Chloroquine : fin de partie !

Enfin, il était temps ! Le Yéti venant de nous chauffer les oreilles avec un formidable billet, votre serviteur commençait à s’impatienter : alors, cette chloroquine, ça marche oui ou non ? La réponse vient de tomber : c’est non. Un non franc et massif que l’on doit à une rafale d’études qui concluent toutes dans le même sens, et dont certaines expliquent même pourquoi l’on a pu croire que ça marchait. C’est une excellente nouvelle que la question soit tranchée, (dans un sens ou dans l’autre), car c’était cela l’important : il fallait lever le doute. Un doute qui n’existait, soit dit en passant, que dans l’esprit de celles et ceux qui ont quelques notions de science, pas dans celui des groupies. Ceux-ci ont donc perdu, « la science » les a ratatinés sous le rouleau compresseur de ses études, mais ils auraient pu avoir raison : ce n’était pas exclu. Pas plus qu’on ne pouvait exclure, au vu des circonstances et des turpitudes du système, que la fameuse étude du Lancet était un faux. Mais que l’on ne puisse exclure une hypothèse n’implique pas qu’elle soit vraie : c’est toute la stupidité de ces ridicules groupies d’avoir pris leurs désirs pour la réalité, et d’avoir considéré sans preuves qu’une cabale avait été lancée contre la chloroquine. En fait non, il n’y avait rien, de nombreux scientifiques honnêtes, (sont pas tous comme Raoult), ont travaillé et travaillent encore sur le sujet. Mais dans l’ombre, pas sur Youtube, et leurs résultats viennent de tomber.

On peut les découvrir sur Futura Sciences dont nous avons repris le titre. Le chapeau de l’article annonce la couleur :

« Plusieurs études publiées ces dernières semaines viennent sonner la fin de partie concernant l’utilité de l’hydroxychloroquine dans le cadre de l’infection au SARS-CoV-2 : ça ne marche pas. Avec ou sans antibiotique. Qu’importe le moment où la thérapie est donnée. Fin de partie. »

Le menu est copieux, qu’on en juge :

  • Recovery : « aucune différence entre les traitements standard (25 % de mortalité / 62,8 % de sortie) et le traitement par HCQ (26,8 % de mortalité / 60,3 % de sortie) ». Les différences de 2% ne sont pas significatives, les médecins n’ont pas administré de doses toxiques, l’état des patients variait de modéré à sévère, et le début des traitements de 5 à 14 jours après les premiers symptômes.
  • Étude américaine publiée dans Annals of Internal Medicine : randomisée, contre placebo et double aveugle, c’est le « gold standard de la recherche clinique ». Patients non hospitalisés, traitement au lendemain des premiers symptômes ou 4 jours après maximum. Aucune différence notable sur la maladie entre le groupe placebo et le groupe HCQ. Mais environ 2 fois plus d’effets secondaires (mineurs) côté HCQ, alors que Raoult n’a jamais cessé de proclamer qu’il n’y en avait aucun.
  • Étude américaine dans New England Journal of Medicine : c’est l’usage en mode prévention, (prophylaxie), qui était testé. Résultat : « 14,3 % d’infections dans le groupe placebo contre 11,8 % dans le groupe HCQ ». Différence non significative.
  • Deux essais français in vitro publiés dans Nature montrent que « ni la chloroquine ni l’hydroxychloroquine n’inhibent la réplication du SARS-CoV-2 ».
    • Le premier montre aussi que « ces molécules n’inhibent pas le SARS-CoV-2 au sein des cellules pulmonaires humaines », alors qu’elles sont efficaces dans les « cellules rénales de singes Véro ». Pourquoi cette différence ? Parce que, dans les poumons humains, le virus exploite une protéase qui n’existe pas dans chez le singe Véro. Et comme la chloroquine ne joue pas sur cette protéase, elle ne sert strictement à rien.
    • Le second, conduit sur des macaques crabiers, « conclut à l’inefficacité de l’HCQ et à celle de sa combinaison avec un antibiotique, indépendamment du moment de l’initiation du traitement (avant l’infection, tôt après l’infection avant le pic de charge virale, ou tard après l’infection après le pic de charge virale) et du dosage. » La totale !
  • Pour finir, une étude brésilienne, randomisée mais pas en double aveugle, « conclut à l’inefficacité de la célèbre bi-thérapie marseillaise comparée à un placebo sur l’échelle de gravité de la maladie ».

Ensuite l’article cite les réactions de quelques personnalités, dont Axel Kahn qui parle ainsi de Raoult :

« C’est un scientifique de haute volée, directeur de l’un des six IHU français, les perles de la recherche hospitalo-universitaire, doté d’un budget de l’ordre de 120 millions d’euros par an, on attendait de lui de la belle science, robuste, contrôlée. Pas des publications hebdomadaires à grand succès sur YouTube, la mobilisation sur un tel sujet d’un invraisemblable mouvement d’opinion qui restera dans les annales, des articles bâclés dans des revues maison. Ils ont failli, déconsidéré la recherche hospitalo-universitaire française, effroyablement compliqué la recherche clinique dans le monde entier. »

Et l’auteur d’ajouter :

« En effet, on rappellera qu’à ce jour, plus de 243 études sont encore en cours concernant l’HCQ et que l’inclusion de certains patients restent difficiles car ils souhaitent se voir administrer uniquement ce traitement. »

