Chloroquine : fin de partie !

Enfin, il était temps ! Le Yéti venant de nous chauffer les oreilles avec un formidable billet, votre serviteur commençait à s’impatienter : alors, cette chloroquine, ça marche oui ou non ? La réponse vient de tomber : c’est non. Un non franc et massif que l’on doit à une rafale d’études qui concluent toutes dans le même sens, et dont certaines expliquent même pourquoi l’on a pu croire que ça marchait. C’est une excellente nouvelle que la question soit tranchée, (dans un sens ou dans l’autre), car c’était cela l’important : il fallait lever le doute. Un doute qui n’existait, soit dit en passant, que dans l’esprit de celles et ceux qui ont quelques notions de science, pas dans celui des groupies. Ceux-ci ont donc perdu, « la science » les a ratatinés sous le rouleau compresseur de ses études, mais ils auraient pu avoir raison : ce n’était pas exclu. Pas plus qu’on ne pouvait exclure, au vu des circonstances et des turpitudes du système, que la fameuse étude du Lancet était un faux. Mais que l’on ne puisse exclure une hypothèse n’implique pas qu’elle soit vraie : c’est toute la stupidité de ces ridicules groupies d’avoir pris leurs désirs pour la réalité, et d’avoir considéré sans preuves qu’une cabale avait été lancée contre la chloroquine. En fait non, il n’y avait rien, de nombreux scientifiques honnêtes, (sont pas tous comme Raoult), ont travaillé et travaillent encore sur le sujet. Mais dans l’ombre, pas sur Youtube, et leurs résultats viennent de tomber.

On peut les découvrir sur Futura Sciences dont nous avons repris le titre. Le chapeau de l’article annonce la couleur :

« Plusieurs études publiées ces dernières semaines viennent sonner la fin de partie concernant l’utilité de l’hydroxychloroquine dans le cadre de l’infection au SARS-CoV-2 : ça ne marche pas. Avec ou sans antibiotique. Qu’importe le moment où la thérapie est donnée. Fin de partie. »

Le menu est copieux, qu’on en juge :

  • Recovery : « aucune différence entre les traitements standard (25 % de mortalité / 62,8 % de sortie) et le traitement par HCQ (26,8 % de mortalité / 60,3 % de sortie) ». Les différences de 2% ne sont pas significatives, les médecins n’ont pas administré de doses toxiques, l’état des patients variait de modéré à sévère, et le début des traitements de 5 à 14 jours après les premiers symptômes.
  • Étude américaine publiée dans Annals of Internal Medicine : randomisée, contre placebo et double aveugle, c’est le « gold standard de la recherche clinique ». Patients non hospitalisés, traitement au lendemain des premiers symptômes ou 4 jours après maximum. Aucune différence notable sur la maladie entre le groupe placebo et le groupe HCQ. Mais environ 2 fois plus d’effets secondaires (mineurs) côté HCQ, alors que Raoult n’a jamais cessé de proclamer qu’il n’y en avait aucun.
  • Étude américaine dans New England Journal of Medicine : c’est l’usage en mode prévention, (prophylaxie), qui était testé. Résultat : « 14,3 % d’infections dans le groupe placebo contre 11,8 % dans le groupe HCQ ». Différence non significative.
  • Deux essais français in vitro publiés dans Nature montrent que « ni la chloroquine ni l’hydroxychloroquine n’inhibent la réplication du SARS-CoV-2 ».
    • Le premier montre aussi que « ces molécules n’inhibent pas le SARS-CoV-2 au sein des cellules pulmonaires humaines », alors qu’elles sont efficaces dans les « cellules rénales de singes Véro ». Pourquoi cette différence ? Parce que, dans les poumons humains, le virus exploite une protéase qui n’existe pas dans chez le singe Véro. Et comme la chloroquine ne joue pas sur cette protéase, elle ne sert strictement à rien.
    • Le second, conduit sur des macaques crabiers, « conclut à l’inefficacité de l’HCQ et à celle de sa combinaison avec un antibiotique, indépendamment du moment de l’initiation du traitement (avant l’infection, tôt après l’infection avant le pic de charge virale, ou tard après l’infection après le pic de charge virale) et du dosage. » La totale !
  • Pour finir, une étude brésilienne, randomisée mais pas en double aveugle, « conclut à l’inefficacité de la célèbre bi-thérapie marseillaise comparée à un placebo sur l’échelle de gravité de la maladie ».

Ensuite l’article cite les réactions de quelques personnalités, dont Axel Kahn qui parle ainsi de Raoult :

« C’est un scientifique de haute volée, directeur de l’un des six IHU français, les perles de la recherche hospitalo-universitaire, doté d’un budget de l’ordre de 120 millions d’euros par an, on attendait de lui de la belle science, robuste, contrôlée. Pas des publications hebdomadaires à grand succès sur YouTube, la mobilisation sur un tel sujet d’un invraisemblable mouvement d’opinion qui restera dans les annales, des articles bâclés dans des revues maison. Ils ont failli, déconsidéré la recherche hospitalo-universitaire française, effroyablement compliqué la recherche clinique dans le monde entier. »

Et l’auteur d’ajouter :

« En effet, on rappellera qu’à ce jour, plus de 243 études sont encore en cours concernant l’HCQ et que l’inclusion de certains patients restent difficiles car ils souhaitent se voir administrer uniquement ce traitement. »

Reste à savoir si « le traitement du professeur Raoult » n’a pas eu d’effets pathologiques encore non identifiés, car la maladie ne s’arrête pas à la sortie de l’hôpital, elle a des effets à long terme qui peuvent être difficiles à détecter. Citons la fin de l’article :

« Dès la fin mars, on savait, avec ces éléments, que l’hydroxychloroquine ne marchait pas. Reste à savoir maintenant si l’effet immunomodulateur de l’hydroxychloroquine n’a pas en fait aggravé les patients comme c’est le cas pour le chikungunya et si ce traitement n’est pas sur-représenté chez les patients présentant un syndrome post covid. Le suivi des patients à long terme dans les essais cliniques et les études de pharmacoépidémiologie devraient essayer de se pencher sur cette question. »

Le début de l’histoire

Je voudrais maintenir revenir sur le début de l’histoire, parce qu’on peut en tirer une conclusion croustillante. Les arguments du « professeur Raoult » étaient en résumé les suivants :

  • Moi je suis médecin, je soigne mes patients, et j’ai un traitement efficace contre le coronavirus.
  • L’urgence exige qu’on ne perde pas de temps à faire plus d’essais, ils ne servent à rien et des vies sont en jeu.
  • Je refuse de faire des tests avec placebo, c’est contraire à mon éthique.

