26 juin 2026 – 850 mots
Analyse, (par un pro-ukrainien), du faux debunkage d’une fake news soi-disant russe, ce qui conduit à penser que le projectile qui a touché la prestigieuse laure de Kiev pourrait être ukrainien.
Dans la nuit du 14 au 15 juin 2026, la laure de Kiev, un édifice monastique aussi précieux pour les Ukrainiens que Notre-Dame de Paris pour les Français, s’est faite bombardée par les Russes et s’est retrouvée en flammes. La nouvelle a fait aussitôt le tour des réseaux sociaux. Je l’ai découverte sur Facebook par un post daté du 15 à 8h51, et j’ai été scandalisé de voir que Poutine avait visé un joyaux de la culture ukrainienne, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. J’ai donc partagé le post sans vérification parce qu’il me venait d’une amie fiable : il ne pouvait pas s’agir d’une grossière fake news, ça se voyait aux nombreuses images qui l’accompagnaient et à la qualité de ses explications.
L’histoire en serait restée là si Facebook, avec ses merveilleux algorithmes, ne l’avait pas relancée d’une bien étrange manière : ce matin, soit onze jours après que j’eus partagé cette info que personne ne conteste, il m’apprend que le post contient des images faites par IA, il me donne un lien vers le site de la succursale tchèque de l’AFP qui explique tout, et me met en garde : j’ai relayé une fake news, c’est très vilain de ma part, j’ai intérêt à ne pas recommencer, sinon gare, mon compte pourrait en subir des conséquences fâcheuses. Ensuite, il m’a fallu deux bonnes heures pour comprendre de quoi il était question, parce que ces posts sont tous tellement indigents qu’on n’y comprend rien.
J’ai donc fini par comprendre que les Russes avaient monté une fake news pour accuser les Ukrainiens d’avoir eux-mêmes bombardé la laure de Kiev, et qu’ils [les Russes] avaient produit des images par IA afin de le « prouver ». Et il se trouve, que parmi la petite dizaine d’images qui faisaient partie du post que j’avais partagé, deux étaient attribuées aux auteurs de cette fake news : comment s’étaient-elles retrouvées dans un post d’une militante pro-ukrainienne qui ne cherchait nullement à la créditer, et qui n’évoquait même pas son existence ? Et quelques heures seulement après l’événement ?
Maintenant, pour y voir moins clair, il s’agit de comprendre comment la fake news des Russes est censée fonctionner. Cela n’a rien d’évident car elle ne comporte que deux images en guise de « preuve » : ces images montrent deux personnes armées de matériel photographique et postées sur un toit à proximité de l’édifice. La première nous les montre avant l’attaque, pendant qu’elles préparent leur matériel, la seconde en train de filmer l’incendie. Il est donc « évident » que ces deux personnes savaient que la laure de Kief allait se faire bombarder, n’est-ce pas ? C’est exactement ce qu’affirme l’article de l’AFP tchèque1 :
« L’AFP a analysé des images qui prouveraient que certains photographes à Kyiv étaient préparés à l’attaque. »
C’est évidemment ce que la fake news est censée nous faire croire, mais dans une ville comme Kiev qui se fait bombarder toutes les nuits, il est certainement banal que des photographes s’installent toutes les nuits sur des toits pour profiter d’une vue panoramique. Donc, qu’elles aient ou non été faites par IA, ces deux images ne prouvent rien, elles ne prouvent pas que les Ukrainiens auraient sciemment bombardé leur précieux monument. Et si c’était effectivement une preuve, alors elle serait hallucinante pour ce qu’elle impliquerait, à savoir : primo, que le gouvernement ukrainien aurait planifié le bombardement d’un joyau architectural et religieux ; secundo, qu’il aurait posté deux photographes sur un toit pour… Mais pour quoi au juste ? Mystère, le debunkage ne s’aventure pas à nous l’expliquer, et les lecteurs, qui ne sont pas bêtes, comblent d’eux-mêmes cette lacune sans se rendre compte que grosse lacune il y a.
Quelque chose ne colle pas entre le primo et le secundo : si la fake news est d’origine russe, comment ont-ils pu la produire quelques heures après le bombardement, et pourquoi seraient-ils allés si vite en besogne ? La fabrication de fausses preuves pour accuser Zelensky aurait pu attendre au moins une journée. J’ai ma petite explication : cette fake news n’a jamais existé. Selon les Russes, le monument aurait été accidentellement touché par un missile anti-missile Patriot, mais personne ne les croit, évidemment. Mais pour les Ukrainiens, si c’est vrai, alors c’est une énorme boulette qu’il faut cacher au plus vite ! Il leur fallait réagir immédiatement : ils ont donc inventé de A à Z une fake news russe qui n’existait pas afin de faire croire à son existence. Et le meilleur moyen de faire croire à l’existence d’une fake news qui n’existe pas, c’est de lui inventer des « preuves » bidon et de la debunker. La logique de cette ruse est la suivante : les Russes cherchent à accuser Kiev comme ils le font d’habitude : ils mentent et fabriquent de fausses preuves, donc c’est bien un missile (ou un drone) russe qui est la cause du bombardement. Pas un Patriot, surtout pas un Patriot. On peut le dire plus brièvement : une fausse preuve que c’est Kiev « prouve » que ce n’est pas Kiev…
1 Le navigateur de Microsoft propose une excellentd traduction de l’article de l’AFP tchèque.
Illustration : Wikipédia : Laure des Grottes de Kiev
Permalien : https://onfoncedanslemur.wordpress.com/2026/06/26/kiev-a-t-il-bombarde-la-laure-de-kiev/
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