Réfutation de l’hoax de Ronald Bernard

Avertissement : le sujet traité ici m’écœure et ne m’intéresse pas du tout, mais je suis encore plus écœuré par les braves gens qui croient connaître mieux que vous la sordide réalité du monde, et vont massivement partager cette fucking vidéo en se croyant moraux et bienfaisants, alors qu’ils sont responsables, pour n’avoir rien vérifié ni analysé, de la propagation d’un mensonge abjecte.


Critiquer une vidéo qui relève du pur complotisme ne présente aucun intérêt, mais celle que je vais décortiquer est abjecte car, selon mon analyse, elle peut se lire comme un fantasme de pédophile. Il s’agit du témoignage d’un certain Ronald Bernard qui aurait été trafiquant de haut vol d’argent sale, et témoin d’une messe satanique au cours de laquelle des enfants auraient été « sacrifiés ». Voici cette vidéo mais, avant de la visionner, je recommande de lire au moins le début de ma critique, surtout si vous n’êtes pas sûr(e) de maîtriser vos émotions.

Chantage à la morale

La nouvelle fracassante arrive après 25 minutes d’une histoire bien lisse, et se trouve précédée d’un moment de sincère et forte émotion où le narrateur se retient de pleurer. Quand on n’a pas été averti, (mais préparé comme un rôti par ces 25 minutes), c’est un coup de poing dans la figure, ça brasse fort. L’on se retrouve témoin par délégation de ce que le narrateur prétend avoir vécu, et la conscience en devient poisseuse. Pour ne pas se sentir complice de ces criminels, l’on est poussé à avaler toute la fable, à partager ce scandale à l’ignominie indépassable, et donc à refiler le bébé à d’autres pour se soulager la conscience. C’est du « chantage à la morale » : ne pas faire connaître un crime, c’est choisir le camp des criminels et s’en rendre complice.

L’on saisit facilement que « le sacrifice d’enfants » au cours d’une messe noire réalise la quintessence du Mal, parce que l’on ne connaît rien de plus antagonique que la majesté d’une cérémonie et le meurtre d’enfants. L’on ne peut être que scandalisé à l’idée qu’il existe des gens pouvant s’offrir un tel luxe dans la débauche, un tel raffinement de cruauté et de cynisme, une sorte d’accomplissement réservé à l’élite de l’élite, une « récompense ultime », la plus haute qui soit car la plus impensable pour le commun des mortels. Pendant que l’on ploie sous le fardeau d’une existence misérable mais respectueuse des normes, « les grands de ce monde » portent leur perversion à des sommets inimaginables.

Immonde saloperie

Cette vidéo est une immonde saloperie car elle ne porte aucun fait réel à notre connaissance, seulement le témoignage inventé d’un sale type qui veut se rendre célèbre en jouant au chevalier blanc. Le reportage d’Elise Lucet, diffusé sur France 3 en 1999, a révélé que des pédophiles se livrent à des mises en scène sataniques, mais la journaliste rend tangible avec moult détails le caractère sordide et repoussant des faits. Rien de tel dans cette vidéo où aucun détail n’est donné : pour accepter son discours qui semble concret, (mais qui ne l’est pas du tout), le spectateur doit combler les manques par son imagination, et résister à la tentation d’en jouir secrètement. On le sollicite pour participer, d’une part, à une fable créée de toutes pièces, d’autre part au mal absolu qu’elle prétend dénoncer mais qu’elle exploite pour susciter des émotions. L’innocente et louable intention moralisatrice sert de paravent pour s’autoriser à regarder le mal en face, sans aucun recul, comme si l’on était sur la scène du crime : choqué sans doute, mais diablement excité, c’est le cas de le dire.

Cette vidéo est ignoble aussi pour sa méthode subtile et réussie, le narrateur jouant à la perfection son rôle de témoin. Il semble en effet que tout ce qu’il raconte est réel, alors qu’il déroule son baratin d’une façon très particulière : il enchaîne « les faits », (ce qui en tient lieu pour l’auditeur non averti), de sorte qu’ils se confortent logiquement les uns et les autres, c’est-à-dire qu’ils se justifient mutuellement, mais aucun détail n’est donné qui permettrait de vérifier leur historicité. Les rares qu’il fournit sont des clichés, notamment celui « des femmes nues » des messes sataniques. Il a construit un château de cartes où chacune tient debout en s’appuyant sur ses voisines, mais il n’y a pas à souffler bien fort pour faire s’écrouler l’ensemble. Le narrateur ne dit rien des « messes sataniques » ni des « sacrifices d’enfants », il raconte seulement son parcours (supposé) « dans la finance », un parcours dépourvus de noms, et dont « les faits » remontent à des époques inconnues. Tout cela en fait un fantasme déconnecté de la réalité, et probablement l’œuvre d’un menteur mégalomane.