Maintenant que la preuve est faite que l’HCQ n’a aucune efficacité, que peut-on dire rétrospectivement ? Réponse : c’est un placebo qu’il a administré à ses patients. Selon Wikipédia :

« Dans le domaine du médicament, un « placebo pur » est un traitement sans aucune substance active ; un « placebo impur » est un produit actif sur le plan pharmacologique mais dépourvu d’effet sur la pathologie traitée, ou bien dont l’efficacité a été insuffisamment démontrée. »

On ne félicitera pas Raoult pour son « éthique », ni ses groupies qui n’y ont vu que du feu. Raz la casquette des donneurs de leçons perchés sur leur conscience morale, mais qui ne comprennent rien à rien !!!

Paris, le 4 août 2020


Illustration : article du 22 mai 2020 de francetvinfo.fr : « Coronavirus : l’hydroxychloroquine et la chloroquine sont inefficaces et même néfastes, selon une nouvelle étude »

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14 commentaires sur “Chloroquine : fin de partie !

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  1. « vous auriez eu droit aux menaces de mort. » ah ! quand même ! je vais vous parler avec crainte et respect , maintenant..(
    on ne se rend pas toujours compte des risques que l’on prends dans la vie)

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      1. Si si c’était dans votre réponse à mon commentaire d’il y a presque deux ans, tout en bas de cette page.

        Bienvenu dans la rubrique nécrologie !