Reste à savoir si « le traitement du professeur Raoult » n’a pas eu d’effets pathologiques encore non identifiés, car la maladie ne s’arrête pas à la sortie de l’hôpital, elle a des effets à long terme qui peuvent être difficiles à détecter. Citons la fin de l’article :

« Dès la fin mars, on savait, avec ces éléments, que l’hydroxychloroquine ne marchait pas. Reste à savoir maintenant si l’effet immunomodulateur de l’hydroxychloroquine n’a pas en fait aggravé les patients comme c’est le cas pour le chikungunya et si ce traitement n’est pas sur-représenté chez les patients présentant un syndrome post covid. Le suivi des patients à long terme dans les essais cliniques et les études de pharmacoépidémiologie devraient essayer de se pencher sur cette question. »

Le début de l’histoire

Je voudrais maintenir revenir sur le début de l’histoire, parce qu’on peut en tirer une conclusion croustillante. Les arguments du « professeur Raoult » étaient en résumé les suivants :

  • Moi je suis médecin, je soigne mes patients, et j’ai un traitement efficace contre le coronavirus.
  • L’urgence exige qu’on ne perde pas de temps à faire plus d’essais, ils ne servent à rien et des vies sont en jeu.
  • Je refuse de faire des tests avec placebo, c’est contraire à mon éthique.

Maintenant que la preuve est faite que l’HCQ n’a aucune efficacité, que peut-on dire rétrospectivement ? Réponse : c’est un placebo qu’il a administré à ses patients. Selon Wikipédia :

« Dans le domaine du médicament, un « placebo pur » est un traitement sans aucune substance active ; un « placebo impur » est un produit actif sur le plan pharmacologique mais dépourvu d’effet sur la pathologie traitée, ou bien dont l’efficacité a été insuffisamment démontrée. »

On ne félicitera pas Raoult pour son « éthique », ni ses groupies qui n’y ont vu que du feu. Raz la casquette des donneurs de leçons perchés sur leur conscience morale, mais qui ne comprennent rien à rien !!!

 

 

Paris, le 4 août 2020


Illustration : article du 22 mai 2020 de francetvinfo.fr : « Coronavirus : l’hydroxychloroquine et la chloroquine sont inefficaces et même néfastes, selon une nouvelle étude »

Plus de publications sur Facebook : Onfoncedanslemur

4 commentaires sur “Chloroquine : fin de partie !

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  1. Il y a un peu plus de six mois, l’hydroxychloroquine était dans toutes les pharmacies de France, de Navarre et bien au-delà. Les médecins le prescrivaient sans la moindre hésitation. Aujourd’hui, il est interdit de vente. Rien que ce revirement devrait alerter toute machine à discernement un peu entraînée et en bon état de marche. Mais point ! Le billet s’appuie sur un article de futura sciences… Il est bien connu que cette revue dite de vulgarisation, est de « haute portée scientifique » et dispose d’un « commité de lecture » du même tonneau. On a les références qu’on peut et l’auteur s’est bien amusé, il semble.
    Je suis bien désolé que ce site, que je viens de découvrir, soit aussi peu regardant sur le contenu de ce qu’il diffuse.

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  2. Merci pour ce billet, je me demandais justement il n’y a pas si longtemps ou on en était avec la Chloroquine.

    Mais pour ce qui concernent « les groupies » je ne suis pas du tout optimiste qu’ils retourneront à la raison.
    Le mal est fait, les adorateurs de Raoul sont convaincus du complot des gouvernements et de « big pharma ». Le niveau de délire émotionnel qu’ils avaient atteint il y a quelques mois ne va pas retomber rapidement.

    À l’époque sur les commentaires du site RT j’avais osé écrire qu’il était important d’avoir des études autres que celles bancales du Pr Raoul.
    Mal m’en a pris !

    En peu de temps et quelques vaines tentatives d’explications de la logique de tester sérieusement un médicament avant de le prescrire à des millions de personnes, j’étais devenu selon mes très nombreux détracteurs au mieux un abruti qui ne comprenait rien à la médecine, car celle-ci « n’est pas une science » et au pire un assassin qui voulait la mort de millions gens. On m’a aussi souhaité que moi et ma famille attrapions le Covid et qu’on nous refuse un traitement avec la Chloroquine…

    J’ai assez rapidement renoncé à répondre, car plus cela avançait plus on me reprochait des propos que je n’avais pas écrits, encore quelques réponses et j’étais bon pour le point Godwin.

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    1. Les groupies ne changeront pas d’avis, c’est sûr, pour eux la partie n’est jamais finie et, dans cas comme dans les autres, le mal est fait comme vous dites. Ce sont des gens bizarres qui ont besoin d’objets de foi pour rassurer leur moi angoissé et leur identité malmenée. Faut dire aussi qu’on vit dans un « monde de fous », et qu’il est difficile de se faire entendre. Mais entre eux les « complotistes » se reconnaissent, et c’est cela qui compte : ils ont la satisfaction de se sentir dans une « communauté ». Merci pour votre témoignage. Il m’a bien « amusé » mais je sais que, mine de rien, ce n’est pas toujours agréable à vivre. Vous vous en tirez à bon compte : si vous aviez été une personnalité publique, ou si vous aviez insisté, vous auriez eu droit aux menaces de mort.

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