The International Tribunal for Natural Justice

La notoriété de Ronald Bernard doit beaucoup à son témoignage devant l’International Tribunal for Natural Justice, (ITNC), une entité qui s’est donnée toutes les apparences d’une institution officielle, mais dont le titre à lui seul attire la suspicion, parce que la « justice naturelle », ça n’existe pas.

Ces braves gens ont une « vision » idyllique du monde, qu’on en juge :

« Un monde dans lequel la Terre est honorée ; la Vérité est dite ; l’Amour est la base de toute action ; et la Justice est une fonction organique et auto-réalisatrice du respect de la loi naturelle. »

Chacun peut comprendre à sa manière ce que peut être cette « loi naturelle » sortie de nulle part, et comment elle peut « s’auto-réaliser » : du point de vue des pédophiles, c’est un laisser-passer pour leurs désirs et leurs pulsions. Et que peut bien signifier cette locution jamais vue : « la Terre est honorée » ? Par qui ? Par quoi ? (Je vous laisse l’imaginer.) Et l’on peut se demander ce que vise cette « justice » fondée sur « la nature », quand on sait que les atrocités en question peuvent être imputées à « la nature » des hommes…

Ignorant tout de l’ITNC, je la vois comme une espèce d’ONG, peut-être toute récente, créée et financée par on ne sait qui, et qui pourrait aussi bien servir de couverture à un réseau pédophile international. On n’en sait rien, certes, mais puisque le pire existe, (c’est la grande leçon de la vidéo), et que les pédophiles sont de grands pervers, (le plaisir de la perversion est de jouir d’une excellente réputation en s’adonnant aux pires atrocités), l’on ne peut pas exclure l’hypothèse d’un faux nez. Quoi qu’il en soit, cette pseudo-institution officielle autorise tous les copinages, et l’on soupçonne que Ronald Bernard a été « invité » en pleine connaissance de cause.

Le personnage Ronald Bernard

Sa page Facebook créée en février 2019 ne donne aucun détail sur sa carrière, il a seulement posté des trucs qui vont dans le sens de l’ITNC, (amour, paix et vérité), ou qui touchent les thèmes favoris des complotistes : les vaccins, le « grand reset », le réchauffement climatique = fake, et un truc sur l’immanquable 5G. Toute son histoire est donc dans la vidéo citée en introduction, (mais qui est du même tonneau que son « témoignage devant l’ITNC »).

Son parcours est celui d’un entrepreneur brillant et ambitieux, qui entre « dans la finance » par la petite porte, mais se fait vite « remarquer » pour son sérieux et ses compétences. Il a mis sa « conscience au congélateur par -100° », et s’est impliqué de plus en plus dans l’argent sale, jusqu’au moment où il lui fut demandé de procéder au « sacrifice » d’un enfant. N’ayant pu se résoudre à accomplir un tel acte, il connaîtra ensuite une véritable « descente aux enfers ». Il va commencer par refuser des missions, et cela lui fera perdre peu à peu la confiance de ses commanditaires, alors que cette confiance avait été le maître-mot de sa réussite. Il finira par faire un « burn-out », se retrouvera à l’hôpital, frôlera la mort, aura une expérience de mort imminente, (à 34’58, tout ce qui lui arrive est exceptionnel), puis se fera enlever et torturer par ses anciens clients (36’15). (Qui le relâcheront sans toucher à sa figure de séminariste, le monde est bien fait.)