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    1. de la quinine a la chloroquine (depuis le quinquina du Perou au 16 eme siecle, (merci cousin !) Jusqu’en 2020 …
      De « L’arbre aux fièvres » à la quinine :
      La longue et mystérieuse histoire du « Quinquina »
      Au fil des pages de « L’œil vert de la radio » 1 que connaissent bien nos lecteurs, j’ai convoqué nombre de souvenirs d’enfance des années 1950, souvenirs qui sont aussi ceux d’une génération élevée un peu en vrac dans le monde précaire de l’après-guerre. Dans un chapitre consacré aux boissons familiales (« Chapeaux Primior et bouchons Préfontaines »), j’y évoque le goût de réglisse du Coco Boer avec lequel on aromatisait l’eau de la cantine servie dans des verres Duralex. Je conserve aussi en mémoire le gros vin rouge (11°) coupé d’eau que l’on buvait à table en nous appuyant sur les recommandations de Pasteur qui aurait affirmé que « le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons ». Incontournable Pasteur, ce grand pourfendeur de microbes, que les brasseurs appelaient eux-aussi à la rescousse pour vanter les mérites de leur bière. Ainsi la maison Dumesnil avait-elle fait graver, sur chaque cannette en verre brun, qu’en 1871 « Georges Dumesnil, arrière-grand-père des brasseurs avait fait appel à Pasteur » précisément pour produire une bière… « pasteurisée » ! Nous, les gamins issus de la guerre, vivions tout cela dans une certaine insouciance et une bonne humeur ambiante où le mot « diététique » était encore bien peu employé… Mais en ces temps troublés par l’irruption du coronavirus, il m’est brusquement revenu en mémoire le souvenir d’une autre épidémie aujourd’hui bien oubliée qui a sévi en France de 1956 à 1959 : « la grippe asiatique ». Ressurgit alors le souvenir d’une boisson très répandue à l’époque dans les familles modestes : le Quinquina. En effet dans la rue, sur de grandes affiches comme sur une foultitude de publicités bariolées (buvards, protège-cahiers, chapeau de papier…), on nous incitait vivement à consommer du Quinquina sous toutes ses formes. Il était instamment recommandé aux enfants et aux hommes comme aux mères de famille. Quant aux militaires « servant aux colonies », on leur affirmait que c’était un moyen efficace de lutter contre « les fièvres ». On nous présentait le Quinquina comme une boisson tonique (« Le quinquina donne de l’appétit aux grands et aux petits ! »), fortifiante (« La 1 Gilles Ragache : « L’ Oeil vert de la radio – Nos années 50 ». CPHF Editions. Réédition 2019. 2 Quintonine donne bonne mine ! ») et pour les adultes comme un apéritif bon pour la santé (SaintRaphaël, Dubo- Dubon- Dubonnet…). Ce qui de nos jours peut sembler incongru… De son côté, un peu méfiant et hautain, une partie du corps médical doutait de l’efficacité de ces « remèdes de grands-mères » mais considérait cependant un des composants du Quinquina, la « quinine », comme un médicament efficace sinon contre toutes les grippes, du moins contre « les fièvres ». Mais quand on a la grippe, on a de la fièvre. Alors où était la vérité ? On ne savait pas trop et dans le doute on se tournait vers le Quinquina… Mais alors, qu’elle est donc la véritable histoire du Quinquina, cette mystérieuse écorce déjà connue des Incas, issue d’un arbre du Pérou ? Comment, quand et pourquoi est-il parvenu jusqu’à nous ? Quelles vertus thérapeutiques lui a-t-on attribué au fil des siècles au point qu’un de ses dérivés, la quinine, puisse apparaître de nos jours comme un élément d’un possible traitement contre le coronavirus ? Du moins comme un espoir… Sans prétendre à une analyse médicale ou de pharmacopée, hors de nos compétences, remontons en historien le cours des siècles. Voyons comment fut utilisé ce mystérieux Quinquina avant qu’il ne tombe dans un relatif oubli au XXIe siècle. D’où venait-il exactement et comment fut-il finalement reconnu en France sous le règne de Louis XIV qui en racheta le secret ? Quand les Jésuites s’inspirent des Indiens… (1604 – 1642) Bien avant l’arrivée des Européens dans les Amériques, des Indiens incas vivant dans l’actuel Pérou et en Bolivie avaient déjà constaté que malgré son amertume, l’eau de mares dans lesquelles avaient macéré des branches de quinquina avait des effets bénéfiques contre certaines maladies, en particulier les redoutables fièvres endémiques qui sévissaient dans bien des régions d’Amérique. Au XVIIe siècle, alors que les Espagnols consolident leur implantation dans la région, l’Ordre des Jésuites y installe de nombreuses missions. Dans l’une d’entre elles, à Lima, arrive de Rome en 1604 un frère volontaire d’origine italienne, Agostino Salombrini. Il va alors jouer un rôle décisif pour faire mieux connaître les vertus thérapeutiques du Quinquina. En effet, sur le conseil des Indiens, le jeune Agostino en acclimate plusieurs pieds dans le jardin d’herbes médicinales qu’il entretient soigneusement au collège Saint Paul de Lima. Pendant 38 ans, le frère pharmacien-jardinier développe ainsi la culture du Quinquina et d’autres plantes dont il a bien perçu les vertus médicinales. A partir de 1620, il envoie des plans de Quinquina à d’autres missions de la région, au Chili, au Paraguay, en Bolivie… Avant sa mort, en 1642, il a aussi fait parvenir quelques ballots d’écorce de Quinquina à Rome où sévissent des fièvres chroniques 3 dues à la présence dans les marais avoisinants d’un parasite provoquant la « malaria ».2 Le remède semble efficace et, dès lors, il se répand peu à peu en Europe comme fébrifuge. Le Quinquina (en particulier dans les variétés rouges et jaunes) commence donc à être connu au-delà des Amériques, en particulier en Italie sous le sobriquet un peu moqueur de « Poudre des jésuites ». Et pourtant, sans que l’on puisse l’expliquer scientifiquement, l’écorce de Quinquina a bel et bien des effets bénéfiques, confortés par des récits semi légendaires. C’est ainsi que dès 1638 a circulé en Espagne le récit de la guérison d’une comtesse de Cinchon qui aurait été l’épouse du vice-roi du Pérou. Guérie, elle aurait rapporté quelques sachets d’écorce de Quinquina en Europe où il circula alors (en petite quantité) sous le nom de « Poudre de la Comtesse ».3 Vrai, faux ou embelli, ce récit témoigne de ce qu’au milieu du XVIIe siècle, le Quinquina commence à être connu en Europe, surtout dans les milieux aristocratiques, et même au-delà du monde latin jusqu’en Angleterre. C’est ainsi qu’en France, pendant tout son règne, Louis XIV va s’intéresser personnellement au Quinquina, lequel va s’inviter subrepticement au château de Versailles. En effet Louis XIV est très inquiet pour la santé du Grand Dauphin Louis qui, tout comme lui-même et une partie des nobles de la Cour, souffre de fièvres. En 1679 il fait donc venir à Versailles un médecin anglais, Robert Talbor (ou Talbot), qui s’est fait connaître en soignant efficacement « de la fièvre » le roi Charles II d’Angleterre. Talbor parvient à guérir assez rapidement le Dauphin puis soigne à plusieurs reprises Louis XIV lui-même en lui administrant à intervalles calculés des décoctions d’écorces dont il souhaite garder le secret. Eclate alors une controverse à la Cour, « la querelle du quinquina ». Elle va durer plusieurs années, en particulier entre Talbor et Nicolas de Blégny, un des médecins du roi qui publie en 1683 un ouvrage intitulé « Le remède anglois pour la guérison des fièvres ». Blégny admet que le remède à base d’écorce de quinquina puisse être efficace, mais rappelle qu’il n’a rien « d’anglois ». Pour lui il s’agit simplement d’une variante de « la poudre des jésuites » administrée en l’associant à du vin de Bourgogne et à divers ingrédients pour en faire passer l’amertume. Et surtout en régulant, espaçant et dosant bien les prises, ce qui est une nouveauté. Toutefois Louis XIV, convaincu de l’utilité de ce remède qu’il a lui-même pris avec succès, parvient à force d’insistance à racheter sa formule à Talbor. Il lui en coûtera la belle somme de 48 000 livres et une confortable pension à vie de 2000 livres par an versé au médecin anglais. Pourtant 2 Il s’agit de « plasmodium malariae » qui sévira autour de Rome jusqu’au XXe siècle dans les Marais Pontins finalement asséchés par Mussolini. Ce parasite provoque une forme de paludisme moins virulent mais tout aussi gênant que celui provoqué par« plasmodium falciparum », présent en Asie et en Amérique latine. (précisions apportées par le docteur Frank Stora) 3 Ce récit légendaire sera repris plus tard et popularisé en France par la comtesse de Genlis dans « Zuma ou la découverte du Quinquina » un conte qui met en scène une énigmatique princesse indienne, Zuma, devenue très proche de la comtesse Cinchon… 4 Louis XIV n’agit pas dans un but lucratif ou personnel. Il est soucieux de faire profiter de ce remède le plus grand nombre de ses sujets en améliorant leur état de santé. En 1687 il subventionne donc la publication d’un ouvrage imprimé à Versailles intitulé « Manière de se servir du Kinkina », puis en 1689 d’un autre : « Les admirables qualitez de kinkina, confirmées par plusieurs