Les climato-réalistes

La voix des « climato-sceptiques » n’est pas tout à fait étouffée : elle trouve à l’occasion un « plateau télé » sur lequel se faire entendre, comme nous l’apprend ce billet du site Contrepoints : « Les « climato-réalistes » enfin écoutés ? » Ils se sont rebaptisés ainsi, « climato-réalistes », pour se dorer le blason, l’on comprend bien que ça passe mieux que « climato-négationistes » par exemple… Ils méritent d’être écoutés, en effet, pour trois raisons principales :

  • De l’aveu-même de l’auteur du billet cité, un certain Benoît Rittaud, les personnalités connues de ce « courant » se comptent sur les doigts de la main : « Sauf erreur, avant Alain Madelin il n’y avait eu que Claude Allègre et Nicolas Sarkozy. » Trois récalcitrants qui font penser au charme désuet des amateurs de spiritisme, vous savez, les tables tournantes, « esprit es-tu là », ce genre de choses…

  • Ils sont rigolos et leurs théories faciles à démolir, donc pourquoi se priver ?

  • Leurs idées de base sont archi-fausses : et ça, l’on n’apprécie pas du tout.

Alain Madelin

Les partisans d’une économie libérale, la moins dirigée possible, voire pas dirigée du tout, sans code du travail si possible, sont évidemment embarrassés par le réchauffement climatique, car, s’il est avéré, les conséquences néfastes qui en découlent, et qui sont bien connues, imposent un minimum de « sobriété » économique, donc un minimum de dirigisme. L’économie libérale étant supposée faire le bonheur du genre humain, ils ne peuvent admettre qu’elle puisse nuire à l’environnement, et ruiner le bonheur promis. Or, Madelin est un libéral convaincu. L’on ne s’étonne pas de le voir opter pour le « climato-réalisme » sur le plateau de BFMTV.

Mais ce n’est pas un bon accusé : il nie tout en bloc, et en vrac, sans faire dans la dentelle.

Benoît Rittaud

Ce superbe inconnu est nettement plus roublard. Devant Pujadas qui l’interroge avec complaisance dans son émission « L’info en questions », à la minute 36’18, il commence par dire que : « on ne vit pas un épisode si remarquable », ce qui est très vrai, aucun scientifique n’affirme que ce serait le premier. L’histoire longue du climat, sur des millions d’années, révèle de nombreuses fluctuations aussi importantes.

Problème : l’épisode actuel est remarquable car son commencement coïncide avec le début de l’industrie. Contrairement à tous ceux qui l’on précédés, il est d’origine anthropique, donc avec des causes différentes qui annoncent des conséquences différentes, entre autres sa célérité. Les phénomènes cycliques, qui avaient donné lieu à des réchauffements et des refroidissements, (Cf. « Petits ruisseaux et grandes rivières »), ne joueront pas comme jadis : d’autres interviendront, dont certains sont déjà identifiés, mais l’on en verra probablement apparaître d’inattendus.

L’inadmissible mensonge

A la minute 40, il déclare : « ce n’est pas la première fois que l’on voit ce genre d’aveuglement dans la science, où l’on peut avoir des effets de groupe, des effets sociologiques, (…), on peut parfois se tromper collectivement, et la science, quoiqu’il en soit, n’est pas quelque chose qui fonctionne sur le consensus »

L’assertion (mise en gras) est absolument intolérable : c’est un mensonge éhonté. Précisément parce que la science ne fonctionne qu’au consensus. Quelques secondes après, il va plus loin en affirmant : « comme aujourd’hui effectivement il y a la vocation du consensus, c’est la marque du militantisme ou d’une politique contre la science ». Donc, non seulement il ne reconnaît pas dans le consensus le mode de fonctionnement de la science, il en fait de surcroît la « preuve » de la non-scientificité du discours scientifique.

Alors expliquons en quoi consiste le consensus scientifique. Son existence n’implique nullement que les scientifiques d’un domaine donné soient d’accord entre eux. Il n’implique pas non plus de vérité définitive sur laquelle la communauté scientifique (d’un domaine) aurait arrêté son choix. Mais prenons un exemple : la physique quantique, celle qui régit le comportement des corpuscules qui se présentent à la fois de façon ponctuelle et comme des ondes. N’ayant toujours pas été prise en défaut après plus d’un siècle d’existence, elle fait évidemment l’objet d’un consensus. Mais sa logique heurtant le sens commun, et même la théorie de la relativité d’Einstein, son interprétation, (c’est-à-dire sa compréhension en langue vernaculaire), fait toujours débat. Cependant, les scientifiques ayant besoin d’un consensus, ils ont décidé qu’une certaine interprétation, celle dite de Copenhague et aucune autre, représenterait le consensus.

Ce faisant, les débats restent ouverts, de nouvelles interprétations sont parfois proposées et publiées, et aucun scientifique sérieux ne prétendra que l’interprétation de Copenhague est LA vérité : ce n’est qu’une vérité, celle à laquelle la communauté scientifique est parvenue, (avec beaucoup de difficultés), et les scientifiques ne demandent pas mieux qu’elle soit remise en cause : pour eux, ce serait même palpitant. Mais à une condition : que la remise en cause soit sérieuse. Ils ne vont pas baver devant le premier rigolo venu, même s’il leur arrive parfois de s’emballer un peu trop vite pour une nouveauté à laquelle ils doivent ensuite renoncer.

Quand une théorie fait consensus, cela signifie simplement que les scientifiques sont d’accord pour affirmer que c’est « la vérité la plus probable » dans l’état actuel de leurs connaissances. Ou, si l’on préfère, la meilleure façon (éprouvée) d’expliquer des phénomènes, même si certains faits restent inexpliqués. Le consensus exprime une vérité temporaire qui peut à tout moment être modifiée par des découvertes, et qui, surtout, est impersonnelle : elle ne dépend pas de l’opinion personnelle des chercheurs, elle résulte d’une « décision collective » où seuls les preuves et les raisonnements étaient déterminants lors de sa mise au point.

Prétendre que le consensus scientifique serait « la marque du militantisme ou d’une politique contre la science » est une quasi insulte aux scientifiques : ils n’ont pas besoin de ça pour être mis en défaut, car ce ne sont pas non plus des anges, surtout dans le système ultra-compétitif auquel ils sont soumis. Il est certain que le consensus est difficile à bouger, et qu’il est plus facile de décrocher un financement pour des recherches qui iront dans le sens du réchauffement que d’un refroidissement, mais ce n’est pas avec un énorme mensonge que l’on peut dénoncer cet état de fait.

Si les « climato-réalistes » pouvaient produire ne serait-ce qu’un calcul, « à la louche » mais sérieux, nul doute qu’ils seraient écoutés des scientifiques du GIEC. Seulement voilà : Madelin et le sieur Benoît Rittaud n’en ont aucun dans leur manche. Ils peuvent bien invoquer tous les phénomènes qu’ils veulent, (au demeurant bien connus), aucun n’est à l’échelle des gigantesques gigatonnes de CO2 larguées dans l’atmosphère depuis 1850.

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Illustration : dessin de Plantu trouvé sur bruno-b.blogspot.fr : qui n’est pas « climato-réaliste » mais qui en parle.

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