Les éléments qui étayent ce personnage de « financier sulfureux », puis repentant, sont pour le moins légers. Aucune anecdote ne vient soutenir son ascension, rien n’indique son niveau intellectuel, il parle seulement de « ses collaborateurs » comme s’il avait monté sa propre PME ou acheté celle d’un autre. En revanche, il insiste lourdement sur ses performances, son sérieux, la confiance qu’il inspirait, sa vision d’ensemble, (on imagine le type jouant avec maestria de tous les claviers), sa rigueur et sa capacité à prendre en compte le moindre détail pour éviter la moindre erreur. Tout cela est qualitatif, et ne prouve strictement rien, le premier clampin venu peut imaginer un tel personnage dans un atelier d’écriture. Dans la réalité, personne ne raconte sa vie sans citer la moindre anecdote, c’est impossible, parce que cela oblige à plonger dans ses souvenirs, et les souvenirs ne contiennent rien d’autre. A la minute 3’57, le seul moment où il évoque son enfance, on a :

« – Que voulez-vous dire par là, vous avez grandi dans une famille sans amour ? – Ma mère a toujours fait de son mieux pour que nous nous sentions aimés. Mais elle était constamment gênée par le comportement de mon père, et nous nous sentions sans arrêt en conflit les uns avec les autres. »

Citer le comportement du père sans le caractériser ouvre un grand trou, car sa phrase permet de tout imaginer. Était-il coureur de jupons ? Joueur compulsif ? Trop sévère ? Alcoolique ? Pédophile ? On voit bien que ce grand trou ne colle pas avec la situation : il évoque son enfance pour s’expliquer, mais de cette enfance il ne peut rien dire sinon qu’elle était « conflictuelle ». C’te blague ! Les familles où l’on peut se sentir « sans arrêt en conflit » sont monnaie courante, (cela arrive même entre jumelles et jumeaux), c’est un cliché. Ce n’est donc pas sa vie qu’il a racontée, il a seulement décrit un cliché : celui du « financier » aux dents longues, immoral et aveugle aux conséquences de ses actes : il semble réaliste parce que c’est ainsi qu’on se l’imagine volontiers.

Quant à sa prétendue clientèle, (17′), elle est encore moins bien décrite, il n’en parle que de façon allusive. Puisque nous sommes dans le blanchiment d’argent sale, elle compte gouvernements, banques, services secrets, terroristes, trafiquants, multinationales et honorables représentants du grand banditisme. Tous ces gens pataugent dans le même marigot, celui du fric, et en coulisses sont copains comme cochons. Il ne le dit pas exactement ainsi, mais bon, c’est tout comme.

La rencontre avec « le monde de la finance »

Cet entrepreneur qu’il faudrait croire talentueux, (il avait sa « propre ligne de vêtements féminins » et « une concession auto », whaou !), a donc « été amené à travailler dans plusieurs secteurs en relation directe avec le monde de la finance », en particulier dans l’import-export, (sans précision), car cela exige de faire appel à un courtier pour les opérations de changes. Un jour, l’un de ces courtiers, l’ayant « observé » depuis un certain temps, lui demande quels sont ses objectifs, (« gagner un maximum d’argent »), et lui répond (2’08) :

« Dans ce cas, arrête tout ce que tu es en train de faire maintenant, vends tes sociétés. Lance-toi dans la gestion de l’argent, entre dans le monde de la finance. (…) [2’47] Très bien, tu peux prendre ma place. Je vais te former et t’introduire dans le réseau. En échange, tu me donneras 10% de tes gains annuels. (…) [3’10] Mais il y a une chose que tu dois savoir. Si tu es incapable de mettre ta conscience au congélateur, et par congélateur j’entends à -100°, pas à -18°, alors ne le fais pas. »

Et Ronald Bernard de résumer le message (3’25) :

« Tu veux gagner beaucoup d’argent, tu peux l’obtenir et je peux t’y aider, mais le prix à payer est très élevé. Parce que tu ne peux faire ça en gardant la conscience tranquille. Cela m’a fait rire, j’étais encore jeune et naïf. »

L’on ne sait pas qui était cet aimable et perspicace courtier tombé du ciel, (employé ou chef d’entreprise ?), ni pourquoi il s’est intéressé à ce client, (qui n’était sans doute pas le seul à être brillant), ni pourquoi il s’est proposé de l’aider, (du jour au lendemain), ni pourquoi il lui a fait confiance, (dans ce milieu sans foi ni loi). Toutes ces bonnes questions sont escamotées, (l’intervieweuse n’a vraiment aucune curiosité), de sorte que ce « prix à payer » suffit à suggérer que c’était la réalité, alors qu’il exprime seulement la logique du bon sens : « on n’a rien sans rien ». Au final, cette « introduction dans le réseau » tient du rêve éveillé, elle ne contient aucun indice de réalité.