expériences. » 4 Le Quinquina qui figurait en force dans le remède de Talbor, et surtout dans celui des Jésuites, fait ainsi son entrée officielle en France et devient très à la mode malgré son prix élevé. Fagon, l’un des médecins du roi, ajoute ses propres réflexions à ce sujet dans un écrit de 1705 contre l’avis d’un autre médecin royal, Daquin qui pour soigner les fièvres demeure, il est vrai, un chaud partisan des purges, des saignées et de la diète … Pendant ce temps, le Quinquina a gagné du terrain à la Cour au point que La Fontaine lui a consacré un poème et, à la demande du roi, on développe la culture des plantes médicinales au Jardin des Plantes de Paris ainsi qu’au « Potager du Roi ». A la recherche de « L’arbre aux fièvres » (1735 – 1738) Sous le règne de Louis XV, l’Académie des Sciences prend l’affaire au sérieux. En 1735, elle envoie dans le lointain Pérou une forte expédition scientifique destinée initialement à effectuer des mesures du méridien terrestre ainsi que des observations astronomiques et géographiques. Pourtant, sous la direction du géographe La Condamine et du médecin botaniste Joseph de Jussieu, qui travaillait alors pour le Jardin des Plantes de Paris, les savants sont également chargés d’examiner ce que l’on désigne encore en France comme « L’arbre aux fièvres ». Effectivement, en passant aussi par l’actuel Equateur puis la forêt d’Amazonie et la Guyane, La Condamine parvient à examiner des plants de Quinquina et à en rapporter des échantillons à Paris. En 1738, La Condamine fait publier en France un mémoire intitulé « Sur l’arbre du Quinquina » d’après les observations qu’il a effectuées à Loja (actuel Equateur). C’est ainsi que le botaniste Linné pourra enfin baptiser ce qui était encore souvent appelé le « Kina-Kina » du nom savant de « Cinchona officinalis », lequel figure toujours dans les répertoires de plantes.5 Une forme de reconnaissance scientifique tardive même si la majorité des usagers persistent à l’appeler tout simplement « Quinquina ». A la fin du XVIIIe siècle, des colons français séjournant aux Indes, en particulier à Pondichéry, utilisent à leur tour, de manière satisfaisante, l’écorce de Quinquina pour lutter contre les fièvres qui sévissent dans la région. Un pas décisif : Du Quinquina à « la quinine » (1820) 4 Ouvrage anonyme publié à Paris chez Jouvenel. 5 Un nom qui rappelle étrangement celui de la mythique « princesse Cinchon »… 5 Au siècle suivant, l’empereur Napoléon Ier encourage à son tour l’usage du Quinquina, en particulier dans ses armées. Le blocus continental, qui gêne le ravitaillement en provenance des Amériques, n’en stoppe pas l’usage et lors de la guerre d’Espagne Laubert, pharmacien en chef, est chargé d’en distribuer aux soldats atteints de fièvre. Personnellement convaincu des bienfaits du Quinquina, l’Empereur fait même placarder en 1809 des affiches dans plusieurs villes de France atteintes par le paludisme, en particulier à Marseille. Il s’agit d’organiser des distributions gratuites afin d’inciter les habitants à en consommer. Sous la Restauration, le Quinquina attire à nouveau l’attention du monde scientifique et du grand public. En 1817 Zuma, le livre de la comtesse de Genlis, est réédité avec l’appui d’un « Bureau d’encouragement pour l’emploi du Quinquina ». De nombreux savants travaillent sur le sujet, dont Louis Nicolas Vauquelin et le docteur Gomez qui répertorient 17 variétés d’inégale valeur médicinale. Vauquelin pense que les variétés jaune et rouge seraient les plus efficaces, sans pouvoir expliquer pourquoi car il ne connaissait pas encore un des principes actifs contenus dans la plante : la « Quinine ». Ce pas décisif a été franchi, il y a exactement deux cents ans, suite aux travaux de Pierre-Joseph Pelletier et Joseph Caventou, tous deux pharmaciens et chimistes parisiens réputés. Spécialistes des substances contenues dans les plantes médicinales, en particulier les alcaloïdes, les deux hommes qui s’entendent bien vont additionner leurs talents. Ce qui n’est pas toujours le cas dans le monde scientifique où les rivalités entre professeurs et/ou collègues sont légions… Ils travaillent donc ensemble et, en 1820, ils parviennent enfin à extraire de cette mystérieuse écorce venue de la lointaine Amérique un alcaloïde inconnu jusque-là : la quinine ! Leurs travaux sont alors validés par l’Université, non sans réticences, et l’on peut passer ainsi d’une utilisation empirique du Quinquina à une utilisation médicale de la quinine. Les deux hommes parviendront aussi à isoler d’autres substances d’origine végétale aujourd’hui bien connues des pharmaciens dont la morphine à partir du pavot.6 Deux ans plus tard, François Magendie, un pharmacien lui-aussi, prolonge les travaux de Pelletier et Caventou et publie un « Guide pratique des médicaments » dans lequel les alcaloïdes issus du Quinquina figurent en bonne place. « Quinquina et médecine coloniale : Maillot contre Broussais » En juillet 1830, avec la prise d’Alger par un corps expéditionnaire français, débute la difficile conquête de l’Algérie qui va durer près de vingt ans. Pendant cette longue période, les médecins militaires français vont s’intéresser de près aux vertus du Quinquina et plus encore de son dérivé la quinine. Le docteur 6 Un monument perpétue la mémoire de Joseph Caventou place Louis Marin, à Paris dans le Ve arrondissement et en 1970, , un timbre-poste en l’honneur de Pelletier et Caventou a été émis en France pour commémorer le 150ème anniversaire de la découverte de la quinine. 6 Maillot, médecin chef de l’hôpital militaire de Bône de 1833 à 1835, est en première ligne car une forte mortalité se déclare dans les rangs de l’armée française suite à des fièvres récurrentes, principalement dues au paludisme. Maillot va alors ordonner des distributions de quinine aux soldats et aux colons. Pour cela il demande sans cesse des envois massifs depuis la métropole de ce produit nouveau mais il se heurte au scepticisme, voire à l’hostilité du docteur Broussais, une sommité parisienne. Professeur à la Faculté de Médecine, celui-ci pense que « la quinine est irritante » et dangereuse. Donc Broussais s’en tient aux traitements traditionnels prescrits contre la fièvre : la diète, les purges et même… les saignées ! Comme sous Louis XIV, il s’ensuit une violente controverse mais Maillot, homme de terrain et d’action, ne se laisse pas impressionner. Il persiste dans son analyse et continue de prescrire la quinine7 à ses hommes. Il rencontre ainsi d’indéniables succès même si des « effets secondaires » 8 apparaissent parfois. Afin de faciliter son ravitaillement il fait établir des dépôts à Marseille et Toulon, ports bien reliés à l’Algérie. Comme la quinine se présente souvent sous forme d’une poudre difficilement soluble dans l’eau, et que le remède est particulièrement amer, colons et hommes de troupes vont prendre l’habitude de le consommer à chaque fois que possible en le mêlant à diverses boissons, principalement du vin, ce qui rend la prise plus agréable. On renoue ainsi avec ce qui se faisait déjà au temps du Roi soleil avec l’écorce de Quinquina, mais cette fois avec du sulfate de quinine. Décidément l’histoire se répète… A cette époque, le laboratoire « Pelletier, Delondre et Levaillant », fondé à Neuilly par l’un des découvreurs de la quinine, commercialise l’essentiel de ce produit dans de petits flacons dits des « Trois cachets ». Ce nom est synonyme de qualité car de nombreuses contrefaçons circulent et les « Trois cachets » obturant hermétiquement l’envoi en garantissent l’authenticité. Cependant pour fabriquer ce sulfate de quinine (par tonnes) il faut beaucoup d’écorce de quinquina, en provenance pour l’essentiel du Pérou, ce qui coûte de plus en plus cher. Pour la seule année 1844, la France doit débourser 2 700 000 francs or pour en acheter. On cherche donc à diversifier les sources d’approvisionnement en acclimatant « l’arbre aux fièvres » dans les colonies françaises, en particulier aux Antilles et au Sénégal. Sans grand succès dans l’immédiat… « La mode des boissons au Quinquina : Saint-Raphaël, Damiani, Dubonnet, Byrrh… » 7 En pratique il s’agit le plus souvent du sulfate de quinine. Un timbre-poste à la mémoire du Docteur Maillot sera émis en Algérie (alors française) en 1953. 8 En cas de trop fortes doses, mal espacées, la quinine peut provoquer des maladies de peau, des saignements ou même un coma dangereux. Maillot ne l’ignore pas et insiste sur la posologie. 