paix et de la sécurité dans le monde. »5

Ce n’est pas faux, mais cela questionne l’articulation de « nos valeurs » universelles avec des réalités qui, elles, le sont beaucoup moins. Si les premières sont aussi légitimes qu’on le dit, est-on en droit d’ignorer le néonazisme ukrainien ?

Paris, le 3 mars 2022

1 « Il n’y a visiblement pas de néonazis en Ukraine » : clin d’œil à un internaute tout fier d’être allé en Ukraine et d’avoir constaté qu’on n’y voyait pas de néonazis dans les rues…

2 Seul Sputnik a annoncé 4 votes contre, tous les autres disent qu’il n’y en a eu que 2 : les États-Unis et l’Ukraine.

3 Citation extraite d’un billet sur le blog du Yéti, non sur le blog personnel de l’auteur.

4 Dans cet autre article de « Chroniques du grand jeu » sur le blog du Yéti, on trouve une vidéo où l’on peut voir un « hélicoptère qui détruit “en direct” un Buk ukrainien sur une autoroute juste à côté d’automobilistes continuant tranquillement à rouler… »

5 La dernière citation a disparu de l’article du Monde, suite à une mise à jour. Elle subsiste peut-être aux yeux des abonnés.


Illustration : I24NEWS : « La Russie instrumentalise le tweet de l’ambassade d’Israël condamnant une manifestation néo-nazie en Ukraine »

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16 commentaires sur “Néonazisme ukrainien et spirale des sanctions

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  1. pas moins nazi que le bataillon Azov : le groupe Wagner : armée de mercenaires « travaillant » pour Poutine : opacité, crime, et impunité. Est-on est gouverné par des marchands d’armes et de ressouces energetiques ? Des dirigeants qui pietinent leurs peuples au nom de leurs profits et de leur hegemonie ?
    Pays 1er marchands d’armes : Etats Unis, 2 ) Russie, 3) France, 4 ) Allemagne
    Pays 1er producteurs d’hydrocarbures : Etats-unis, 2) Arabie saoudite , 3) Russie ? J’espere me tromper…

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  2. mon questionnement est primaire , voire pueril et pessimiste : mais vous êtes si indulgent..
    Que represente la population Ukrainiene pour les dirigeants des grandes puissances face aux interêts de l’energie, et aux volontés hegemoniques ?
    L’Ukraine paye-t-elle le prix de la guerre des hydrocarbures  aussi ? : multinationales de l’energie (gaz/petrole) americaines et russes ?(gaz sale americain : gaz de schiste et sables bitumineux canadiens) contre gaz Russe ?)
    (quasiment toutes les regions qui regorgent de ressources minieres sont des zones de guerre (a part le pétrole Kurde et les ressources ethiopiennes)
    est-ce l’ancien bloc sovietique qui ne veux pas voir ses anciens pays satellites tous dans le giron de l’OTAN ?
    est-ce les americains qui ne veulent ni une Europe forte ni une armée Europeene, ? Ou Poutine qui ne veut pas de missiles americains en Europe, et surtout pas a sa porte ? Quid du Peuple Russe dont la liberte d’expression est bafouée, l’ Ukraine a 100 % dependante du gaz Russe ? des peuples victimes de la volonte de puissance de leurs dirigeants…merci, elisa

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    1. Il y a longtemps que le fait d’être juif, (comme le revendique Zelensky), n’est plus un gage d’anti-antisémitisme ou d’antinazisme. Mais bon, le dire n’est pas très politiquement correcte, donc je ne serai pas catégorique.

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  3. Voyons les choses de manière positive et rassurons-nous: une escalade hasardeuse – et la destruction de l’Europe et de la Russie par de multiples bombes nucléaires- semble être l’unique scénario permettant d’espérer une vie humaine sur cette planète en 3022.

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  4. Bonjour.
    J’adore votre article tout en double sens.

    C’est quand-même terrible de devoir allez piocher dans le média du ccp chinois (gl*bal times) pour trouver un media officiel pondéré et appelant à la désescalade.

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    1. Lisez la presse américaine: WSJ, Newsweek, Washington Post. Elle n’appelle pas à la guerre. Je suis sérieux.On y reçoit meme les « réalistes. »

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  5. C’est le petit bout de la lorgnette. On fait moins le tri que pour rentrer à Saint-Cyr dans les moments d’urgence. La Resistance a accepté des truands (Pierrot LE Fou) et la Carlingue aussi (Lafon). De Gaulle avait des gangsters dans le SAC son service d’ordres parce qu’il ne pouvait plus faire confiance aux militaires après l’OAS. L’Ukraine n’a plus beaucoup d’Etat ni d’armées en 2014. Qui peut-elle utiliser pour récupérer une province séparatiste? Qui sont les volontaires? Avoir plus d’extrémistes dans ce genre de sections arrive naturellement. Les propos de Timochenko en 2015, president de l’Ukraine et plusieurs autres sur les habitants des provinces de l’Est qui « ne servent a rien » sont en fait beaucoup plus « problématiques » que d’avoir quelques volontaires locaux avec une crampe au bras droit. Parce qu’on parle du sommet de l’état. Une part des ukrainiens n’est pas contre un nettoyage ethnique de l’est, pour se débarrasser de la cinquième colonne qui vend le pays à la Russie.

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    1. D’accord avec vous pour le côté pragmatique des choses, (SAC de de Gaulle, etc.), mais un peu moins quand vous dites que certaines déclarations au niveau de l’Etat serait « beaucoup plus problématiques ». Je les prend plutôt comme un symptôme : si tel dirigeant se permet de dire tel truc plus ou moins scandaleux, c’est parce qu’il sait que ses électeurs apprécieront. Fort logiquement, plus il y a de gens, dans la population, qui sont adeptes d’une idéologie, par exemple le nazisme, plus il y a des chances pour qu’un dirigeant fasse des déclarations pro-nazies.

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