Dans son récit, tout passe comme une lettre à la poste. Il aurait dû s’inquiéter à l’idée de devoir « mettre sa conscience au congélateur par -100° », il aurait dû poser des questions et être en mesure de restituer les réponses, mais sa jeunesse et sa naïveté ont coupé court à toute explication valable, ce qui est bien pratique quand on ne peut en fournir aucune. Devant le « tribunal » de l’ITNC, il dit qu’à vingt ans il avait déjà des voitures de luxe, et qu’elles ne lui avaient pas été offertes par son père : ses performances jouent le même rôle que sa jeunesse et sa légèreté : des qualités qui n’expliquent rien mais dispensent de fournir des explications réelles, et réduisent le doute en poussière : tout est possible quand on est si doué ! L’on ne se pose pas de questions quand on est si ambitieux ! Tout cela satisfait la logique du bon sens mais ne parle pas du réel.

Comment peut-on s’entendre dire qu’il faut « mettre sa conscience au congélateur par -100° », et ne pas demander : quelles saloperies faut-il commettre pour en arriver là ? Plus loin dans l’interview (20′), il donne quand même un exemple, le seul de toute l’histoire : l’attaque de la lire italienne qui avait provoqué « le suicide d’un chef d’entreprise ». (Moi : « Oh my god ! Mais c’est horrible ! ») Dans la réalité, ce genre d’opérations sont menées par des spéculateurs hors normes, (Warren Buffet, Georges Sorros,…), elles doivent se faire au grand jour pour entraîner les autres à suivre le mouvement, et leurs conséquences peuvent être autrement plus graves que « le suicide d’un chef d’entreprise ». Lui en parle comme s’il avait fait plonger la lire à lui tout seul, sur ses fonds propres, au moyen d’une « vente massive » : le parfait cliché d’immoralisme aux yeux du grand public, mais son exploit ne peut être que pure invention. Les attaques de monnaies étrangères, ça existe bien sûr dans la réalité, mais ça ne prouve pas qu’il en a fait une lui-même.

Les messes sataniques

Si le discours semble crédible, c’est parce que les questions pertinentes ne sont jamais posées, cela vaut encore plus avec les messes noires. Un auditeur normal ne peut que demander des détails, tant l’existence de ce genre de choses est douteuse, mais l’intervieweuse n’en demande aucun. Ronald Bernard déroule tranquillement son discours bien rôdé : « il y avait des femmes nues, j’ai trouvé ça amusant ». Sans doute, mais combien de ces femmes ? Une poignée ? Une douzaine ? Et combien de participants (à la louche) ? Combien d’enfants ? Que leur faisait-on ? Il pouvait donner moult détails sans trahir aucun secret, mais n’est pas allé plus loin que « des femmes nues, des liqueurs et plein d’autres choses ».

L’on imagine, (car il faut tout imaginer), que ces invitations arrivent après plusieurs années d’un travail exigeant, (aucun repère temporel n’est fourni), car c’est ainsi que « la confiance » de ses clients ne cessa d’aller croissante. Ces derniers lui confiaient des missions toujours plus difficiles, comme de blanchir des tonnes de « dollars irakiens »1 stockés dans des camions (à 10′), mais l’on ne saura jamais pourquoi ils l’ont invité. Avait-il montré un intérêt particulier pour ce genre de folklore, pour la pédophilie ou le sadisme ? Il n’en fait pas mention. Il explique seulement, à partir de 23’20 :

« Ces gens-là, la plupart d’entre eux sont lucifériens. (…) pour ces gens, c’est la vérité et c’est réel. Ils servent quelque chose d’immatériel, celui qu’ils appellent Lucifer. J’ai été en contact avec ces cercles. Je m’en moquais (…). J’ai été invité dans ces endroits que l’on nomme les églises de Satan. (…) Je suis allé dans ces églises juste en tant que visiteur de passage. J’ai assisté à leurs messes avec des femmes nues, des liqueurs et plein d’autres choses. Je trouvais ça amusant. [L’intervieweuse:] C’était juste un spectacle pour vous. [Réponse:] Oui. (…) je trouvais cela vraiment très amusant de regarder toutes ces femmes nues et le reste. C’était la belle vie. »