7 Parallèlement à ces traitements médicaux, la fabrication de boissons aromatisées à l’écorce de Quinquina se développe en France comme en Algérie. Dès 1830, le docteur Juppet met au point le SaintRaphaël-quinquina, une boisson déclinée en blanc ou en rouge, réalisée à base de moûts de raisin, d’écorces de Quinquina et de diverses plantes. Le succès est bientôt au rendez-vous et, en 1842 Damiani lance à Bastia un « apéritif au Quinquina » dont il affirme qu’il est élaboré à partir du vin « Le plus réputé, le plus généreux du Cap Corse ». Sa réputation dépasse vite les limites de l’île, ce qui conduit Damiani à ouvrir une filiale à Paris, dans le quartier de l’Opéra. Dans la capitale, dès 1846, Joseph Dubonnet commercialise également une boisson à base de Quinquina d’abord présentée comme un médicament et donc vendue en pharmacie. Mais, en raison de son goût agréable, combiné à de supposées vertus médicinales, le Dubonnet devient vite un apéritif à la mode mis en vente dans les grands cafés de Paris puis adopté par les troupes coloniales. Or, celles-ci, en 1847, ne comptent pas moins de 100 000 hommes pour la seule Algérie… Sous la IIIe république, d’autres négociants apparaissent sur ce marché en expansion rapide. En 1873 à Perpignan, les frères Violet décident de mettre eux-aussi sur le marché un « vin revitalisant » à base de Quinquina. Infusé dans du Malaga, il est d’abord vendu en pharmacie. Cependant pour trouver un nom original à ce nouveau produit, ils décident de s’en remettre au hasard et voulant faire court, ils ne tirent que cinq lettres… dans un chapeau ! Et là, c’est une surprise : n’en sortent qu’un « h », deux « r », un « b » et… une seule voyelle, un « y » ! Pas facile de composer un nom de marque avec un tel échantillon. Au lieu de recommencer, ils décident de s’accommoder de leur tirage et cela donnera naissance au célèbre… « Byrrh » ! Les premiers malades qui en consomment, sur prescription médicale, trouvent le produit plutôt agréable. Ils ont même tendance à dépasser la dose prescrite et souvent y restent fidèles bien après leur guérison. Tout en le conseillant à leurs amis… Comme avant lui le Saint-Raphaël ou le Dubonnet, le Byrrh est donc bientôt commercialisé chez les épiciers et marchands de vins puis rejoint la grande famille des vins aromatisés au Quinquina. Apéritif très répandu, il sera pendant plus d’un siècle une formidable réussite commerciale. D’immenses foudres de chêne et de vastes entrepôts lui sont spécialement dédiés. Edifiés à Thuir près de Perpignan, ils figurent bientôt parmi les plus grands au monde. On y trouve en particulier une « salle d’aromatisation » dans laquelle on laisse vieillir les vins trois ans avant de « les mettre en contact avec le Quinquina et les diverses plantes qui aromatisent le Byrrh. » 9 En effet, il ne s’agit pas d’un « vin cuit » mais d’une boisson aromatisée dans laquelle le Quinquina joue un rôle majeur mais non exclusif. Comme les autres fabricants les frères Violet 9 Brochure éditée par Byrrh vers 1950 à destination des nombreux touristes qui visitent les vastes Etablissements de Thuir. 8 souhaitent garder le secret de la composition exacte du Byrrh, devenu une boisson d’agrément massivement distribuée. Le Quinquina vedette de l’Exposition universelle de 1900. A la « Belle Epoque », la mode du Quinquina se confirme dans tout l’Empire jusqu’en Indochine où, à la fin du siècle, des colons tentent d’acclimater « l’arbre du Pérou » ce qui leur permettra de produire localement du Tonkina. A Paris, il est devenu bon ton de consommer du Quinquina en apéritif et les bouteilles de Félix Potin, à base de vin rouge ou blanc, sont largement diffusées par le célèbre épicier en concurrence avec celles des autres marques. Lors de la grande Exposition universelle de Paris en 1900, le Quinquina est clairement mis à l’honneur. Présenté comme emblématique d’une médecine et d’une pharmacopée qui se veulent sans cesse plus modernes, on le propose sous toutes ses formes. Dans un but pédagogique, de nombreux échantillons d’écorce sont présentés au public par l’Université de Paris dans de volumineux bocaux de verre. Ce qui donne une dimension scientifique à l’affaire. Les visiteurs s’interrogent alors sur les pouvoirs réels ou supposés de cette mystérieuse plante, si agréable à consommer sous forme d’apéritif. Les marques se sont multipliées dans tout le pays et elles sont bien présentes à l’Exposition. Souvent associées à des pharmaciens, elles rivalisent d’imagination pour se faire encore mieux connaître. La maison SaintRaphaël fait même construire un ballon gonflable géant décoré à la gloire du Quinquina. Piloté par un « aéronaute », il survole en permanence l’Exposition tout en transportant des passagers effectuant ainsi un inoubliable « baptême de l’air ». Sur les stands et dans des buvettes spécialement dédiées, on organise de joyeuses dégustations. Difficile de choisir… Un jury composé de messieurs forts sérieux, en apparence du moins, tranche tout de même. Après avoir goûté chaque vin, ils attribuent finalement une médaille d’or au Quina Excelsior des Etablissements Massardier à Saint Etienne qui, dès lors, exporteront leurs bouteilles dans tout l’Empire. Et même au-delà… Au début du XXe siècle, le très sérieux « Larousse-Médical », lu par des millions de Français, publiait une recette de « vin au quinquina » à fabriquer soi-même. Le produit est alors très à la mode et pendant la Grande guerre la consommation ne faiblit pas, bien au contraire. Dans les tranchées, Dubonnet offre des bouteilles d’apéritif au Quinquina aux poilus à grand renfort de campagnes publicitaires. On a aussi grand besoin de quinine pour l’armée d’Orient qui combat dans les Dardanelles et en consomme beaucoup. Mais au sortir de cette terrible guerre, un nouveau fléau s’abat sur la monde : la grippe « espagnole » qui va décimer par centaines de milliers des armées déjà exsangues ainsi que des populations civiles affaiblies. En fait malgré son nom cette grippe meurtrière n’a rien « d’espagnole » car elle est arrivée en Europe par l’intermédiaire de soldats américains entraînés dans des camps 9 militaires où s’était déclaré le foyer initial avant qu’ils viennent combattre en France. 10 A partir de 1918, pendant plus d’un an, l’épidémie s’étend inexorablement, touchant toutes les catégories de la population. Le poète Guillaume Apollinaire, grièvement blessé sur le front où il s’était porté volontaire, en meurt ainsi que l’écrivain Edmond Rostand. La quinine et les dérivés du Quinquina sont alors massivement utilisés pour atténuer les effets du virus mais elle vient à manquer à plusieurs reprises et il faut s’en procurer à l’étranger.11 Des scientifiques prennent alors conscience du fort degré de dépendance de la France envers certaines substances médicinales indispensables en cas de crise. Dont l’écorce de Quinquina ! C’est pourquoi, en novembre 1918, alors que l’armistice est à peine conclu, Emile Perrot professeur à la Faculté de Pharmacie de Paris demande d’urgence un entretien au gouvernement encore dirigé par Clemenceau. Il obtient de créer un « Comité interministériel des Plantes Médicinales » qui pourra encourager la culture de ces plantes en France comme dans l’Empire qui peut offrir d’immenses possibilités. Il apparaît stratégique de disposer de ces matières premières végétales afin d’alimenter la recherche et l’industrie pharmaceutique.12 Cela débouche, dès 1919, sur la création de « l’Office National des Matières Premières Végétales ». Pourtant avec la fin de l’épidémie de grippe « espagnole » l’effort se relâche et les choses n’avancent que lentement malgré les efforts d’Emile Perrot qui publie un rapport insistant sur le sujet en 1926. Toutefois, en Indochine française, Perrot a obtenu le soutien d’un grand médecin colonial, Alexandre Yersin, dont la notoriété est devenue mondiale après qu’il soit parvenu à isoler le bacille de la peste en Asie13. Depuis 1915, Yersin a fait prospérer des plantations de quinquina en Annam, autour de Nha Trang où se trouvait un important établissement de l’Institut Pasteur. Cependant, en 1921, les plantations hollandaises de Java représentaient encore 9400 tonnes d’écorce de Quinquina sur les 10 700 commercialisées pour la pharmacie dans le monde. Un monopole écrasant dont, en plus de la France, diverses puissances comme l’Allemagne, l’Angleterre et les Etats Unis vont se préoccuper de deux manières : en diversifiant leurs lieux d’approvisionnement et en poussant à la 10 En fait la censure française interdisait tout communiqué sur le sujet dans un pays en guerre. Des informations fragmentaires parvenaient cependant en France via l’Espagne, touchée elle aussi, mais pays neutre. D’où le nom de grippe « espagnole » qui lui sera attribué. 11 En particulier aux Pays-Bas, gros producteurs grâce à leurs plantations d’Indonésie. 12 Ainsi que les industries liées à la droguerie et la parfumerie qui utilisent beaucoup de plantes. 13 Envoyé en 1894 par le gouvernement français et l’Institut Pasteur en Asie où une épidémie de peste fait rage, Yersin parvient en trois semaines à en isoler le bacille. 