Pensez à nourrir votre culpabilité

Internet n’est vraiment pas un lieu à fréquenter pour être heureux. Dommage d’avoir à le constater en ce jour de la saint Valentin. Histoire de fêter l’amour à sa façon, les-crises.fr publie la traduction d’un texte de 15.000 mots qui commence ainsi : « Imaginez un monde dans lequel tout un chacun abandonne sa liberté, volontairement, en échange de pouvoir appartenir à un réseau toxique qui, plutôt que d’enrichir leurs vies, en profite pour raboter le discours civil, polariser les communautés et manipuler les esprits. Ne vous demanderiez-vous pas si ces gens ne sont pas dérangés ? Vous le feriez. Et cependant, c’est bien le monde dans lequel vous allez vivre, dès à présent. À moins de faire quelque chose contre. » Et si vous ne faites rien ? Si vous ne décrochez pas de Facebook ? Et bien ma foi, que la honte soit sur vous, car vous participez en toute connaissance de cause à cette manipulation des esprits qui se déroule à l’échelle planétaire. (Facebook compte plus de 2 milliards d’utilisateurs « actifs par mois », et plus de 1 milliard « actifs par jour ».)

La citation reprend le principe du célèbre (et divinisé) « Discours de la servitude volontaire » : pourquoi se soumet-on à la tyrannie puisque « la liberté » est un bien si précieux, si doux et si facile à obtenir ? Lisez plutôt son antithèse, « La liberté, la servitude et la mort » parue sur le blog de Paul Jorion, et qui explique que « la Boétie s’érige contre la liberté : il en fait une impossibilité, la démonstration a contrario de l’infaillibilité de la tyrannie. Il faut prendre au pied de la lettre la phrase : « Ils sont vraiment miraculeux [impossibles] les récits de la vaillance que la liberté met dans le cœur de ceux qui la défendent ! », car la Boétie occulte le seul chemin qui conduise à la liberté : la vaillance ». La vaillance, c’est la guerre, la mort, le sacrifice1. Et notre anonyme de continuer : « C’est pourquoi l’on ne doit pas l’apparition de la tyrannie au « malencontre » de la Boétie, mais au surgissement de la violence : un excès de force, doublé d’une menace de mort, qui a pour effet de diviser n’importe quelle population : les plus infâmes prennent les commandes, les plus téméraires se font trucider, les plus nombreux regardent en silence. » Sade avait vu juste, lui, mais tout le monde a oublié Sade : « La soumission du peuple n’est jamais due qu’à la violence et à l’étendue des supplices ». Et ce n’est pas cet article de Mediapart qui viendra dire le contraire : on y trouve une litanie de massacres dans lesquels se sont terminés les espoirs de liberté de plus d’un esclave…

Facebook, et les GAFAM de manière générale, sont le fer de lance du « système », et nous promettent un « contrôle social universel » particulièrement efficace. Comme le montre l’exemple du système chinois, en avance sur tous ses concurrents, l’avenir s’annonce très sombre. Mais Facebook n’est pas seul en cause, lui et ses comparses n’apportent que les solutions techniques dont les bases sont :

  • Des ordinateurs toujours plus puissants, plus nombreux, plus faciles à gérer et à faire travailler collectivement, (« grid computing »).
  • Internet et la téléphonie mobile qui permettent la collecte massive des données.
  • Les « big datas », c’est-à-dire la capacité de stocker et traiter des volumes de données aussi grands qu’on veut, sans limite connue.
  • L’Intelligence Artificielle qui offre la capacité de s’affranchir de modèles a priori pour traiter les données. L’IA élabore automatiquement des modèles sous formes de tableaux de chiffres abstraits qui permettent de révéler n’importe quelles relations imprévues mais pertinentes. Les données sont fournies en vrac, dans le plus grand bordel désordre possible, et les choses intéressantes surgissent comme lapins d’un chapeau.

Pourquoi s’en prendre à Facebook et pas à ce satané téléphone portable ? Et pourquoi ne pas dénoncer l’ordinateur, cette machine qui a centuplé de longue date les pouvoirs du capitalisme et des militaires ? Comment ne pas « voir » que les GAFAM ne sont que le fer de lance actuel du système, le résultat d’une évolution que personne n’a jamais pu arrêter ? Une évolution qui s’accélère : l’écriture a 5000 ans d’âge, l’imprimerie moins de 6 siècles, l’ordinateur 72 ans, Internet 35 et le premier téléphone avec écran tactile une petite décennie. Et celui-ci serait actuellement utilisé par 3 milliards de personnes à travers le monde, ce qui confère un pouvoir de concentration inédit pour les entreprises capables d’en profiter. Facebook et ses consœurs n’ont fait que tirer parti d’un potentiel qu’elles n’ont pas créé. Celui-ci l’a été par « l’Internet libre », celui des pionniers, qui invitait tout un chacun à venir y trouver informations et espaces de discussions.

Tout ce qui est inventé se présente à ses débuts comme une chose pratique mais superflue, avant de glisser, lentement mais sûrement, dans le nécessaire à mesure que le nombre des utilisateurs augmentent. Dans les années 90, Internet c’était encore ça :

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Maintenant qu’il est devenu nécessaire à des milliards de personnes, il ressemble plutôt à ça :

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Des tas de gens sous-estiment, minimisent ou ignorent ce phénomène d’évolution que l’on doit à tout le monde et à personne, ce qui les fait parler comme si Facebook et ses consœurs étaient nées de la dernière pluie, comme si le capitalisme n’avait jamais connu de tendance à la concentration, comme si les populations avaient coutume de refuser le progrès technique. Or donc, les-crises éliminent avec constance mes commentaires critiques à propos de ses billets sur Facebook, (de façon analogue au système qui s’efforce d’éliminer les opinions gênantes), mais s’en donne à cœur joie sur… Twitter !

Berruyer

Comme si Twitter n’était pas du même tonneau ! Elle est au demeurant soumise à la même problématique des « messages haineux » qui la prédispose à la censure, assumée ou sournoise. Quoiqu’il en soit, même si Twitter est aujourd’hui moins sujette à la pression, il serait particulièrement naïf de l’imaginer plus « propre » ou plus « indépendante » que ses concurrentes. Ah, mais j’allais oublier : les-crises a un « groupe de réflexion » sur FB…

Les-crises

Concluons sur une note optimiste : FB va effectivement « manipuler les esprits » en appelant ses utilisateurs à déterminer eux-mêmes le degré de fiabilité des sites. Les opinions dominantes, produites par la propagande des médias mainstream, seront mises en valeur, et les autres marginalisées. Et ce sera une raison de plus d’aller sur FB. Elle est pas belle la vie (pour Mark Zuckerberg) ?

Règle

Lire aussi : « De Facebook à Policebook »

Illustration : www.alexitauzin.com/2013/04/combien-dutilisateurs-de-facebook.html

Plus de publications sur Facebook : On fonce dans le mur

Ce que rappelle d’ailleurs un autre article du même site publié le même jour : « Pas besoin d’un téléscope pour trouver un pays de merde »

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