On écoute ce passage en se disant : « C’est donc vrai toutes ces histoires de satanisme ? C’est pas une blague ? Il y a vraiment des gens qui y croient ? » Mais si l’on pense à l’Ordre du Temple Solaire par exemple, cela n’a rien d’étonnant : il y a des tas de gens pour croire les trucs les plus dingues et se livrer à des rites absurdes, donc pourquoi pas Lucifer ? Le reportage d’Elise Lucet a d’ailleurs montré que ça existe, mais le problème que pose ce passage est ailleurs : pendant que l’auditeur se concentre sur le message, (la « stupéfiante » révélation que le satanisme est une réalité), il avale sans faire attention le comportement du narrateur. Un comportement semblable à celui qu’on imagine pour soi-même si l’on était plongé dans les mêmes circonstances, de sorte qu’il paraît 100% naturel et réaliste. On peut le résumer en deux mots : « détaché » et « amusé ». C’est le comportement du témoin, celui qui a vu et entendu sans être impliqué, et dont la parole supposée authentique fait de celui qui l’écoute un autre témoin.

Mais la description de ce comportement est uniquement qualitative, elle fait référence aux sentiments du narrateur, comme le montrent bien les passages que j’ai mis en gras. Cela conduit à une autre bonne question qui fait encore défaut : faut-il le croire ? Pourquoi devrait-on le croire ? Comment appréciait-il effectivement ces messes ? (Sans surprise, l’analyse bidon de sa gestuelle, (qui suit l’interview), n’aborde pas ce passage, seulement celui où il se retient de pleurer.) Peut-être est-il sincère, et donc non impliqué, mais rien de tangible ne permet de l’affirmer.

L’on conçoit qu’il pouvait être amené à rencontrer souvent ses clients pour parler affaires, et donc à tisser des liens comme on dit, mais, de là aux messes noires, il y a un gap qu’il aurait dû justifier.2 La finance et le satanisme n’ayant a priori aucun lien, il devait expliquer comment le second a pu faire irruption dans ses relations, c’est-à-dire répondre à la question : qu’est-ce qui a conduit un client à mettre ce sujet sur le tapis, et en quelles circonstances ? A la fin d’un repas bien arrosé, quand les convives se relâchent et abordent des sujets croustillants ? On l’avait invité à une soirée et il est tombé dedans par surprise ? Ou bien un client lui a-t-il lancé : « Hey Ronald ! On fait une messe luciférienne ce week-end, ça te dirait de te joindre à nous ? Tu verras, c’est amusant, il y a plein de femmes nues ! » Faut-il rappeler que des femmes nues entre des bouteilles d’alcool, pour un jeune homme plein de vitalité, ce n’est pas « amusant » mais « bandant » ? Donc, s’il n’a pas menti, c’est qu’il n’est pas porté sur les femmes. Sur qui alors ? Cette question en amène une autre.

A l’en croire, c’est seulement au cours de cette satanée messe « à l’étranger » que surgirent les enfants voués au « sacrifice ». Question : où étaient-ils avant ? Nulle part ? Il faudrait croire que ces abominables lucifériens faisaient les autres messes sans utiliser d’enfants ? Ce n’est pas très crédible. On les voit mal se contenter de femmes-potiches et d’alcools forts, c’est même ridicule, sauf si tout cela finissait peu ou prou en partouze : ça me semble un minimum dans un tel contexte. En tout cas, cela montre que des questions cruciales restent sans réponse : dans quelles circonstances a-t-il découvert la participation d’enfants ? Et pourquoi n’a-t-il fait aucune référence à des pratiques sexuelles ? Il ne pouvait évidemment pas être plus précis sans trahir son vrai niveau d’implication… ou de fabulation !

La question qui tue

Son récit comporte clairement deux volets : la finance et le satanisme. Il dit qu’ils se superposent de façon quasi naturelle : « Ces gens-là, la plupart d’entre eux sont lucifériens ». Cela le dispense d’expliquer comment il a été invité par des lucifériens : ils le sont presque tous, c’était donc inévitable. Cependant, il s’étale longuement sur la confiance au travail mais pas du tout sur celle qu’exige la participation répétée à ces messes sataniques : il fait croire que la première suffisait. Cela peut se concevoir pour une première initiation, mais pourquoi les invitations se sont-elles répétées ? Pourquoi n’a-t-il pas dit : « OK, j’ai vu ce que c’était, mais ce n’est pas ma tasse de thé » ?