10 recherche de molécules de synthèse. Dans les années 1930, une autre phase de l’histoire du Quinquina s’ouvre donc. « A la recherche d’un produit de synthèse : la chloroquine ! » Dès les années 1930, des essais sont menés du côté français afin de trouver une molécule chimique de synthèse qui puisse se substituer au sulfate de quinine. En 1934, les travaux du docteur Philippe Decourt en Tunisie sont suivis de près par l’Armée. Avec son collègue le docteur Philippe Villain14 et en lien avec les laboratoires Rhône-Poulenc de Lyon, ils mènent des essais cliniques autour du lac de Kélibia et à Kondar, à 120 kilomètres au sud de Tunis. A la même époque, le laboratoire allemand IG Farben fabrique une molécule de synthèse qui permet de fabriquer de la Resoquine. Celle-ci est envoyée aux laboratoires américain Winthrop qui la fait tester par des militaires américains stationnés au Panama. Sans grand succès car le produit a des effets secondaires graves pour les troupes qui lui préfèrent la classique quinine. Cependant, la Seconde guerre mondiale rebat les cartes en urgence car, en 1940, l’Allemagne détruit les importantes réserves hollandaises de Quinquina stockées à Amsterdam et Rotterdam en incendiant les dépôts lors de bombardements. Puis les savants allemands occupent les laboratoires et le siège du « Kina-Bureau » d’Amsterdam, une organisation en pointe sur le sujet à cette époque.15 De leur côté, les Japonais s’emparent de l’île de Java où se trouvaient les plus importantes plantations au monde. Le marché du Quinquina, et donc de la quinine, est ainsi totalement bouleversé et, dès 1941, alors que les Etats Unis entrent en guerre, on assiste à une grave pénurie. Les plantations deviennent un enjeu militaire. En 1942-43, l’armée américaine qui débarque en Afrique du Nord manque cruellement de quinine. Elle achète donc du Quinquina partout où c’est encore possible, au Pérou mais aussi au Congo belge et en Afrique française, en particulier au Cameroun tôt rallié à la France libre. On y met à contribution de petites plantations installées sur les hauts plateaux de la région de Dschang où l’arbre avait été acclimaté par des colons français entre 1930 à 1934 et où fonctionnait un petit atelier de production de quinine. Pour renforcer cette production, des graines et de jeunes plants sont importés en urgence depuis les Indes anglaises et l’Amérique latine. Dès lors, la France libre peut vendre à ses alliés quelques tonnes 14 Le docteur Villain meurt en 1936 et ne pourra donc mener l’expérience à son terme. 15 Soutenu par l’Etat, le « Kina-Bureau » regroupait toutes les informations sur le sujet, à l’échelle mondiale. 11 d’écorce de Quinquina qui contribuent, modestement, au combat commun.16 Les alliés se fournissent aussi au Congo belge où les quantités livrées sont plus importantes. Pourtant, comme les armées s’affrontent souvent dans des régions paludéennes, la quinine demeure trop rare car le nombre de soldats susceptibles d’en consommer augmente et se compte désormais par millions. La guerre accélère donc considérablement le processus de recherche d’une molécule de substitution. En Angleterre, le laboratoire ICI déploie de gros efforts en ce sens. Les laboratoires américains y travaillent tout autant, parfois en liaison avec les laboratoires allemands.17 Ces recherches débouchent sur des comprimés de Sontoquine que les laboratoires allemands fournissent aux soldats de l’Armée Rommel en Afrique du Nord. C’est alors que se produit un transfert scientifique inattendu et peu prévisible. En 1943, lors des sévères combats de Tunisie, des prisonniers allemands tombent aux mains de soldats français et alliés. En fouillant leurs poches, on trouve des pastilles de Sontoquine qui sont aussitôt envoyées aux Etats-Unis pour analyse.18 Cela permet d’accélérer considérablement les recherches américaines qui déboucheront sur la mise au point d’un produit comparable, la Chloroquine. 19 Après la guerre, cela aboutit, en 1946, à la commercialisation en France de la Chloroquine puis, en 1949, de la Nivaquine. Toutes deux, via la quinine, n’en sont pas moins « les petites filles » du bon vieux Quinquina. Lequel, de manière inattendue, va faire de la résistance… Epilogue inattendu : Le Quinquina fait de la résistance… En effet, au cours des années 1950 et 1960, méfiants envers les nouveaux médicaments sauf en cas de maladies aigües, bien des Français ne souhaitent pas renoncer au bon vieux Quinquina. Agréable et facile à consommer, celui-ci séduit toujours une population affaiblie par des années de restrictions, de guerre et d’Occupation. De nombreux produits à base de plantes sont donc toujours proposés aux Français qui, dès la Libération, voient refleurir des publicités en faveur des vins doux et des remèdes au 16 Ces ventes ajoutées à un peu de caoutchouc, une denrée également très recherchée, contribuent à donner quelques ressources à la France libre qui en a bien besoin. Voir à ce propos G. Ragache « L’Outre-Mer français dans la guerre. » Ed. Economica. 2014, ainsi que G. Ragache : « De Gaulle – L’or, le dollar et la France. (1940-1970) ». CPHF Editions. 2017. 17 Les échanges entre laboratoires américains et allemands sont permanents jusqu’en décembre 1941, date de l’entrée en guerre des Etats Unis. Ils semblent s’être poursuivis ponctuellement au-delà de cette date, via des Etats neutres. 18 Selon d’autres sources, le docteur Decourt, toujours présent en Tunisie en 1943, aurait donné des échantillons de Sontochine qu’il tenait des Allemands aux Français d’Alger. Les deux thèses ne sont pas incompatibles. 19 La chloroquine utilise « le noyau quinoléique de la quinine ». 12 Quinquina. « La Quintonine » qui « donne bonne mine ! », si populaire avant la guerre, revient en force. De nombreuses autres marques déjà connues affirment aux Français, qui ne demandent qu’à le croire, que « Le Quinquina ouvre l’appétit ! ». Avec pour slogan « Saint Raphaël toujours en tête ! », le SaintRaphaël redevient un partenaire actif du Tour de France, bien présent dans la caravane publicitaire. Un autocar épaulé par de vaillantes petites « 4 chevaux » aux couleurs de la marque distribuent aux spectateurs, ravis, force chapeaux de papier, visières et prospectus à la gloire du Quinquina.20 Byrrh fait de même avec un curieux camion en forme de tonneau à l’arrière duquel on distribue publicités et échantillons. De puissants réseaux d’épiceries dont « Les Coopérateurs » qui disposent de nombreuses filiales dans le pays ne sont pas en reste. Ils expliquent comment fabriquer soi-même une boisson au Quinquina et diffusent des buvards publicitaires racontant son histoire de manière plus ou moins romancée. Quant à La Quintonine elle n’avait pas dit son dernier mot et je me souviens qu’à l’occasion d’une violente grippe dite « Asiatique » qui s’est abattue sur la France à quatre reprises chaque hiver de 1956 à 1959, elle est revenue en force. J’avais une dizaine d’années lors de l’hiver 1957 quand toute la famille s’est retrouvée le soir grelottant de fièvre autour d’une soupe dans laquelle ma mère versait à doses généreuses de La Quintonine pour nous « requinquer ». Dans notre petit pavillon du Plessis-Bouchard nous étions tous plus ou moins grippés, sauf Annette, ma sœur cadette qui, souriante du haut de ses quatre ans, semblait passer à travers sans dommages… Vendue en pharmacie, ce qui lui donnait un statut médical que n’avaient plus les apéritifs, La Quintonine était présentée comme un remontant et un remède anti-fatigue : « Flagada ? Prenez de la Quintonine ! » nous affirmait-on. A la radio (surtout Radio Luxembourg), de nombreux messages publicitaires musicaux étaient diffusés en boucle. Sur l’air entraînant de « La cucaracha » on pouvait entendre que « La Quintonine donne bonne mine ! » Dans les écoles circulaient de nombreuses publicités vantant les mérites de ce remède miracle dont un protègecahier nous affirmant que la Quintonine permet d’élever des enfants « taillés dans le roc ! ». Rien de moins… Alors pourquoi en douter même si comme bien des Français nous étions un peu dubitatifs. Dans cette période de crise, même s’ils n’étaient pas complètement dupes, les Français voulaient croire qu’en prenant une boisson au Quinquina on se distrayait, se changeait les idées et peut-être se soignaiton un peu ? Il faut dire que c’était tout de même meilleur que d’ingurgiter chaque matin les redoutables cuillères d’huile de foie de morue encore prescrites par bien des médecins comme un irremplaçable « fortifiant ». Bref, dans la France des années 1950, le Quinquina sous toutes ses formes a fait de la résistance. Et nous n’avions pas de raisons de douter de ses vertus… 20 Sur les véhicules « Quinquina » apparaît en grosses lettres, très lisibles, et « Raphaël » en beaucoup plus petit. 13 Ces quelques souvenirs et la longue histoire de Quinquina expliquent qu’en ces jours tragiques, le débat autour de l’usage de la quinine et de la Chloroquine contre le coronavirus résonne fort dans la mémoire des enfants de l’ex « baby-boom » dont je suis. Une génération qui commence aujourd’hui à se clairsemer par la force des choses. Une génération qui veut aussi croire que l’aventure du bon vieux Quinquina n’est pas complètement terminée ! Souhaitons que tout se termine bientôt et essayons de rester optimistes même si l’avenir est insondable… En attendant bon courage et bravo à tous ceux qui, chacun à leur poste de la boulangerie à l’hôpital, font le maximum parfois au péril de leur vie pour triompher de ce virus maléfique ! Ecrit le 30 mars 2020 en Normandie, en ces étranges temps de « confinement ». Gilles Ragache.

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      1. Trop long ! Pas le temps de lire tout ça. Surtout dans un format commentaire, avec une police trop petite, un texte trop dense, dépourvu de toute « aération » et de points de repère. Si vous cuisinez de la même façon, je doute que vous ravissiez vos invités… 🙂

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  2. Comme promis, histoire de l’arbre aux fievres a la quinine, quinquina a la chloroquine : file:///C:/Users/Elisa/Downloads/QuinquinaArticle_Histoire_du_%20-1-.pdf

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  3. Il y a un peu plus de six mois, l’hydroxychloroquine était dans toutes les pharmacies de France, de Navarre et bien au-delà. Les médecins le prescrivaient sans la moindre hésitation. Aujourd’hui, il est interdit de vente. Rien que ce revirement devrait alerter toute machine à discernement un peu entraînée et en bon état de marche. Mais point ! Le billet s’appuie sur un article de futura sciences… Il est bien connu que cette revue dite de vulgarisation, est de « haute portée scientifique » et dispose d’un « commité de lecture » du même tonneau. On a les références qu’on peut et l’auteur s’est bien amusé, il semble.
    Je suis bien désolé que ce site, que je viens de découvrir, soit aussi peu regardant sur le contenu de ce qu’il diffuse.

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  4. Merci pour ce billet, je me demandais justement il n’y a pas si longtemps ou on en était avec la Chloroquine.