L’hypothèse du chantage ne tient pas puisqu’il était déjà au service de ces grands criminels et leur donnait entière satisfaction. Quel intérêt avaient-ils de l’inviter s’il ne faisait que se rincer l’œil et le gosier ? Question gênante à vrai dire, car elle ne vient pas seule : si son rôle n’avait été que celui d’un « visiteur de passage », (que l’on récompense comme un employé exemplaire, par des soirées chaudes et bien arrosées), comment ont-ils pu l’inviter « à l’étranger » et lui demander de tuer un gosse ?

C’est la question qui tue toute l’histoire. Nous avons vu qu’il y avait un gap (inexpliqué) entre la finance et le satanisme, mais il y en a un autre à l’intérieur du volet satanique : entre les messes où rien de criminel ne semble se dérouler, et celle « à l’étranger » où on lui demande de « sacrifier » un môme. Ce gap est énorme, gigantesque, et il n’y a strictement rien pour l’expliquer. Il passe inaperçu car l’auditeur se focalise sur la description d’un milieu hautement criminel, et croit dur comme fer le narrateur qui se présente en authentique témoin, (non impliqué dans le crime qu’il dénonce). Aussi, quand arrive le moment fatidique, où les méchants lui mettent un couteau entre les mains pour qu’il égorge un enfant, (c’est ainsi qu’on peut se représenter la scène), l’on est horrifié par le geste demandé, mais la demande paraît normale. Sauf que, du point de vue des criminels, qui ne sont pas des naïfs tombés de la dernière pluie, cette demande aurait été absurde. Soit ils l’auraient préparé pour qu’il puisse passer à l’acte, (et dans ce cas ce n’était plus un témoin innocent), soit ils n’auraient rien fait en ce sens et ne l’auraient jamais invité dans le saint des saints.

La loi du silence

Au sommet de cette pièce-montée de mensonges, le secret fait office de coffre-fort. Monsieur Ronald Bernard dit avoir été « enlevé » et « torturé » (36’15) afin qu’il se retienne de donner des noms, mais cette heureuse issue a de quoi étonner pour son manque de fiabilité. Un certain Jeffrey Epstein s’est fait assassiner dans sa cellule pourtant de haute sécurité, mais Ronald Bernard, authentique témoin de crimes sataniques commis par la même catégorie d’individus, ne s’est même pas fait égratigner la figure. Pourquoi l’a-t-on torturé mais pas éliminé ? Soit il ne présentait aucun danger et la question ne se posait pas, soit il présentait un danger et l’on ne voit pas pourquoi « ils » l’auraient laissé en vie. Dans un monde où l’erreur ne pardonne pas, (dixit l’intéressé), une telle magnanimité est incompréhensible. En revanche, la torture est un bon prétexte pour se dispenser de fournir des noms.

Diagnostic final

Mon idée est que Ronald Bernard n’a jamais été torturé, et que soit il a tout inventé, soit il y a un fond de vérité. Dans le premier cas, ce n’est qu’un menteur mégalomane, ça existe et c’est banal, mais il a quand même la particularité de se complaire dans ces trucs horribles, et c’est impardonnable car il pousse des gens à les partager. Dans le second cas, cela veut dire qu’il a été un authentique complice, car c’était la vraie condition pour qu’on lui fasse confiance. Des criminels pédophiles ne peuvent pas se laisser approcher d’aussi près sans garanties compromettantes. Donc, soit il les a fournies et c’est un criminel comme eux, (à cette différence près qu’il ne serait pas allé jusqu’au meurtre, je lui concède ce point), soit son témoignage est totalement bidon, c’est l’hypothèse la plus probable. Reste que, du pur mensonge au comble du crime, la place ne manque pas pour les « zones d’ombre »…

Bonus

A la minute 29’25, il parle des « protocoles de Sion », le fameux bouquin dont tout le monde sait qu’il a été écrit par des Russes pour nuire aux juifs. Il « recommande à tout le monde de lire ce document incroyablement pénible ». A partir de là, il touche au cœur du complotisme : il existe un « pouvoir ultime », mû par une haine féroce, qui vise la destruction de la vie.

Paris, le 21 août 2020

1« dollars irakiens » : en fait des dollars américains en provenance d’Irak après son invasion de 2003. C’est le seul indice temporel.

2Gap en anglais signifie saut, écart, intervalle, fossé, espace, etc. Aucun terme français ne m’a convenu, alors que l’abstraction de celui-ci convient.

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