    Mais pour ce qui concernent « les groupies » je ne suis pas du tout optimiste qu’ils retourneront à la raison.
    Le mal est fait, les adorateurs de Raoul sont convaincus du complot des gouvernements et de « big pharma ». Le niveau de délire émotionnel qu’ils avaient atteint il y a quelques mois ne va pas retomber rapidement.

    À l’époque sur les commentaires du site RT j’avais osé écrire qu’il était important d’avoir des études autres que celles bancales du Pr Raoul.
    Mal m’en a pris !

    En peu de temps et quelques vaines tentatives d’explications de la logique de tester sérieusement un médicament avant de le prescrire à des millions de personnes, j’étais devenu selon mes très nombreux détracteurs au mieux un abruti qui ne comprenait rien à la médecine, car celle-ci « n’est pas une science » et au pire un assassin qui voulait la mort de millions gens. On m’a aussi souhaité que moi et ma famille attrapions le Covid et qu’on nous refuse un traitement avec la Chloroquine…

    J’ai assez rapidement renoncé à répondre, car plus cela avançait plus on me reprochait des propos que je n’avais pas écrits, encore quelques réponses et j’étais bon pour le point Godwin.

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    1. Les groupies ne changeront pas d’avis, c’est sûr, pour eux la partie n’est jamais finie et, dans cas comme dans les autres, le mal est fait comme vous dites. Ce sont des gens bizarres qui ont besoin d’objets de foi pour rassurer leur moi angoissé et leur identité malmenée. Faut dire aussi qu’on vit dans un « monde de fous », et qu’il est difficile de se faire entendre. Mais entre eux les « complotistes » se reconnaissent, et c’est cela qui compte : ils ont la satisfaction de se sentir dans une « communauté ». Merci pour votre témoignage. Il m’a bien « amusé » mais je sais que, mine de rien, ce n’est pas toujours agréable à vivre. Vous vous en tirez à bon compte : si vous aviez été une personnalité publique, ou si vous aviez insisté, vous auriez eu droit aux menaces de mort.

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